Gérer la mauvaise idée d’un collaborateur

Bonne ou mauvaise idée ? Un membre de votre équipe vient vous proposer une idée. Une idée d’amélioration, une idée de nouveau produit, une idée de nouveau service. Bref, une idée.

gérer la mauvaise idée d'un collaborateur quand on est manager

Mais voilà, à première vue, selon votre expérience et expertise de manager, cette idée vous semble (au choix) :

  • Déjà testée avant que votre collaborateur ne commence à travailler ici
  • Déjà vue chez l’un de votre concurrent
  • Pas très originale
  • Trop chère à mettre en place
  • Trop chronophage

Et vous voilà obligé de dire à votre collaborateur que son idée a déjà été essayée ou que vous n’en voyez l’utilité…bref, que vous pensez que son idée n’est pas bonne.

Grave erreur ! Si vous êtes manager, il y a une règle à connaître concernant les idées proposées par vos collaborateurs. Celle de considérer que :

« Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises idées »

  1. Déjà, une idée peut être incomplète et n’être qu’une intuition (les anglais utilisent parfois le terme de « Itch » pour « démangeaison » à la place d’intuition) qui demandera d’être complétée par une autre intuition pour reprendre l’idée de Steven Johnson dans son bouquin « Where good ideas come from« .
  2. Ensuite, une idée peut-être inadaptée à l’une des deux fondations de l’innovation : votre culture d’entreprise Imaginez Hermes faire de la Fast Fashion) et la capacité de cette idée de vous faire gagner ou économiser de l’argent (si ce n’est pas le cas c’est une invention, pas une innovation)
  3. Enfin, une idée n’est que la forme brute de l’innovation. C’est le bloc de marbre qui ne sait pas encore s’il terminera en sculpture au Louvre ou en plateau de table chez Knoll.

En résumé, si l’idée est adaptée à votre culture, elle ne peut être ni bonne ni mauvaise tant qu’elle n’a pas été prototypée testée et présentée à un client.

Mais ce n’est pas tout

Choisir une mauvaise idée

Pour compléter une idée, comprendre son adaptation culture/business et la transformer en projet, je propose toujours à celui (ou au groupe) qui a eux l’idée de sélectionner dans quel quadrant la mettre selon de 2 dimensions :

  1. La dimension de Réalité. Est-ce que l’idée est vraisemblable où est-ce juste une idée marrante, attrayante, dérangeante qui n’est pas adaptée à la question posée ou au sujet d’expérimentation visé ?
  2. La dimension de Réalisation. Est-ce l’idée est réalisable un jour (peu importe demain ou dans 10 ans) ou  est-ce que cette idée est trop éloignée de notre activité, des moyens allouées et du temps disponible ?
mauvaise idée d'un collaborateur avec le shift
Simplification du modèle utilisé pour sélectionner les idées qui deviendront des projets.

Pour affiner le modèle et (pour citer Larry Page quand il a abandonné le programme des 20 % des Google en 2011), « mettre plus de bois derrière moins de flèches », j’utilise ensuite une notation des idées pour en déterminer la priorité d’expérimentation. Ce classement me sert aussi dans le cadre de l’innovation adjacente (inspirée des tendances) pour faire le tri entre tendances, signaux faibles et modes passagères.

Notation des idées et des tendances

Les chiffres ci-dessous sont purement indicatifs. Une idée ou tendance notée 5/5 ne sera pas forcément meilleure qu’une tendance ou idée notée 0/0. Une idée notée 5/5 sera moins complexe à mettre en place et demandera moins de prise de risque, car elle a été largement documentée. Par contre, il est très probable que vos concurrents l’aient déjà compris et implémenté !

  • Réalité 0 / Réalisation 0 : idée vraiment étrange et complexe à mettre en œuvre. Oserez-vous la considérer ?
  • Réalité 1 / Réalisation 3 : tendance facile à mettre en place mais sans doute jugée comme peu crédible, idée qui n’a sans doute jamais été expérimentée. Foncez ?
  • Réalité 3 / Réalisation 1 : certaines entreprises ont commencé à mettre en place cette pratique, peut-être que des universitaires mènent des recherches sur celle-ci. Risquez ?
  • Réalité 5 / Réalisation 5 : tendance supportée par des recherches scientifiques éprouvées. Concept rassurant, mais peut-être pas si innovant puisque des entreprises la mettent déjà en pratique : Suivez …?

Saurez-vous trouver des idées qui entrent dans ces quatre segments ?

La série sur le leadership créatif

Vingt-quatre articles organisés en quatre temps : le socle du sujet, la direction des personnes, les situations qui décident du sort d’une idée, et les obstacles avec leur mesure.

Le socle

  1. Le leadership créatif, l’article de référence
  2. Le leader créatif au quotidien, le portrait et ses marqueurs
  3. Leadership créatif ou innovation managériale, ce que la seconde ne règle plus
  4. Design thinking et intelligence collective, ce que chaque méthode suppose du leader à paraître
  5. Ce que le leadership créatif coûte à celui qui l’adopte à paraître

Diriger les personnes

  1. Diriger des créatifs, pourquoi les méthodes traditionnelles échouent
  2. Diriger des créatifs sans l’être soi-même, le partage du jugement à paraître
  3. Manager un créatif difficile sans casser son talent à paraître
  4. Retenir un créatif qui s’ennuie, les signaux avant sa démission à paraître
  5. Recruter des iconoclastes, le profil qui dérange et qui fait avancer
  6. Comment aider son équipe à devenir créative

Les situations qui décident

  1. Le brief créatif, ce qu’il doit taire pour ouvrir le travail à paraître
  2. Que faire quand un collaborateur apporte une mauvaise idée Vous êtes ici
  3. Pourquoi vos salariés ne partagent pas leurs idées
  4. Le travail en silo bloque la circulation des idées à paraître
  5. Financer une idée sans retour démontrable, la promesse de substitution à paraître
  6. Arrêter un projet créatif, la récupération avant la fermeture à paraître
  7. La réunion d’après-échec, la place du dirigeant dans la pièce à paraître

Les obstacles et la mesure

  1. Les tueurs d’innovation et comment les désarmer
  2. La peur de l’échec, le poids du dernier précédent à paraître
  3. La culture de l’urgence et le délai d’examen des idées à paraître
  4. Libérer du temps pour innover
  5. Mesurer la créativité d’une équipe
  6. L’usage de l’IA dans la créativité

À lire aussi : Une idée notée 5 sur 5 est une idée déjà en retard. Une idée n’est ni bonne ni mauvaise. Notez la crédibilité et la faisabilité sur deux axes, et découvrez pourquoi la meilleure note est souvent un mauvais signe.

À lire aussi : Mode d’emploi pour ne pas perdre de temps avec les tendances