trouver du temps pour innover

Libérer du temps pour innover

J’interviens ce mois-ci auprès de la communauté d’ambassadeurs innovation d’un grand groupe français. Leur enjeu 2025 n’est pas de trouver l’idée géniale mais, plus simplement, de trouver du temps pour innover. Agenda chargé, télétravail, communication incessante, et équipes en sous-effectifs sont d’autant de raisons de ne pas avoir le temps d’innover.

Les tueurs organisationnels d’innovation

Si j’ai déjà évoqué le sujet des personnes tueuses d’innovation, dans l’article ci-dessous il s’agit des éléments liés à la culture de l’entreprise et à l’organisation du travail qui empêchent de faire le petit truc créatif en en plus qui fait la différence sur la capacité d’innovation. À ce sujet, ce n’est pas pour rien si Google a cessé son programme des 20 %* en 2011.

* Les ingénieurs étaient autorisés à passer 20 % de leur temps sur des projets sortant du cadre de leur mission. Sauf que ces projets n’étaient pas pris en compte dans leur évaluation et que lorsqu’ils étaient déjà à 120 % rien que pour atteindre leurs objectifs…

Trop de travail

La surcharge de travail est un sujet qui est trop peu discutée dans les entreprises françaises. Selon le baromètre Malakoff Humanis « Santé des salariés et qualité de vie au travail », un salarié sur deux (48%) vit une surcharge de travail due à des sous-effectifs. Cette situation a des effets négatifs évidents sur la créativité et l’innovation au sein des organisations car être créatif demande du temps et être productif est mieux évalué qu’être créatif. Bref, le temps de c’est de l’argent, pas des idées.

Et ce n’est pas tout, l’étude « Creativity at Work Report » réalisée par Harris Interactive pour Steelcase révèle que 40% des collaborateurs français considèrent la charge de travail comme le principal obstacle au développement de leur créativité. 

Mai la surcharge de travail n’est pas la seule raison que les collaborateurs dont pas créatifs, à défaut d’être innovants.

Les tueurs organisationnels d'innovation

Trop d’information

Nous sommes tous submergés par un flux constant de communications diverses et variées ou le perso se mélange avec le pro et l’urgent avec l’important.

Cette surcharge réduit considérablement les moments de réflexion nécessaires à l’innovation. L’étude de Steelcase souligne aussi que pour 36% des Français, les processus organisationnels constituent un frein majeur à leur créativité. Les moments d’illumination (moments « Eureka », ou moments « Aha » en anglais) , essentiels à l’innovation, deviennent rares dans un environnement de travail saturé de sollicitations constantes.

Voici d’autres tueurs organisationnels de l’innovation en entreprise, développés dans le même style que le texte fourni :

La bureaucratie galopante

Ah, la bureaucratie ! Ce monstre tentaculaire qui étouffe l’innovation dans son berceau. Selon une étude menée par Deloitte en 2023, 68% des employés estiment que les procédures administratives excessives sont le principal frein à leur créativité. Entre les formulaires à remplir en triple exemplaire, les validations en cascade et les comités qui se multiplient comme des lapins, l’idée novatrice a le temps de prendre de la poussière avant même d’être examinée. Et pendant ce temps-là, la start-up du coin a déjà lancé trois nouveaux produits. Mais bon, au moins on a respecté le process, n’est-ce pas ?

La peur du risque

je ne vous parle pas ici du « On a toujours fait comme ça » et du « Ça marchera jamais » cité dans mon article sur les tueurs de l’innovation. Les mantras préférés des entreprises allergiques au changement.

Je vous parle ici de la culture de la sécurité à tout prix, du principe de précaution à tous les étages. Selon le baromètre de l’innovation BPI France 2024, 52% des dirigeants admettent que la peur de l’échec est le principal obstacle à l’innovation dans leur organisation.

C’est vrai qu’il est tellement plus confortable de rester dans sa zone de confort, bien au chaud dans ses habitudes. Pourquoi risquer de bouleverser quoi que ce soit avec une idée. Même pas une idée révolutionnaire, juste une idée simple ? Après tout, l’innovation c’est pour les autres, les jeunes, ceux qui n’ont rien à perdre. Nous, on a une réputation à préserver et des actionnaires à rassurer. Innovons, mais pas trop, et surtout pas trop vite !

Le culte du court-terme

Qui a le temps de penser à l’avenir quand il faut atteindre les objectifs trimestriels ? L’obsession du court-terme est le poison lent de l’innovation. Selon une enquête de PwC, 78% des dirigeants admettent sacrifier les investissements à long terme pour atteindre les résultats à court terme.

Pourquoi se préoccuper de ce qui pourrait arriver dans 5 ans quand on a des chiffres à sortir pour la fin du mois ? L’innovation, c’est bien joli, mais ça ne paie pas les factures immédiatement. Et puis, qui sait ? Peut-être que dans 5 ans, on n’existera même plus. Autant se concentrer sur l’immédiat, n’est-ce pas ?

trouver du temps pour innover

Résultat : Des problèmes de santé mentale et d’innovation

Trop de travail et trop d’informations n’ont pas d’effets seulement sur l’innovation, mais comme je le souligne dans mon livre « Management dans un mode fragile », sur la santé psychologique de ses collaborateurs.

Le baromètre Malakoff Humanis déjà cité met en lumière une tendance inquiétante : 44% des femmes et un tiers des hommes salariés estiment avoir une santé mentale moyenne ou mauvaise. Cette dégradation de la santé mentale est en partie attribuée à l’intensité et au temps de travail, cités par 62% des répondants comme facteur principal.

Ce n’est pas tout. 70% des salariés concernés estiment que cela nuit à leur travail, ce qui inclut inévitablement leur capacité à innover et à être créatifs. Les entreprises doivent prendre conscience de cette réalité et mettre en place des mesures concrètes pour préserver la santé mentale de leurs collaborateurs et stimuler leur créativité. C’est en offrant un environnement de travail équilibré et propice à la réflexion que les organisations pourront cultiver une véritable culture de l’innovation.

Alors que faire, se résigner ou chercher un moyen pour « secouer le cocotier » comme me l’avait dit Jean-Paul Delevoye avec sagesse avant d’être lui même secoué ? je vous propose deux pistes :

  1. Libérer du temps pour l’innovation en éliminer les processus qui font perdre du temps et les réunions qui assèchent l’énergie créative.
  2. Institutionnaliser les temps consacrés à l’innovation. Ce qui inclue les temps d’inspiration (en recevant experts et conférenciers) ou se rendant à des événements extérieurs.
  3. Former les managers à devenir des leaders de l’innovation selon les 8 principes que j’ai déjà développé dans ce blog.
  4. Placer l’innovation en tête de liste pour pouvoir parler d’une vraie culture de l’innovation
  5. Séparer l’invention de l’optimisation selon les 4 stratégies de l’innovation qui me sont chères

Libérer du temps pour l’innovation

Éliminer les dettes de processus qui entravent le temps d’innovation

Une « dette de processus » est une tâche ou procédure obsolète ou inefficace qui consomme inutilement du temps. Il peut s’agir de réunions récurrentes sans but précis, de protocoles de communication excessifs ou de processus administratifs lourds.

La dette de processus en quelques mots :

Caractéristiques

  • Accumulation progressive : Elle se développe graduellement, souvent de manière imperceptible au quotidien.
  • Impact sur l’efficacité : Elle réduit l’efficacité opérationnelle et la capacité d’innovation de l’entreprise.
  • Coûts cachés : Elle engendre des coûts indirects difficiles à quantifier mais réels.

Causes

  1. Pression du temps : La nécessité de livrer rapidement peut conduire à des solutions rapides mais non optimales.
  2. Manque de ressources : L’insuffisance de moyens peut empêcher la mise en place de processus robustes.
  3. Résistance au changement : La difficulté à faire évoluer les habitudes peut maintenir des processus obsolètes.

Conséquences

  • Perte de productivité : Les processus inefficaces ralentissent le travail.
  • Frustration des employés : Les collaborateurs peuvent être démotivés par des processus inadaptés.
  • Risques accrus : Des processus défaillants peuvent augmenter les risques d’erreurs ou de non-conformité.

Comment rembourser la dette ?

Il y plusieurs choses à faire mais dès à présent, je vous invite à instaurer une plateforme de « dynamitage de bureaucratie » (Bureaucracy Busters en anglais) , où les salariés peuvent signaler des processus inefficaces. Si une suggestion reçoit suffisamment de votes de soutien, la direction examine et, dans la plupart des cas, élimine le processus problématique.

Si vous êtes motivé vous pouvez aussi nommer un « Asskicker » comme le fit un temps Axa. C’ets une personne chargée d’identifier et éliminer les processus qui font perdre du temps, de l’énergie et qui érode le moral des équipes. C’est aussi l’un des rôles du Manager de l’innovation que j’appelle l’Enabler. Cf vidéo ci dessous.

Pour les organisations souhaitant adopter cette approche :

  • Créer un canal de communication ouvert : Il peut s’agir d’un formulaire en ligne ou d’une adresse e-mail dédiée où les collaborateurs peuvent soumettre leurs suggestions.
  • Encourager la participation : Inciter les équipes à partager leurs idées sans crainte de représailles.
  • Agir rapidement : Examiner et traiter les suggestions pour montrer que leurs contributions sont valorisées.

Bloquer des espaces de temps créatifs

Le b.a.-ba de la culture de l’innovation et de toute entreprise qui souhaite sortir l’innovation du département R&D : on trouve un moment dans l’agenda. Et pas seulement pour se faire une réunion post-it pour se donner l’impression de mener une activité créative !

L’innovation a plusieurs étapes que je ne vais pas détailler. Pour résumer il y a une phase d’inspiration, avant, d’exploration pendant et d’expérimentation après. Je vous avais prévenu je ne fais pas dans le détail ici. Ce qui signifie que vous devez :

Chasser les tendances

Trouver du temps pour vous inspirer, dehors, dedans, ici ailleurs. À l’oral à l’écrit. Vous devez vous intéresser à ce qu’il se passe actuellement dans votre champs d’activité, métiers et secteur. Oui, les tendances.

Je ne vais pas me répéter, vous trouverez à ce lien tous mes articles sur le sujets des tendance.

Soustraire quelque chose d’ancien avant d’ajouter quelque chose de nouveau,

L’ajout constant de nouveaux projets sans en éliminer d’anciens mène à une surcharge d’initiatives. Les salariés se retrouvent submergés, ce qui entrave leur capacité à innover.

Vous devez créer une culture de la soustraction

Ajouter c’est facile alors que soustraire est souvent plus complexe. Pour cela :

  • Intégrer la soustraction dans les processus : Avant de lancer un nouveau projet, identifier ce qui peut être supprimé.
  • Célébrer les suppressions : Valoriser le fait d’arrêter une activité inutile autant que le lancement d’une nouvelle initiative.
  • Encourager la réflexion critique : Lors des réunions, désigner quelqu’un pour remettre en question la nécessité d’ajouter de nouvelles tâches.

Placer l’innovation en tête de liste

Faite de l’innovation l’objectif principal de votre équipe. En définissant ce qu’est l’innovation pour vous et votre entreprise, vous incitez votre équipe à intégrer la créativité dans leur travail quotidien.

Dédier du temps à l’innovation

Oui, ça existe toujours et c’est toujours d’actualité : les sprints d’innovation de deux semaines ou hackathons trimestriels. Durant ces périodes, les participants mettent de côté leurs tâches habituelles pour se concentrer sur des projets innovants.

Implication de la direction

Il est essentiel que la direction soutienne activement ces initiatives. En valorisant l’innovation et en offrant du temps dédié, les leaders encouragent leurs équipes à explorer de nouvelles idées.

Management durable

Séparer l’invention de l’optimisation

Distinction entre le travail « zéro à un » et « un à dix »

C’est de Marco Zappacosta, PDG de Thumbtack, que je tiens la distinction de ces deux types de travail :

  • Travail « un à dix » : Optimisation et amélioration des opérations existantes, avec des objectifs mesurables.
  • Travail « zéro à un » : Invention et création de nouvelles solutions, sans objectifs chiffrés initiaux.

Choisir le bon moment pour l’innovation

Il est important de planifier les initiatives innovantes pendant les périodes moins chargées. Par exemple, éviter les moments où les équipes sont déjà sous pression avec des projets cruciaux. Cela permet aux employés d’avoir l’espace mental nécessaire pour être créatifs.

Si dégager de longues périodes pour l’innovation est difficile, envisager des sessions plus courtes. Des créneaux de 30 à 45 minutes peuvent suffire pour stimuler la créativité sans perturber les opérations quotidiennes.

L’équilibre entre les responsabilités quotidiennes et l’innovation est un défi permanent dans le monde professionnel moderne. Les tâches quotidiennes ne disparaîtront pas, et le rythme du travail ne ralentira pas. Il est donc essentiel pour les leaders de :

  • Gérer activement cet équilibre : Prioriser l’innovation tout en assurant les opérations essentielles.
  • Écouter les collaborateurs : Comprendre leurs défis et adapter les stratégies en conséquence.
  • S’adapter en continu : Ajuster les initiatives et les méthodes au fur et à mesure que l’organisation évolue.

En adoptant ces approches, les entreprises peuvent créer un environnement où l’innovation prospère, même dans un contexte de travail chargé. L’objectif est de faire de l’innovation non pas une tâche supplémentaire, mais une partie intégrante de la culture d’entreprise.

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