manager dans le monde de la fragilité

Manager dans un monde fragile avec BANI

Comme je le disais dans ma dernière vidéo sur VUCA, il est temps de sortir des acronymes bigarrés comme VUCA, VUCA prime, VUCAD, TUNA, RUPT et BANI.

À la place, intéressez-vous aux changements actuels plutôt que de chercher à les simplifier en concept pour conférence de 45 minutes. Manager dans le monde de la fragilité demande d’apprendre à travailler avec ce qui se fissure sous vos pieds, sigle ou pas sigle.

Et les fissures ne manquent pas. L’incertitude politique ampute la croissance, les défaillances d’entreprises restent à un niveau élevé et la visibilité des directions sur leur propre activité se réduit d’un trimestre à l’autre. Le climat d’affaires est devenu une météo permanente, avec laquelle chaque manager compose désormais en continu.

Cet article est la ressource de référence que je consacre à la pratique. Il pose les quatre niveaux de maturité managériale, montre ce que chacun produit sous pression, expose ce que la fragilité coûte à l’organisation elle-même et décrit la sortie par le haut vers le leadership régénératif.

Le constat La raison La sortie
Le réflexe par défaut décide de toutManager dans le monde de la fragilité met en jeu le niveau de maturité auquel un encadrant revient quand la pression monte. La grande majorité des cadres retombe sur les deux premiers niveaux, le commande-contrôle et le coopératif. La charge fabrique le repliSous surcharge administrative et sous injonction de rassurer, poser des questions inconfortables devient un risque personnel. Le repli sur le contrôle est une stratégie de survie avant d’être un choix managérial. Basculer entre les registresLa maturité tient dans la capacité à changer de registre selon la situation plutôt que dans l’excellence dans un registre unique. Le passage au génératif puis au régénératif demande de désapprendre plutôt que d’empiler des formations.

Ce que la fragilité change concrètement pour un manager

La fragilité transforme le métier d’encadrant en exercice permanent d’arbitrage sous information incomplète. Les repères qui permettaient de décider par déduction se périment plus vite que les décisions elles-mêmes. Comprendre ce déplacement compte davantage que mémoriser un acronyme de plus.

BANI en rappel court, ce que l’acronyme dit et ce qu’il ne dit pas

BANI décrit un monde fragile, anxieux, non linéaire et incompréhensible. Proposé par le prospectiviste Jamais Cascio, il déplace l’attention de l’environnement vers la manière dont les personnes le vivent. C’est sa vraie contribution, et elle s’arrête là.

L’acronyme nomme un ressenti sans indiquer quoi en faire le lundi matin. Un manager qui apprend que son environnement est non linéaire n’en tire aucune règle de décision, aucune façon d’animer une réunion tendue et aucun critère pour arbitrer entre deux priorités contradictoires. Le diagnostic reste juste et le mode d’emploi reste absent.

Vous trouverez le détail du modèle dans ma définition de l’acronyme BANI et la comparaison que je propose entre VUCA et BANI. Le cadre général et ses quatre piliers sont décrits dans le monde de la fragilité. Cet article part de là et traite uniquement la pratique managériale.

Je garde donc BANI comme rappel de contexte et je bascule tout de suite sur ce qui se joue vraiment, le niveau de maturité de celui qui encadre. Un acronyme décrit une météo, alors qu’un niveau de maturité décrit une capacité. Seule la seconde se travaille.

Pourquoi manager dans le monde de la fragilité n’est plus un cas particulier

La fragilité a cessé d’être un épisode traversé entre deux périodes calmes. Elle constitue la toile de fond permanente du travail d’encadrement, ce qui rend obsolète l’idée de gérer une crise puis de revenir à la normale. La normale ne revient plus.

Cette permanence pèse d’abord sur la ligne managériale. Le baromètre Empreinte Humaine relève que 47 % des salariés français se déclarent en détresse psychologique, avec des managers plus exposés que la moyenne. Un encadrant qui absorbe la pression de sa direction et celle de son équipe se retrouve pris en tenaille, sans espace pour respirer entre les deux.

Ce contexte explique une grande partie des comportements que je vais décrire. Un manager épuisé ne choisit pas son style, il retombe sur son réflexe. Comprendre les quatre niveaux revient donc à comprendre ce vers quoi chacun retombe quand il n’a plus de marge.

Avant d’aller plus loin, posez-vous une question simple. Dans votre entreprise, la reconnaissance va-t-elle à ceux qui posent les bonnes questions ou à ceux qui rassurent ? La réponse vous situera mieux qu’un audit, parce qu’elle dit ce que votre organisation récompense réellement quand la visibilité manque.

Les quatre niveaux de maturité pour manager dans la fragilité

Quatre niveaux de maturité décrivent la façon dont un encadrant traite l’incertitude, du contrôle pur au leadership génératif. Personne n’occupe un seul niveau en permanence, et c’est le niveau par défaut sous pression qui compte. Les répartitions indiquées ci-dessous correspondent à ce que j’observe en mission depuis une quinzaine d’années.

Vous pouvez être un manager de niveau 1 lundi matin face à un budget à défendre, et un leader de niveau 3 mardi après-midi quand vous animez un atelier d’innovation. Votre niveau moyen intéresse peu, votre niveau par défaut quand la pression monte décide de presque tout. C’est sous stress que vos vrais réflexes managériaux apparaissent.

Niveau 1, le management technique

Il s’agit du manager traditionnel de type « commande-et-contrôle ». Vous savez, celui qui manage en fonction de son humeur du moment ou qui suit à la lettre les concepts glânés en formation. Il n’est pas un grand fan de l’incertitude et répond à l’ambiguïté en l’ignorant.

Ces managers de niveau 1 sont certains d’être aux commandes et de posséder le savoir-faire pour assurer leur rôle d’encadrant. Leurs subordonnés vous diraient sans doute autre chose s’ils en avaient le courage, mais ils sont comme des moineaux qui répondent à une menace en se lissant les plumes plutôt qu’en fuyant.

Lors de l’embauche, les managers de niveau 1 se concentrent sur l’homogénéité. Ils recrutent des personnes qui leur ressemblent et qui s’intégreront dans l’organisation et l’équipe, et qui ne poseront pas de questions inconfortables.

Ce besoin de « cohérence cognitive » peut être désastreux, comme dans le cas de l’explosion de la navette spatiale Challenger. Un an avant l’accident, un ingénieur avait remis en question la sécurité des joints des propulseurs. Au lieu de le remercier, ses chefs lui ont ordonné d’arrêter de soulever des problèmes de sécurité. La même chose s’est répétée avant le 11 septembre.

Les managers de niveau 1 représentent environ 31 % des cadres selon mes observations. L’étude Factorial sur le mal-être des managers européens éclaire pourquoi : 83 % des managers français déclarent que leur charge de travail nuit à leurs relations avec leurs équipes. Quand vous croulez sous l’administratif, le réflexe « commande-et-contrôle » devient une stratégie de survie avant d’être un choix managérial.

Niveau 2, le management coopératif

Le niveau 2 marque une première rupture avec le précédent : ces managers n’utilisent pas le pouvoir comme un instrument contondant. Au lieu de cela, ils s’efforcent de coopérer et de travailler en équipe. C’est-à-dire qu’ils donnent l’idée, le programme et la méthode à utiliser, mais laissent leurs collaborateurs exprimer leurs idées.

L’inconvénient du leadership coopératif est qu’il produit rarement des décisions innovantes et risquées. La raison est que les managers de niveau 2 ne savent pas comment réagir face aux réalités de l’ambiguïté et de la complexité.

Les managers coopératifs veulent réduire les conflits et promouvoir le travail d’équipe. Ils considèrent la véritable diversité comme une menace pour le fonctionnement de l’équipe, ce qui explique qu’ils valorisent la stabilité par-dessus tout.

Ce style de management est le plus courant et représente environ 55 % des cadres. C’est aussi le niveau qui craque le plus vite quand la fragilité s’installe : 62 % des managers français travaillent au-delà de leur temps contractuel pour pallier les dysfonctionnements internes, selon la même étude. Coopérer sans avoir le droit de remettre en cause le cadre revient à ramer dans une barque qui prend l’eau.

Niveau 3, le leadership collaboratif

Contrairement aux deux niveaux précédents, les leaders de niveau trois, et là nous pouvons commencer à parler de leadership et de leader, embrassent le conflit, le risque et l’échec. Ils reconnaissent que le conflit d’équipe est inévitable, et même que l’échec est inévitable, et qu’il offre une opportunité d’apprentissage précieux.

Ces leaders de niveau trois embrassent le changement, en particulier lorsque la situation actuelle ne fonctionne plus. Lorsque l’entreprise est en difficulté, ils cherchent des moyens créatifs de s’adapter.

En 2014, avec des ventes en souffrance, Mazda a généré une voiture à succès en utilisant un leadership de niveau trois. Pour cela, le responsable du design a nommé deux équipes concurrentes, une au Japon et une aux États-Unis, avec pour objectif de concevoir un nouveau projet de voiture. C’est parmi ces projets qu’a été conçue la Mazda CX-5, qui est devenue le modèle de la gamme le plus vendu.

En embrassant l’incertitude et en essayant de s’y adapter, les équipes des leaders de niveau 3 génèrent de nombreuses idées, même si ces idées ne se traduisent pas toujours en résultats tangibles. Une autre faiblesse des leaders de niveau 3 est leur croyance que toutes les personnes et toutes les idées sont égales. Ils peuvent hésiter à rejeter une mauvaise idée d’un collaborateur.

Environ 12 % des cadres sont des leaders de niveau trois. La marche est haute, parce qu’elle suppose une organisation qui tolère le conflit d’idées sans le transformer en conflit de personnes. Peu d’entreprises offrent cette sécurité.

Niveau 4, le leadership génératif

Les niveaux 1 à 3 se trouvent dans la même continuité, chacun amenant à l’autre. Le niveau 4 constitue un bond sismique dans la mentalité et dans les valeurs. Ces leaders apprennent rapidement de nouvelles façons de penser et savent abandonner tout aussi rapidement les anciens modes de comportement.

Ils font habilement face à la complexité, acceptent les contradictions et ont tendance à ignorer les règles qui entravent le succès de leurs équipes. Oui, ce sont des enablers.

Les leaders de niveau 4 récompensent les meilleurs et savent encourager, guider ou licencier les non-performants. Ils ne supervisent pas car ils attendent à ce que leurs subordonnés se supervisent d’eux-mêmes. C’est pour cette raison qu’ils cherchent à recruter des collaborateurs qui attendent autonomie et responsabilisation. En plus, ils sont ouverts aux idées de n’importe qui, indépendamment du rang ou de la position.

Ce sont des leaders de niveau 4 qui sont appelés visionnaires. Ce sont eux qui voient l’avenir et inspirent les autres à aider à faire de leur vision une réalité. Ces leaders de niveau 4 sont rares, moins de 2 % des leaders correspondent à cette description.

NiveauRéponse à l’ambiguïtéRapport au conflitCe qui casse sous pression
1, management techniqueL’ignore et resserre le contrôle.L’étouffe, y compris quand il porte un signal de sécurité.Les signaux faibles cessent de remonter.
2, management coopératifLa réduit en cherchant le consensus.L’évite pour préserver le fonctionnement de l’équipe.Les décisions risquées ne sont plus prises.
3, leadership collaboratifL’accepte et cherche des adaptations créatives.L’accueille comme une source d’apprentissage.Le tri entre les idées ne se fait plus.
4, leadership génératifLa cherche volontairement là où elle est la plus forte.L’utilise pour produire des percées.L’organisation autour, rarement le leader.
Management VUCA, manager dans un monde fragile par Benjamin Chaminade
Vous pouvez commander mon livre sur VUCA aux éditions Gereso.

La fragilité de l’organisation, le pilier que personne ne mesure

Les niveaux de maturité décrivent la capacité des personnes qui encadrent, et laissent intacte celle de l’entreprise. Une organisation qui reporte son instabilité sur ses équipes se fragilise elle aussi, parce qu’elle perd la mémoire de ses métiers, sa capacité d’anticipation et l’attachement de ceux qui restent. Aucun niveau 4 ne compense durablement ce défaut.

Ce que l’entreprise perd quand elle reporte son risque

Reporter le risque sur les individus produit un gain immédiat de flexibilité et une perte différée de capacité. Les compétences rares s’en vont, les savoirs implicites disparaissent avec elles, et les signaux faibles cessent de remonter parce que plus personne ne se sent assez en sécurité pour les porter.

Cette perte se voit rarement dans les tableaux de bord, parce qu’elle se manifeste avec un décalage de plusieurs trimestres. Une entreprise qui a laissé partir ses meilleurs profils continue d’afficher de bons résultats pendant un an. La facture arrive au choc suivant, quand il faut reconstruire ce qui a été laissé filer.

Je retrouve ce mécanisme dans les organisations qui traitent la fidélisation comme un sujet de marque employeur. La question posée porte sur l’attractivité, alors que le problème réside dans la vitesse à laquelle l’entreprise consomme les personnes qu’elle recrute. Travailler l’image sans toucher au rythme de consommation revient à remplir plus vite un réservoir percé.

Quatre signaux indiquent qu’une organisation absorbe mal ses propres chocs.

  • Une compétence critique repose sur une seule personne depuis plus de deux ans, sans transmission organisée.
  • Les décisions de réorganisation se prennent sans que personne ne chiffre ce qui va être perdu.
  • Les départs des profils les plus employables précèdent de plusieurs mois ceux des autres.
  • Et les managers de proximité découvrent les arbitrages en même temps que leurs équipes.

Cette lecture rejoint le travail que je mène sur les huit piliers de l’entreprise invulnérable, où la robustesse se construit avant le choc plutôt que pendant. Une entreprise invulnérable est une organisation capable d’encaisser un choc sans transférer la totalité de sa charge à ses équipes.

Le taux de report, mesurer la fragilité que l’organisation se fabrique

Le taux de report désigne la part d’un choc qu’une organisation transfère à ses équipes au lieu de l’absorber elle-même. Un taux élevé signale une entreprise qui protège ses résultats immédiats en dégradant sa capacité de long terme. La mesure porte sur l’organisation, pas sur la résilience des personnes.

Je propose de le construire choc par choc plutôt qu’en indicateur global. Chaque événement notable, une réorganisation, une perte de marché ou l’arrivée d’un outil qui redéfinit un métier, se décompose en deux colonnes, ce que l’entreprise a pris en charge et ce qu’elle a laissé aux personnes concernées.

  1. Lister les trois derniers chocs traversés par votre organisation, avec une date et un périmètre précis pour chacun.
  2. Écrire, pour chaque choc, ce que l’entreprise a financé, organisé ou porté elle-même, formation, mobilité interne, temps dégagé ou accompagnement.
  3. Écrire en regard ce que les personnes ont absorbé seules, montée en compétences hors temps de travail, mobilité subie, perte de repères ou départ.
  4. Comparer les deux colonnes d’un choc au suivant et regarder si le rapport s’améliore ou se dégrade.

Le chiffre obtenu compte moins que la conversation qu’il déclenche. Un comité de direction qui constate que la colonne de droite s’allonge à chaque choc cesse de parler d’adaptabilité des salariés. Il se met à parler de sa propre capacité d’absorption, ce qui déplace la discussion là où elle devient utile.

Je nomme cette mesure le taux de report, dans la continuité des indicateurs que j’utilise en mission. Elle éclaire aussi les niveaux de maturité, puisqu’un taux de report élevé maintient mécaniquement la ligne managériale aux niveaux 1 et 2, faute de marge pour faire autre chose que tenir.

Retour terrain

La question qui a fait taire un comité de direction

Lors d’un séminaire d’encadrement, j’ai posé aux participants la question que je pose systématiquement en ouverture. Chez vous, la reconnaissance va-t-elle à ceux qui posent les bonnes questions ou à ceux qui rassurent ? La salle a répondu sans hésiter, la reconnaissance va à ceux qui rassurent.

Le comité de direction présent avait pourtant lancé, six mois plus tôt, un programme de leadership censé développer l’audace et la prise d’initiative. Personne dans la salle n’avait fait le lien entre les deux. Les managers passaient leurs journées à produire des points de situation rassurants pour une direction qui réclamait par ailleurs de la franchise, et personne n’avait jamais nommé cette contradiction à voix haute.

Le niveau de maturité managériale d’une entreprise se lit dans ce qu’elle récompense, jamais dans ce qu’elle affiche. Tant que la remontée d’un problème coûte plus cher que son silence, aucun programme de formation ne fera monter la ligne managériale d’un seul niveau.

Les stratégies du leadership génératif

Les leaders de niveau 4 basculent entre quatre registres selon ce que la situation exige. C’est leur capacité à changer de mode qui fait la différence, plutôt que leur habileté dans un mode unique. Pensez à un musicien de jazz, qui connaît plusieurs gammes et choisit celle qui colle au moment.

Les quatre registres entre lesquels ils basculent

Chaque registre correspond à un des quatre niveaux, mobilisé volontairement plutôt que subi. Un leader génératif peut décider d’être technique face à une urgence de sécurité, puis collaboratif dans la même journée face à un problème mal défini. Le choix conscient distingue le niveau 4 des trois autres.

  • Le leadership technique, c’est quand quelqu’un connaît très bien son travail et peut aider son équipe grâce à son expertise.
  • Le leadership coopératif met l’accent sur l’atteinte des objectifs et valorise les résultats plus que les relations ou la collaboration.
  • Le leadership collaboratif est doué pour résoudre les problèmes et pour faire en sorte que tout le monde dans l’équipe s’entende bien.
  • Et le leadership génératif cherche l’équilibre, en alliant savoir-faire technique et capacité à travailler avec les autres.

Dix stratégies de leader génératif

Dans le détail, ces leaders emploient une variété de tactiques pour trouver des opportunités dans l’incertitude. Aucune ne demande de moyens particuliers, toutes demandent de renoncer à un réflexe installé. C’est ce renoncement qui coûte, pas la technique elle-même.

  1. Identifier le type de problème avant de se lancer. Les leaders génératifs déterminent le type de situation qu’ils doivent affronter et quel niveau parmi les quatre styles de leadership fonctionnera le mieux.
  2. Savoir quand il est temps d’apprendre et quand il est temps de décider. Toute crise permet deux réponses, prendre une décision et se planter seul, ou permettre à tout le monde d’apprendre de la situation et de répondre de manière créative pour, éventuellement, se planter ensemble.
  3. Rester flexible sur la manière d’atteindre les objectifs. Les leaders génératifs se concentrent sur leurs visions, mais ils ne sont pas mariés à une méthode particulière pour rendre la vision réalité. La flexibilité est leur appétence.
  4. Se comporter avec intelligence émotionnelle. L’intelligence émotionnelle est la capacité à comprendre et à contrôler ses émotions pour inspirer les autres. Plus la situation est critique, plus l’intelligence émotionnelle est importante.
  5. Rechercher la diversité et l’inclusion. Le monde est plein d’équipes dont les membres pensent tous de la même manière. Les membres d’équipes hétéroclites et iconoclastes apportent des opinions et des visions du monde véritablement diverses.
  6. Apprendre constamment. Trop de leaders pensent qu’ils doivent avoir toutes les réponses. Les leaders génératifs savent qu’ils ne savent pas tout et apprennent tout ce qu’ils peuvent par l’expérience ou la lecture. Au lieu d’énoncer des opinions, ils posent des questions.
  7. Rechercher volontairement l’incertitude et l’ambiguïté. Les grands leaders cherchent des domaines où d’autres sont découragés par les problèmes ou nient que les problèmes existent. Ils savent que les zones de plus grand risque promettent les plus grandes récompenses.
  8. Écouter et parler comme un leader génératif. Les approches de communication possibles vont du partage, où le leader s’attend à ce que ses paroles se traduisent par des ordres clairs et directs, au débat, où les deux côtés forment des réponses plutôt que d’écouter, puis à l’écoute active, où les deux côtés essaient de parler et d’écouter sans préjugé. Il cherche à atteindre la communication générative, lorsque les deux côtés vont au-delà de l’écoute active et entrent dans de véritables percées créatives.
  9. Attirer, ne pas forcer. Forcer revient à contraindre quelqu’un d’autre à faire ce que vous voulez. Pour influencer par l’attraction, faites plutôt l’effort de comprendre l’autre personne, d’en apprendre davantage sur ses préoccupations et d’atteindre un consensus ensemble. Attention à ne pas confondre influence et manipulation.
  10. Abandonner les règles qui ne s’appliquent plus. Les leaders génératifs sont des pragmatiques prêts à abroger les règles qui ne font que gêner.

Pourquoi si peu de managers atteignent ce niveau

Atteindre le niveau 4 demande de désapprendre, et désapprendre coûte plus cher psychiquement qu’apprendre. La difficulté augmente avec l’ancienneté, puisqu’un encadrant qui a passé vingt ans à construire une expertise doit accepter de la voir devenir un obstacle. Peu d’organisations rendent ce renoncement confortable.

La marche se franchit rarement seule. Un manager qui n’a jamais été formé au questionnement, à la facilitation ou à la décision sous incertitude ne bascule pas au niveau 4 par simple volonté. Exiger un leadership génératif sans avoir jamais financé l’apprentissage correspondant relève du vœu pieux.

Le contexte pèse autant que la formation. Là où la sécurité psychologique est élevée, la détresse au travail chute fortement selon les travaux d’Empreinte Humaine, et les comportements de niveau 3 et 4 deviennent possibles. Là où elle manque, même un leader génératif finit par se comporter en manager technique pour se protéger.

Je le formule ainsi en séminaire, et cela dérange souvent. Le niveau de maturité managériale d’une entreprise correspond au niveau que son organisation autorise, plutôt qu’à la moyenne des niveaux de ses managers. Le reste relève du développement personnel, utile mais sans effet sur le système.

Comprendre le terrain avant de travailler la posture

Vous voulez saisir ce qui fragilise vos équipes avant de faire monter vos managers en niveau ? Découvrez le monde de la fragilité et ses quatre piliers pour identifier ce que votre organisation fait porter aux personnes.

Le leadership régénératif, la marche au-dessus

Le leadership régénératif est la quintessence du management moderne et la réponse la plus complète au monde de la fragilité. Il ne se contente pas de réagir aux changements, il les utilise pour revitaliser l’organisation de manière durable. Il constitue la suite logique du niveau génératif.

Ce que le régénératif ajoute au génératif

Le leadership génératif rend une équipe capable de produire des percées, alors que le leadership régénératif s’assure que cette capacité se reconstitue au lieu de s’épuiser. La différence porte sur l’horizon et sur le périmètre, puisque le régénératif intègre l’écosystème dans lequel l’entreprise opère.

C’est une réponse évolutive aux défis posés par les concepts VUCA et BANI. Il se distingue par une approche holistique qui cherche à utiliser les changements pour transformer l’organisation de manière durable plutôt qu’à s’y adapter défensivement.

Dans le cadre du leadership régénératif, le leader agit comme un catalyseur de croissance, encourage l’innovation et la collaboration, tout en veillant à la santé à long terme de l’entreprise et de son écosystème. Cela implique une conscience aiguë des interdépendances au sein des systèmes, des cycles de vie des entreprises, et des impacts sociaux et environnementaux.

les six principes du leadership régénératif par Benjamin Chaminade
Le management régénératif repose sur 6 principes

L’enableship, principe central du régénératif

L’enableship est le principe qui consiste à habiliter les équipes en leur donnant les outils et l’autonomie nécessaires pour s’épanouir. Il déplace le rôle du manager de celui qui décide vers celui qui rend possible. C’est l’un des six principes du leadership régénératif.

Les leaders régénératifs et l’enableship travaillent de concert pour créer des cultures d’entreprise résilientes où l’innovation est encouragée, les talents sont développés et les ressources sont utilisées de manière éthique et durable.

En combinant ces approches, les organisations peuvent évoluer vers un modèle où le succès se définit par les profits financiers, par le bien-être des salariés, par la contribution positive à la société et par la préservation de l’environnement. Cela marque une transition vers un leadership qui reconnaît la nécessité d’un impact positif global, allant au-delà de la performance économique immédiate pour assurer un avenir régénératif et prospère.

Et nous arrivons à la raison de mon intérêt particulier pour ce mode de management, qui est un sujet de conférences, de sommets et de séminaires dans les pays anglophones. Pas seulement parce que je suis invité à intervenir sur ce sujet en conférence, mais parce que c’est la suite logique de VUCA, de BANI et de l’émergence de ce monde de la fragilité. Pour aller plus loin sur les leviers concrets, lisez aussi De la volatilité à la vélocité.

Comment situer le niveau de maturité de votre encadrement

Trois façons de situer une ligne managériale coexistent, le déclaratif, l’observation en situation et l’analyse de ce que l’organisation récompense. Elles ne coûtent pas le même effort et ne donnent pas la même fiabilité. Choisir sans avoir posé ces critères conduit à mesurer ce qui se mesure facilement plutôt que ce qui compte.

Questionnaire, observation ou analyse des récompenses

Le questionnaire interroge les managers sur leurs pratiques déclarées, l’observation les regarde décider en situation réelle, et l’analyse des récompenses examine qui progresse et qui stagne dans l’entreprise. Chaque méthode capte une couche différente de la réalité. Le tableau suivant permet de choisir en connaissance de cause.

MéthodeCe qu’elle capteEffort demandéAngle mort
Questionnaire déclaratifLe niveau que les managers pensent occuper et le vocabulaire managérial en usage.Faible, quelques semaines et un outil du marché.Mesure le discours plutôt que le réflexe sous pression.
Observation en situationLe niveau réel mobilisé pendant une décision difficile ou un conflit d’équipe.Moyen, suppose d’assister à de vraies réunions d’arbitrage.Coûte du temps et suppose une confiance déjà établie.
Analyse des récompensesLe niveau que l’organisation autorise, à travers les promotions et les reconnaissances.Élevé, demande d’ouvrir les décisions de carrière à l’examen.Touche des sujets politiques que peu de directions acceptent d’exposer.

La première ligne domine largement le marché, parce qu’elle produit vite un graphique présentable en comité. Elle mesure aussi ce que les managers ont compris qu’il fallait répondre. La troisième dérange le plus et prédit le mieux ce qui se passera au prochain choc.

Les signaux qui indiquent par où commencer

Trois signaux orientent vers la méthode utile. Le décalage entre le discours managérial et les comportements observés, la vitesse à laquelle les mauvaises nouvelles remontent et la nature des profils qui obtiennent des promotions disent chacun quelque chose de différent sur votre niveau réel.

Quand le vocabulaire managérial est impeccable et que les comportements ne suivent pas, le questionnaire ne servira à rien. Vos managers connaissent déjà les bonnes réponses et vous les rendront. L’observation en situation est le seul moyen d’aller voir ce qui se passe quand la pression monte.

Quand les mauvaises nouvelles mettent plusieurs semaines à atteindre le comité de direction, le problème se situe dans la sécurité psychologique plutôt que dans les compétences. Aucune formation ne raccourcit ce délai tant que porter un problème reste risqué pour celui qui le porte.

Quand les promotions vont systématiquement aux profils rassurants, vous tenez votre réponse sans avoir rien mesuré. Votre organisation a défini son niveau de maturité par ses décisions de carrière, et c’est là qu’il faut agir en premier.

Comment je peux vous aider à faire monter votre encadrement

Depuis plus de dix ans, j’accompagne des entreprises françaises et internationales qui veulent sortir des acronymes pour passer à l’action. Mes interventions servent à remettre les équipes en mouvement plutôt qu’à les rassurer. Je propose trois formats complémentaires.

Conférence et atelier de transformation managériale

La conférence installe un langage commun et une grille de lecture utilisable dès le lundi suivant, sans jargon ni promesse miracle. L’atelier prend le relais pour diagnostiquer le niveau de maturité de vos équipes et construire la trajectoire vers le leadership génératif puis régénératif.

Je conçois ces interventions autour de VUCA et le nouveau normal pour la partie cadrage, puis autour de la transformation managériale pour la partie déploiement. Les deux formats produisent davantage d’effet quand ils s’enchaînent au lieu de rester isolés.

Le contenu s’ajuste au niveau de départ de votre encadrement. Faire travailler la posture générative avec une ligne managériale majoritairement au niveau 1 produit de la frustration, alors que commencer par la sécurité psychologique produit un déplacement réel.

Diagnostic et outils de repérage

Le diagnostic identifie les blocages culturels qui empêchent vos managers de monter en niveau, à partir de mes outils et de mon test de curiosité. Il croise le déclaratif et l’observation pour éviter de ne mesurer que le discours.

Vous pouvez aussi commander Manager dans un monde fragile aux éditions Gereso, ou prendre contact directement pour discuter de votre contexte.

La restitution hiérarchise les chantiers par ordre d’impact plutôt que par ordre de facilité. Elle indique ce qui relève de la formation, ce qui relève de l’organisation et ce qui relève des décisions de carrière, trois leviers qui ne se traitent pas au même endroit.

Conclusion : manager dans le monde de la fragilité commence par soi

Manager dans le monde de la fragilité ne s’apprend pas dans une formation de deux jours ni dans un livre, le mien compris. Cela commence par une honnêteté simple, à quel niveau êtes-vous, vraiment, quand votre planning explose et que votre direction attend un chiffre pour 17 h ?

Les organisations qui s’en sortiront seront celles qui auront construit des managers capables de basculer du niveau 2 au niveau 4 sans paniquer, et qui auront cessé de reporter sur eux ce qu’elles refusent d’absorber. Les chiffres sur la détresse des encadrants sont des avertissements plutôt que des fatalités.

La fragilité devient une matière première à condition d’avoir appris à la sculpter. Cela suppose de connaître son niveau par défaut, de savoir en changer volontairement et de mesurer ce que l’organisation fait porter à ceux qui encadrent. Manager dans le monde de la fragilité tient dans ces trois exigences.

Questions fréquentes sur le management dans la fragilité

Quels sont les quatre niveaux de maturité managériale ?

Les quatre niveaux sont le management technique, qui ignore l’ambiguïté, le management coopératif, qui la réduit par le consensus, le leadership collaboratif, qui l’accepte, et le leadership génératif, qui la recherche volontairement. Chacun se reconnaît à sa manière de traiter le conflit et l’échec.

Comment connaître son propre niveau de manager ?

Observez votre comportement sous pression plutôt que vos intentions. Le niveau qui compte est celui vers lequel vous retombez quand le planning explose et que la visibilité manque. Une réunion d’arbitrage tendue vous en apprendra plus qu’un questionnaire d’auto-évaluation.

Peut-on passer du niveau 2 au niveau 4 avec une formation ?

Rarement, parce que le passage demande de désapprendre des réflexes construits sur des années. La formation aide quand l’organisation autorise le nouveau comportement, et reste sans effet quand poser une question inconfortable continue de coûter cher à celui qui la pose.

Quelle différence entre leadership génératif et régénératif ?

Le génératif rend une équipe capable de produire des percées créatives face à l’incertitude. Le régénératif ajoute la reconstitution des ressources mobilisées, sur un horizon long et un périmètre qui inclut l’écosystème de l’entreprise. Le second prolonge le premier au lieu de s’y opposer.

Par où commencer quand toute la ligne managériale est au niveau 1 ou 2 ?

Commencez par la sécurité psychologique et par la charge de travail plutôt que par la posture. Un encadrant saturé et exposé ne monte pas d’un niveau, quelle que soit la qualité du programme proposé. Les leviers d’organisation précèdent les leviers de développement individuel.

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