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Cet article ouvre la série La série sur la créativité en entreprise. Il pose le cadre du sujet, et 9 articles la prolongent, chacun sur un point précis. Le sommaire de la série et son ordre de lecture se trouvent en fin d’article.
Les niveaux de créativité concernent tout le monde, même si vous pensez manquer de créativité. Vous vous sous-estimez sûrement, car chacun est intrinsèquement créatif et chacun peut le devenir davantage.
Au-delà de cette aspiration démocratique du « tous créatifs »*, il reste à préciser que, comme pour la curiosité, chacun l’est à sa façon. Picasso reste une exception, alors que le dessin reste à la portée de tout le monde. Il existe aussi plusieurs types de créativité, et plusieurs niveaux de créativité qui servent d’étapes pour accroître votre propre potentiel créatif.
Vous trouverez ci-dessous les 5 niveaux et types de créativité. Ils sont classés par difficulté de maîtrise croissante. Vous trouverez aussi des suggestions pour développer votre force créative.
* Ce qui reste compatible avec ma chaîne YouTube qui s’appelle No one is innovant.

| La croyance | La réalité | La progression |
|---|---|---|
| Un don réservé à quelques-unsLes niveaux de créativité montrent que la créativité ne relève pas d’un talent inné réservé aux artistes. Chaque personne et chaque équipe disposent d’un potentiel créatif qui s’entraîne comme une compétence. | Plusieurs créativités distinctesLa créativité se décline en types différents : mimétique, biassociative, analogique, narrative et intuitive. Chacun mobilise des mécanismes propres et se développe avec des méthodes sur mesure. | Des marches à gravir dans l’ordreLes niveaux se classent par difficulté de maîtrise croissante. Une équipe progresse en commençant par l’imitation et l’association avant de viser l’analogie, le récit et l’intuition. |
Créativité mimétique
Le premier des niveaux de créativité est la mimèsis, l’imitation de la nature ou de ce qui existe déjà. C’est la forme la plus accessible, car elle consiste à observer pour s’inspirer, comme le faisait Léonard de Vinci. Elle fonde tout apprentissage et ouvre sur l’innovation adjacente, qui transpose une découverte d’un secteur vers un autre.
Comment améliorer votre créativité mimétique ?
Selon l’approche de Démocrite (à la différence de Platon, pour qui il s’agit du rapport au vivant), la mimèsis est l’imitation de la nature par la technique, comme le tissage imite la toile d’araignée ou le revêtement extérieur des avions qui s’inspire de la peau de requin. Pour la développer, découvrez de nouveaux environnements et exercez votre regard sur eux.
Par extension, cette créativité entre dans le champ de l’innovation adjacente quand une découverte d’un autre secteur sert d’inspiration. James Dyson s’est inspiré du cyclone qui aspirait la sciure dans une scierie. Des dealers ont adopté les cartes de fidélité à l’imitation de Starbucks. La clinique Mayo s’est inspirée de l’expérience client du Ritz-Carlton pour son expérience patient.
Cette inspiration, issue de ce qui existe déjà, est la base du processus d’apprentissage. C’est comme construire un modèle de Lego en suivant la notice de montage. Il faut passer par cette étape pour pouvoir s’en affranchir et créer ensuite ses propres modèles.
Faites un « safari » pour les niveaux de créativité
Le safari consiste à voyager dans de nouveaux endroits et à rencontrer de nouvelles personnes, en enregistrant vos découvertes avec votre téléphone ou un carnet. Vous vivez ainsi l’expérience au moment où elle se produit, puis vous la revoyez avec du recul pour repérer ce qui vous avait échappé la première fois.
Veillez à rechercher des modèles et des points de référence, ainsi que des indicateurs de réussite ou d’échec, afin de comprendre ce qui fonctionne vraiment, ce qui ne fonctionne pas, et pourquoi. Vous pouvez par exemple utiliser cette fiche de « Safari tour ».

Faites une excursion
L’excursion est une méthode très efficace pour amener un groupe à concevoir de nouveaux schémas de pensée face à des situations uniques et à formuler des stratégies fondées sur ses analyses. Elle passe par un voyage imaginaire vers un lieu sans lien apparent avec le problème, puis par un retour méthodique vers la question traitée. Ce processus comporte 5 étapes :
- L’animateur demande aux participants de faire un voyage imaginaire vers un endroit qui n’a apparemment aucun lien avec la question traitée, comme un musée, la jungle ou une autre planète. Une fois le voyage terminé, les participants dessinent 8 à 10 images de leur expérience de ce lieu.
- L’animateur demande aux participants de dessiner des similitudes et d’établir des relations entre les images de leur excursion imaginaire et les problèmes réels de leur scénario.
- Les participants analysent les liens entre les problèmes et les analogies, et identifient ceux qui sont les plus proches et les plus distinctement liés à tous les facteurs.
- Les participants partagent avec leurs coéquipiers ce qu’ils ont vu pendant leur voyage imaginaire, les personnes rencontrées, les analogies tirées et leurs solutions.
- Comme pour le brainstorming, les participants discutent des idées des autres et trouvent une solution commune, ainsi qu’un récit commun qui peut inclure toutes leurs idées.
Copiez la nature
Le biomimétisme désigne une conception où un élément observé dans la nature est modifié par l’ingéniosité humaine. Voyez-le comme une forme accélérée d’évolution. Léonard de Vinci a dessiné des machines volantes après avoir observé les oiseaux et les feuilles d’érable. Faites attention à la forme et à la fonction du monde naturel autour de vous.
L’inventeur et architecte Buckminster Fuller, père du dôme géodésique et de l’idée de Vaisseau spatial Terre, a conçu des structures dont la géométrie rappelle celle de certains organismes du plancton. Le monde naturel offre ainsi un catalogue de solutions déjà testées par l’évolution.
Ressources sur la créativité mimétique
Pour approfondir ce premier niveau, 3 ressources couvrent les 2 versants de la mimèsis : la théorie de l’imitation chez René Girard, l’apprentissage culturel par l’imitation chez Christoph Wulf, et le biomimétisme appliqué à l’industrie. Elles se lisent dans cet ordre, de la philosophie vers les applications concrètes en entreprise.
- La théorie mimétique, de l’apprentissage à l’apocalypse, sur René Girard, aux éditions PUF.
- Mimèsis et apprentissage culturel, de Christoph Wulf, dans la revue Télémaque (2014/1).
- Les articles sur le biomimétisme publiés par L’Usine nouvelle.

Créativité biassociative
Le deuxième niveau de créativité est la créativité associative, appelée biassociative en référence à la bisociation décrite par Arthur Koestler. Elle naît quand une idée familière se relie à une idée inconnue pour produire une idée hybride. Le brainstorming, la méthode SCAMPER et les 6 chapeaux de Bono en sont les outils les plus connus.
Comment améliorer votre créativité biassociative ?
Arthur Koestler décrit dans son livre The Act of Creation comment l’esprit conscient, lorsqu’il est détendu, relie des pensées rationnelles à des pensées intuitives pour produire des idées jaillissantes, des moments Eurêka ou un satori si vous êtes bouddhiste. Cette connexion se cultive, par la contemplation comme par l’exercice.
Steve Jobs pensait à ce type de créativité quand il disait que « la créativité consiste à relier les choses. Lorsque vous demandez à des personnes créatives comment elles ont fait, elles se sentent un peu coupables parce qu’elles n’ont pas fait grand-chose. Elles ont juste vu quelque chose qui leur semblait évident. C’est parce qu’elles ont été capables de relier des expériences vécues entre elles et de synthétiser de nouvelles idées que ces personnes ont été créatives ».

Bien que la connexion des idées passe par des moyens contemplatifs, elle peut aussi être stimulée en bombardant l’esprit d’un barrage de pensées aléatoires pour voir le résultat. Oui, vous avez reconnu la pratique du brainstorming. En 1994, alors qu’ils travaillaient sur Toy Story, leur premier long-métrage, 4 des premiers réalisateurs de Pixar ont déjeuné dans un restaurant et réfléchi à leurs futurs projets de films.
De cette rencontre informelle sont nés 1001 pattes (A Bug’s Life) et Monstres et Cie. L’industrie du cinéma a été transformée en un repas.
La créativité biassociative s’appuie sur la dynamique des 3F :
- Fluidité. Il est plus productif d’avoir beaucoup d’idées non polies que quelques « bonnes » idées, car plus la diversité des idées est grande, plus l’éventail des solutions possibles est large.
- Flexibilité. Une « bonne » idée peut se retrouver au « mauvais » endroit, et il faut la déplacer pour lui trouver un meilleur emplacement.
- Et flux. Personne n’est créatif sur demande, et chacun a besoin d’être à la fois stimulé et détendu pour entrer dans une zone de créativité.
Utiliser des mots aléatoires
La technique des mots aléatoires force une association entre votre défi créatif et un mot choisi au hasard. Prenez un dictionnaire ou un livre, ouvrez-le et choisissez avec le doigt un mot aléatoire, puis reliez votre défi à ce mot. Le décalage entre les 2 oblige votre esprit à quitter ses chemins habituels pour produire des pistes inattendues.
Disons que vous cherchez des idées pour un nouveau service de livraison à domicile et que votre doigt tombe sur le mot « oxygène ». Vous pourriez par association d’idées proposer de livrer avec des drones (pas très crédibles) ou de demander un abonnement mensuel à vos clients pour des plats exclusifs et la livraison gratuite.
La méthode SCAMPER
Le brainstorming est la base de la créativité biassociative. Alex Osborn a utilisé le terme dans How to Think Up en 1942, puis l’a popularisé dans Applied Imagination en 1953, où il propose une liste de questions pour transformer une idée. Bob Eberle l’a ensuite condensée dans l’acronyme SCAMPER, ou technique du « concassage », en 7 étapes :
- Substituer. Mettre un élément à la place d’un autre. Quel élément est remplaçable ? Qui d’autre ? Quoi d’autre ?
- Combiner. Fusionner 2 concepts ou 2 idées. Pourriez-vous fusionner 2 activités ?
- Adapter. Placer son concept dans un autre contexte. Y a-t-il eu quelque chose de semblable dans le passé ?
- Modifier. Changer la signification, la couleur ou la forme. Pouvez-vous changer la signification, la couleur, le mouvement, le son, l’odeur ou la forme ?
- Produire ou trouver un autre usage. Existe-t-il d’autres utilisations possibles après modification ?
- Éliminer ou épurer. Qu’est-ce qui est superflu ? Quelle soustraction, suppression ou diminution est possible ?
- Renverser. Inverser le positif et le négatif. Puis-je retourner cela, mettre le haut en bas ou changer les séquences ?
En posant ces questions simples, vous connectez les idées et les actions de manière nouvelle pour produire facilement des variations créatives utiles.
Les 6 chapeaux de Bono
Le médecin Edward de Bono a mis au point une méthode de raisonnement créatif indirect qu’il appelle la pensée latérale : tourner autour d’un problème au lieu d’essayer de le résoudre directement. Ses 6 chapeaux de réflexion représentent les différents types de réflexion et les rôles joués par les membres du groupe, pour élargir l’éventail des idées.
Cette méthode permet aux membres d’un groupe créatif d’avoir un plus large éventail d’idées et d’identifier leurs points faibles. Les 6 couleurs se répartissent ainsi : bleu pour les objectifs, blanc pour l’information, rouge pour les émotions, noir pour le jugement, jaune pour l’optimisme, et vert pour la créativité. Cette technique sert quand vous souhaitez obtenir un nouvel angle d’approche d’un problème.
Ressources de créativité biassociative
Pour approfondir ce deuxième niveau, 3 lectures se complètent : les travaux de Mihaly Csikszentmihalyi sur le flow et la créativité, le Gamestorming pour transformer l’association d’idées en jeu collectif, et les 6 chapeaux d’Edward de Bono pour structurer la réflexion d’un groupe autour d’un problème.
- Flow, the psychology of optimal experience, de Mihaly Csikszentmihalyi, aux éditions Harper, et La créativité, du même auteur, aux éditions Robert Laffont.
- Gamestorming, jouer pour innover, de Sunni Brown, Dave Gray et James Macanufo, aux éditions Diateino.
- Les 6 chapeaux de la réflexion, d’Edward de Bono, aux éditions Eyrolles, que je présente dans mon article sur l’art de poser des questions créatives.
Créativité analogique
La créativité analogique (pour analogie, à distinguer du contraire de numérique) utilise des analogies pour transférer des informations comprises dans un domaine source vers un domaine cible inconnu, afin d’y résoudre un problème. Les analogies servent de ponts cognitifs, et elles servent aussi à perturber les habitudes de pensée pour faire place aux idées nouvelles.
Comment améliorer votre créativité analogique
Les analogies sont des ponts qui permettent aux processus cognitifs de transporter rapidement des groupes d’informations de l’inconnu au connu, et inversement. Les grands innovateurs, d’Archimède dans sa baignoire à Einstein dans son ascenseur de la relativité, ont utilisé des analogies pour résoudre des problèmes complexes. Ce niveau se travaille dans les 2 sens.
La conception des aspirateurs est restée pratiquement inchangée pendant près d’un siècle, jusqu’à ce que l’inventeur James Dyson utilise une analogie différente, les cyclones, pour concevoir une nouvelle façon de séparer les particules grâce à la force de rotation d’une centrifugeuse.
De la même manière qu’une analogie aide à donner un sens à vos expériences en assimilant l’inconnu au connu, ce niveau de créativité fonctionne aussi à l’inverse : il prend quelque chose de familier et utilise une analogie pour le rendre étrange. Les artistes appellent ce procédé la « défamiliarisation ».
Bernard Werber construit ainsi des récits du point de vue d’une fourmi, puis d’un dieu, puis d’un chat, puis de la planète. Réfléchissez à ce que deviendrait votre processus d’élaboration de stratégie s’il était fait du point de vue de vos enfants plutôt que de celui de vos actionnaires ou de vos clients.
Raisonnement adaptatif
Le raisonnement adaptatif décrit la façon dont votre perspective sur un problème peut changer grâce à l’utilisation d’analogies. L’approche de base se résume en une question : en quoi votre problème ressemble-t-il à votre analogie ? L’essentiel consiste à varier vos perspectives et à nouer de nombreuses nouvelles relations entre des domaines éloignés.
Par exemple : en quoi créer une campagne de marketing réussie pour votre nouvelle ligne de sacs à main ressemble-t-il à se faire des amis dans une nouvelle école ? La question paraît absurde, et cette absurdité oblige l’esprit à chercher des correspondances que l’analyse classique laisserait de côté.
Amis imaginaires
La méthode des amis imaginaires, popularisée par Napoleon Hill, consiste à se mettre à la place d’une personne que vous connaissez personnellement ou d’une personne célèbre face à votre défi. La source de l’analogie, le défi, reste la même que pour les autres approches analogiques, et la cible devient une personne plutôt qu’une seconde idée.
Concrètement, posez-vous la question : « Que ferait Elon Musk s’il avait ce défi ? » Changez ensuite de personnage, puis comparez les réponses obtenues pour repérer les pistes récurrentes et les pistes surprenantes.
Ressources de créativité analogique
Pour approfondir ce troisième niveau, 3 lectures se complètent : la boîte à outils de la créativité d’Edward de Bono, le lien entre innovation et technologie chez Loïck Roche et Thierry Grange, et le passage de la performance à l’excellence chez Jim Collins, qui illustre la puissance des comparaisons entre entreprises.
- La boîte à outils de la créativité, d’Edward de Bono, aux éditions Eyrolles.
- Innovation et technologie, de Loïck Roche et Thierry Grange, aux éditions Maxima.
- De la performance à l’excellence, de Jim Collins, aux éditions Pearson.

Créativité narrative
Par essence, la créativité narrative est la capacité d’inventer et de raconter des histoires : c’est une créativité du storytelling. Le storytelling, ou communication narrative, utilise des histoires ou des anecdotes pour inspirer un auditoire, faire passer des messages complexes avec diplomatie et donner une direction pour trouver de nouvelles idées.
Comment améliorer votre créativité narrative ?
Le storytelling sert la créativité de 3 manières, selon la question à laquelle l’histoire répond : l’origine, les valeurs ou la vision. Chacune mobilise un récit distinct, et chacune oriente la recherche d’idées dans une direction différente, de la légitimité d’un projet à la mobilisation d’une équipe autour d’un avenir commun.
Les 3 types d’histoires se distinguent ainsi :
- Les histoires de l’origine, qui répondent aux questions « qui sommes-nous ? » et « d’où venons-nous ? ». Ce type d’histoire est le plus connu, notamment dans le petit monde des startups qui ont toutes leur « origin story ». Décembre 2008, à Paris : Travis et Garrett, 2 Américains venus pour une conférence, se retrouvent coincés sous la neige faute de taxi, et Travis lance à Garrett l’idée d’une application qui ferait venir une voiture en un clic.
- Les histoires de valeur, qui répondent à la question « quelles valeurs partageons-nous ? ». Lorsque je m’occupais de Technoraid, mon entreprise ne faisait pas le poids auprès des candidats qui préféraient postuler chez Renault ou Toyota. Pour me différencier, j’ai créé avec mon équipe le « Technoraid Way », qui expliquait que, grâce à la petite taille de la PME, chaque collaborateur était écouté et valorisé quelle que soit la durée de son expérience.
- Et les histoires de la vision, qui répondent aux questions « en quoi croyons-nous ? » et « où allons-nous ? ». En Italie, Alberto prend la direction de la fonderie fondée par son grand-père, alors que la concurrence chinoise empêche l’entreprise de se différencier sur le prix. Il décide de décaler son marché en recrutant des designers, pour intégrer le design italien à la fabrication de ses produits. Des centaines de prix et des dizaines de livres plus tard, le nom d’Alberto Alessi jouit d’une notoriété mondiale.
Storyboarding
Le storyboarding consiste à pré-visualiser un récit en représentant les personnages et les scènes sur de grandes cartes que le groupe peut déplacer. Walt Disney l’a développé pour ses films d’animation, et la méthode reste un moyen très efficace de créer de nouvelles idées en racontant et en reracontant une histoire à plusieurs.
Pendant des années, Walt Disney est entré dans les salons des familles chaque dimanche soir depuis son studio d’animation. Il s’asseyait devant un mur rempli de dessins reliés par de petits bouts de ficelle. Il a développé ce processus de storyboarding pour pré-visualiser un film en représentant les différents personnages et scènes sur de grandes cartes.
Cette méthode permettait à son équipe d’animation de modifier facilement la séquence de l’action, d’ajouter et de soustraire des personnages et d’avoir une idée réelle du film avant le début de la production. Des applications logicielles remplacent les cartes et les ficelles, mais le pouvoir de raconter et de redire une histoire en groupe reste intact.

Morphologies
Les morphologies décomposent un défi en ses éléments les plus élémentaires, comme les sciences de la vie le font pour comprendre le fonctionnement d’un organisme vivant. Pensez-y comme à des briques de base que vous pouvez démonter et remonter de manière inédite, pour reconstruire un large éventail de solutions à partir des mêmes composants.
En décomposant une histoire en personnages et en actions, vous pouvez reconstruire un large éventail de solutions possibles. De même, en considérant un produit ou une expérience comme un ensemble de fonctions et d’attributs dans une matrice, vous pouvez assembler une série de nouvelles combinaisons : utilisations, couleurs, taille ou saveurs.
J’ai créé dans ce but de nombreux jeux de cartes pour travailler sur la marque, les valeurs ou les business models.

Élaboration de scénarios
Les données sur l’avenir où auront lieu les innovations révolutionnaires restent inexistantes. Si vous avez commencé à lire ma série d’articles sur VUCA, vous savez que la volatilité rappelle une règle simple : l’avenir relève de la préparation plus que de la prévision. L’élaboration de scénarios sert précisément à ce travail de préparation, en racontant plusieurs futurs possibles.
Vous considérez comment les forces sous-jacentes à l’œuvre peuvent déterminer ce qui se passera dans l’avenir : la politique, l’économie et le bien-être social, pour n’en citer que quelques-unes. Les scénarios sont des projections de plans d’action. Ils posent les questions « et si ? » et vous aident à évaluer l’impact et la probabilité de chaque histoire possible.
Ressources du niveau de créativité narrative
Pour approfondir ce quatrième niveau, 3 lectures se complètent : Creativity Inc. d’Ed Catmull sur la culture créative de Pixar, L’art du storytelling de Guillaume Lamarre pour construire un récit, et la méthode d’Oxford de planification par scénarios de Rafael Ramirez et Angela Wilkinson.
- Creativity Inc., d’Ed Catmull, aux éditions Talent Sport.
- L’art du storytelling, de Guillaume Lamarre, aux éditions Pyramyd.
- Strategic Reframing: The Oxford Scenario Planning Approach (en anglais), de Rafael Ramirez et Angela Wilkinson, aux éditions Oxford, un livre que je cite aussi dans ma série sur le monde VUCA.
Passez des niveaux individuels à la créativité d’équipe
Vous voulez que votre équipe gravisse ces niveaux ensemble plutôt que chacun dans son coin ? Découvrez comment aider votre équipe à devenir créative et transformez ces techniques individuelles en pratique collective.

Créativité intuitive
La créativité intuitive est le dernier et le plus difficile des niveaux de créativité, car elle demande pas mal de lâcher-prise. Elle peut aussi faire peur pour avoir été promue au rang de tradition spirituelle et de sagesse. À ce niveau, la créativité dépasse la personne en transcendant son individualité : c’est le côté « inspiré », voire « illuminé », de la créativité.
Comment améliorer votre créativité intuitive ?
Plusieurs méthodes libèrent et vident l’esprit : la méditation, le yoga, les balades en forêt et le chant, pour n’en citer que quelques-unes. L’idée fondatrice est de distraire et de détendre l’esprit pour créer un état de conscience fluide, le flow déjà cité, où les idées viennent facilement. L’écriture libre en est la porte d’entrée la plus simple.
Bernard Werber le dit à sa façon : « il ne faut pas attendre d’être inspiré pour écrire. L’idée suit le stylo. Il faut commencer à écrire pour que vienne l’inspiration. »
Le prix Nobel de littérature Rabindranath Tagore a développé certaines pratiques méditatives spécifiquement pour renforcer la créativité personnelle, tout comme Rudolf Steiner, le fondateur du système éducatif Waldorf. Ces pratiques vont de l’écriture autonome à la prise de nootropes.
Visualisation créative
Une grande partie du cerveau est conçue pour produire des images, ce qui rend les métaphores si puissantes. Les images formées dans l’esprit peuvent modifier l’expérience de la réalité, pour le meilleur ou pour le pire. La visualisation, en tant que forme de pensée positive, aide à surmonter les doutes et attire vers l’objet de votre quête.
Parce que l’information visuelle est vivante et difficile à distinguer de la perception ordinaire, la visualisation constitue une source irrésistible de nouvelles idées.
L’écriture libre
L’écriture libre est un acte de communication avec votre intuition et votre créativité : vous suspendez votre voix de jugement et vous observez ce qui sort de votre stylo ou de votre clavier. L’objectif est d’atteindre un état de flux (oui, encore) où l’écriture va plus vite que les corrections de l’esprit.
La légende veut que Mozart n’ait apporté aucune correction à ses partitions, toutes composées dans sa tête. Pour la plupart des gens, le processus fonctionne dans l’autre sens : l’expression itérative des pensées fait découvrir des idées nouvelles et convaincantes. Une fois le papier noirci, vous pouvez faire marche arrière et « découvrir » vos idées créatives.
Interprétation des rêves
Les rêves offrent un accès direct à l’intuition, à condition de les capturer avant tout réarrangement par la raison. Le chimiste allemand August Kekulé a raconté avoir découvert la forme annulaire de la molécule de benzène après l’avoir vue en rêve, sous l’image d’un serpent qui se mord la queue, une histoire discutée par les historiens.
Le physicien Richard Feynman, prix Nobel pour ses travaux en électrodynamique quantique, racontait qu’il travaillait ses équations dans un bar de strip-tease. True story, qu’il raconte lui-même dans Surely You’re Joking, Mr. Feynman!
Les rêves sont délicats, car ils sont difficiles à capturer et, même capturés, vous les ajustez pour les rendre plus sensés. Se réveiller à la même heure chaque jour prépare l’esprit à clore le cycle du rêve à une heure fixe. Enregistrez immédiatement le rêve tel qu’il se présente, sans y plaquer un récit qui serait un acte de raisonnement artificiel.
Tenir un journal de vos rêves vous aidera à comprendre votre propre langage de symboles. Il existe des symboles universels, mais votre vocabulaire de rêves vous reste propre.
Ressources du niveau de créativité intuitive
Pour approfondir ce cinquième niveau, 3 ressources se complètent : le livre de Mark Levy sur l’écriture libre comme générateur d’idées, L’arbre des possibles de Bernard Werber pour exercer l’imagination, et des applications de méditation pour installer le calme qui précède l’intuition.
- Accidental Genius: Using Writing to Generate Your Best Ideas, Insight, and Content, de Mark Levy, aux éditions McGraw-Hill.
- L’arbre des possibles, de Bernard Werber, aux éditions LGF.
- Calm ou Headspace, des applications de méditation en anglais. Si vous connaissez des applications de méditation en français, partagez-les en commentaire.
Ateliers, méthodes ou IA : comment choisir l’approche adaptée à votre niveau de créativité ?
Le choix d’une approche dépend du niveau de créativité que votre équipe maîtrise déjà et de votre niveau cible. Un atelier d’imitation ou de brainstorming fait progresser une équipe débutante, tandis que l’analogie, le récit et l’intuition demandent un accompagnement plus long. L’intelligence artificielle ajoute une option, avec ses propres limites.
Comparer les approches selon le niveau visé
Chaque niveau appelle un format distinct : des visites et des safaris pour la créativité mimétique, des ateliers d’idéation pour la créativité biassociative, des séminaires de prospective pour l’analogie et le récit, et un travail dans la durée pour l’intuition. Le tableau qui suit associe chaque niveau à une méthode, un format et un piège.
| Niveau visé | Méthode adaptée | Format conseillé | Piège principal |
|---|---|---|---|
| Créativité mimétique | Safari, excursion, biomimétisme | Visite d’entreprises ou de lieux d’un autre secteur | Copier sans transposer |
| Créativité biassociative | Brainstorming, SCAMPER, 6 chapeaux | Atelier d’idéation d’une demi-journée | Juger les idées trop tôt |
| Créativité analogique | Raisonnement adaptatif, amis imaginaires | Atelier de stratégie avec un regard extérieur | Choisir des analogies trop proches du métier |
| Créativité narrative | Storytelling, storyboard, scénarios | Séminaire de prospective | Raconter le futur que la direction veut entendre |
| Créativité intuitive | Écriture libre, visualisation, journal des rêves | Pratique individuelle dans la durée | Attendre l’inspiration au lieu de pratiquer |
Et la créativité artificielle ?
L’intelligence artificielle est arrivée dans le monde de la créativité, alors que la créativité était censée rester humaine. Elle accélère les niveaux mimétique et biassociatif, qui reposent sur l’imitation et l’association, et elle pose des questions nouvelles sur l’analogie, le récit et l’intuition. Je consacre un article entier à ses principes et à ses usages.
Comment je peux vous aider à développer la créativité de vos équipes
J’accompagne les dirigeants et les équipes qui veulent faire progresser leur créativité d’un niveau à l’autre, avec des ateliers et des masterclass pour la pratique, et des conférences pour ouvrir le sujet à toute une organisation. Les 2 formats partent des 5 niveaux décrits dans cet article et des outils associés.
Des ateliers pour gravir les niveaux
En atelier, je fais pratiquer à vos équipes les techniques de chaque niveau, du safari au SCAMPER et du storyboard à l’écriture libre, sur leurs propres défis. Mes ateliers et masterclass se conçoivent selon le niveau de départ de l’équipe et le niveau visé, avec mes jeux de cartes comme supports.
Pour une première expérience, le creative break offre un format court qui sort l’équipe de son quotidien et la fait passer par plusieurs niveaux en une seule session.
Des conférences pour lancer la dynamique
En conférence, je montre à un auditoire de managers que la créativité s’apprend par paliers, à partir d’exemples d’entreprises et de mes propres missions. Le format convient à une convention, un séminaire de direction ou le lancement d’un programme d’innovation, et il se choisit selon vos objectifs grâce à mon guide pour choisir votre conférence.
Pour mesurer ensuite les progrès de vos équipes, je m’appuie sur une méthode décrite dans l’article consacré à la mesure de la créativité d’une équipe.
En conclusion, les niveaux de créativité se gravissent un par un
Voilà pour les 5 niveaux de créativité. Toutes ces approches sont faciles d’accès : vous devez simplement essayer de nouvelles choses en continu, et retenir qu’une vie créative se construit au fur et à mesure.
La mimèsis apprend à observer, l’association à relier, l’analogie à transposer, le récit à donner une direction et l’intuition au lâcher-prise. Chaque marche prépare la suivante, et une équipe qui maîtrise les premières aborde les dernières avec confiance. Commencez par le niveau que vous pratiquez déjà, puis visez le suivant : la progression compte davantage que le point de départ dans les niveaux de créativité.
Questions fréquentes sur les niveaux de créativité
Quels sont les 5 niveaux de créativité ?
Les 5 niveaux de créativité sont la créativité mimétique, qui imite la nature ou l’existant, la créativité biassociative, qui relie des idées éloignées, la créativité analogique, qui transpose un domaine vers un autre, la créativité narrative, qui invente des histoires, et la créativité intuitive, qui repose sur le lâcher-prise.
La créativité s’apprend-elle ?
La créativité s’apprend comme le dessin, par paliers. Chaque niveau de créativité se développe avec des techniques précises, du safari d’observation au SCAMPER et de l’analogie à l’écriture libre. Une personne qui se croit peu créative a surtout pratiqué peu de ces techniques, et elle progresse en commençant par les premiers niveaux.
Quelle est la différence entre créativité biassociative et créativité analogique ?
La créativité biassociative relie une idée familière à une idée inconnue pour produire une idée hybride, comme dans un brainstorming. La créativité analogique transfère la logique d’un domaine connu vers un domaine inconnu pour résoudre un problème, comme James Dyson avec les cyclones. La première combine des idées, la seconde transpose un raisonnement.
Comment développer la créativité d’une équipe en entreprise ?
Commencez par situer le niveau de créativité que l’équipe maîtrise, puis proposez les techniques du niveau suivant en atelier : safari et excursion pour l’imitation, SCAMPER et 6 chapeaux pour l’association, et scénarios et storyboard pour le récit. La progression par paliers évite de viser l’intuition avant d’avoir installé les bases.



