précarité stable du monde de la fragilité BANI

Précarité stable (Fragilité des compétences)

La précarité stable est le premier pilier du monde de la fragilité selon l’acronyme BANI met en valeur que la stabilité n’existe plus, nulle part. Même si de nombreux aspects de notre vie semblaient stables et prévisibles. Y compris dans des domaines aussi fondamentaux que la paix, l’économie et les relations personnelles.

La monde de la fragilité contemporaine se caractérise par :

La prise de conscience des enjeux climatiques, l’accélération des imprévisibilités (Ukraine, Israel) et l’expérience récente de la pandémie ont bouleversé cette perception.

Nous avons été confrontés à la réalité d’un monde intrinsèquement instable. Désormais, la précarité peut rester invisible jusqu’à ce qu’elle se manifeste de manière inattendue et parfois dévastatrice.

Même les institutions pérennes comme l’État, l’entreprise ou l’école semblent vaciller. Ce qui révèle la fragilité de ces piliers traditionnels.

L’État est fragile parce qu’il repose sur la confiance des citoyens. Si les citoyens perdent confiance dans l’État, il peut perdre sa légitimité et sa capacité à gouverner. Cette confiance peut être menacée par plusieurs facteurs : la corruption ou l’incapacité de l’État à répondre aux besoins des citoyens.

Et en parlant de légitimité. Selon le baromètre de la confiance politique : le niveau de confiance est revenu à celui de 2012 !

Fragilité du monde et des compétences
Le baromètre de la confiance politique

L’entreprise est fragile parce qu’elle est soumise à la concurrence. Si une entreprise ne parvient pas à être compétitive, elle peut être contrainte de fermer ses portes. Cette compétitivité peut être menacée par de nombreuses choses : les changements technologiques, les changements des préférences consommateurs ou l’arrivée de nouveaux concurrents. Ou tout en même temps. Demandez à Google face à OpenAi.

En France, le nombre de défaillances reste soutenu, mais a reculé depuis le début de la crise sanitaire. Ceci grâce à la modification des dates de caractérisation et de déclaration de l’état de cessation de paiements. N’oublions pas les mesures de soutien en trésorerie pour éviter les cessations des paiements. Si ça ce n’est pas de la fragilité…

nombre de défaillances d'entreprises
Source : Banque de France – Base Fiben. Données disponibles début octobre 2023 : définitives pour août, provisoires pour septembre

L’école aussi est fragile parce qu’elle repose sur l’engagement des enseignants et des élèves.

Cet engagement peut être menacé par des facteurs tels que par exemples :

  • les conditions de travail des enseignants,
  • le manque de motivation des élèves
  • la désaffection de la population pour l’école.

Il est difficile de trouver des chiffres qui se recoupent pour le  le taux de décrochage scolaire en France (entre 8,2 et 6,7 %). La démission des enseignants stagiaires (+389,28 % de 2007 à 2018) et des enseignants expérimentés augmente selon le rapport Jean-Claude Carle et Françoise Férat. Avec 3200 postes sont non pourvus. 1584 dans le premier degré et 1 618 dans le second degré (CAPES et CAPLP confondus). La crise de recrutement des professeurs s’installe.

Autant vous dire, que si l’état, l’entreprise, l’école sont fragiles, imaginez ce que cela présume de votre travail, carrières, compétences, et situation sociale.

Sans aller jusqu’à la théorie de l’effondrement ou de l’hypothèse Médée qui considère que la vie sur terre est un organisme suicidaire. Nous sommes en train de comprendre que la solidité n’est une force illusoire. Comme aurait pu le dire M. de Lapalisse : les systèmes précaires sont solides jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus

Cette prise de conscience brise l’illusion de stabilité et nous appelle à repenser notre rapport au travail et à l’employabilité. Chacun doit prendre en main la gestion de son parcours, sans se reposer sur la certitude trompeuse d’être à l’abri.

Points clés à retenir

  • La stabilité dans les carrières est devenue une illusion, obligeant à une adaptation permanente.
  • L’obsolescence rapide des compétences à cause des évolutions technologiques et des changements de marché.
  • Augmentation de l’anxiété face à l’incertitude de l’avenir professionnel.
  • Fragilité accrue des institutions traditionnelles comme l’État, les entreprises et les écoles.
  • Nécessité d’une formation continue pour rester compétitif dans le marché du travail.
  • Adaptabilité et agilité comme compétences clés pour naviguer dans un monde professionnel en constante mutation.
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Les effets de la Précarité stable

Ill y a 2 grands effets de cette précarité sur nos carrières : L’obsolescence accélérée des compétences, et éventuellement, la perte de confiance en soit d’être capable de faire face à l’avenir.

obsolescence des compétences

L’obsolescence des compétences se réfère aux compétences ou connaissances qui deviennent moins pertinentes ou dépassées en raison des changements dans :

  • les technologiques,
  • les méthodes de travail,
  • les innovations de business model,
  • dans l’environnement économique ou industriel.

Dans son rapport « Perspectives de l’OCDE sur les compétences 2021 », l’OCDE estime que la durée de vie d’une compétence technique est passée de 30 ans en 1987 à 2 ans aujourd’hui. Cette évolution est due à l’accélération des changements technologiques, qui rendent les compétences obsolètes plus rapidement.

L’OCDE souligne que l’obsolescence des compétences est un phénomène qui touche tous les travailleurs, quel que soit leur niveau de qualification ou leur âge. Cependant, elle est plus susceptible de toucher les travailleurs âgés, les travailleurs peu qualifiés et les travailleurs dans des secteurs en mutation rapide.

obsolescence des compétences et monde de la fragilité

Ce concept est particulièrement prégnant dans des domaines qui évoluent rapidement et concerner pratiquement tous les secteurs d’activité.

Les principaux aspects de l’obsolescence des compétences sont :

  1. Rapidité du changement technologique : Avec l’évolution rapide de la technologie, certaines compétences techniques peuvent devenir obsolètes en quelques années, voire en quelques mois.
  2. Évolution des pratiques du marché : Les changements dans les pratiques du marché ou les préférences des consommateurs peuvent rendre certaines compétences commerciales ou marketing obsolètes.
  3. Modifications réglementaires : Les changements dans la réglementation ou les normes de l’industrie peuvent également rendre certaines compétences moins pertinentes.
  4. Innovations dans les processus : L’adoption de nouvelles méthodes de travail, comme l’automatisation ou l’IA, peut diminuer la demande de certaines compétences manuelles ou répétitives.

Pour rester compétitifs, vous n’avez pas le choix et devez vous engager dans une formation continue et vous adapter aux nouvelles méthodes, technologies et pratiques émergentes sans trainer des pieds.

Les entreprises, de leur côté, doivent investir dans la formation et le développement des compétences de leurs employés pour rester à jour et pertinentes dans un environnement commercial en constante évolution.

Selon le CEDEFOP (étude du Centre Européen pour le Développement de la Formation Professionnelle) 50 % des compétences d’un emploi deviennent obsolètes dans les 5 ans. Selon lui, l’obsolescence des compétences peut-être :

  • Physique. Parce que vos capacités d’apprentissage et d’adaptation aux nouvelles compétences ne sont plus les mêmes qu’il y a 20 ans ma pov’ Lucette. Il paraît q’avec l’âge, il devient plus difficile d’acquérir de nouvelles compétences. Que ce soit par envie ou à cause de la baisse des investissements en formation des entreprise envers les plus de 55 ans Les seniors doivent donc redoubler d’effort pour rester à jour, sous peine de voir leur carrière s’étioler.
  • Économique. Quant une évolution technologique rend une expertise caduque. Parce que vous étiez sténodactylo quand les managers ont été équipé en informatique ou parce que vous étiez traducteur non assermenté à l’âge de l’IA. Là encore, curiosité et adaptabilité sont nécessaires pour survivre sur le marché du travail. Seuls ceux qui acceptent d’apprendre tout au long de leur vie restent pertinents.

perte de confiance en ses capacités (Insécurité interne)

Selon cet article de la bpi, 7 salariés sur 10 sont sensé ressentir le syndrome de l’imposteur. En fait, ce n’était que le début !

Selon le sondage Ifop d’octobre 2023 « Les Français et l’avenir de la France », un sentiment d’insécurité interne s’installe progressivement parmi les salariés français.

insécurité interne des français dans le monde de la fragilité
L’insécurité interne s’accompagne d’un pessimisme sur l’avenir

Cet état d’esprit, caractérisé par un manque de confiance en sa capacité à affronter les défis actuels et futurs, devient un compagnon constant pour beaucoup. Dans l’environnement professionnel, cette insécurité se manifeste souvent par des doutes persistants sur ses propres compétences, la validité des décisions prises, ou le rôle que l’on joue au sein de l’organisation.

Cette insécurité interne nourrit l’inquiétude de devenir désuet et obsolète. Et comme nous l’avons vu dans la partie précédente sur l’obsolescence des compétences…cette peur n’est pas infondée. Elle souligne l’importance de l’auto-évaluation et de l’auto-amélioration continue, volontaire et proactive.

Prendre le temps pour une introspection, pour évaluer et renforcer ses forces, talents uniques, appétences ou compétences interpersonnelles (soft skills), devient essentiel.

Néanmoins, cette insécurité peut s’aggraver si l’on ne cultive pas une curiosité active pour les changements qui nous entourent.

Cette nouvelle réalité exige une réévaluation de nos modes de pensée et d’action. Se préparer à la précarité implique non seulement de développer des compétences techniques et professionnelles, mais aussi de renforcer notre résilience émotionnelle et psychologique !

En résumé, les salariés doivent commencer à acquérir l’état d’esprit proactif des travailleurs indépendants.

La capacité à s’adapter rapidement, à apprendre en continu et à rester mentalement agile devient aussi importante que les compétences techniques elles-mêmes. En reconnaissant et en abordant l’insécurité interne, nous pouvons transformer ces défis en opportunités pour la croissance personnelle et professionnelle, nous préparant ainsi à naviguer avec succès dans un monde imprévisible.

Stratégies pour survivre à la précarité stable

Répondre à l’instabilité avec une « permaCArièrre »

Si vous êtes salarié, vous devez rapidement passer de la à la « permacarrière » et sortir de votre « carrière monoculture ».

La métaphore de la Monoculture

Cette image de monoculture me vient de la réflexion que l’effondrement d’un système provient souvent du résultat de l’avidité humaine à tirer le maximum de valeur de son environnement. 

Dans le cas de l’agriculture, cultiver une seule plante permet certes d’atteindre un rendement maximal mais jusqu’à un certain point. Jusqu’à ce qu’un insecte aussi spécialisé que la culture en question détruise tout le champ ou que les sols ne soient plus productifs sans apports chimiques. 

Les risques d’une carrière unidimensionnelle

Tout comme une monoculture appauvrit les sols à force d’exploiter une seule ressource, une carrière trop spécialisée fragilise votre carrière en cas de changement imprévu.

Vous devez cultiver la polyvalence et la curiosité pour entretenir un portefeuille de compétences diversifié. À l’image de la permaculture, il s’agit de développer une « permacarrière » riche et flexible pour s’épanouir dans la durée malgré l’instabilité ambiante.

Si je ne vous ai pas encore perdu je vous invite à lire mon article de la Monocarrière à la Permacarrière.

Devancer l’obsolescence de vos Compétences

L’idée maitresse ici est simple : Ne vous endormez jamais sur vos connaissances et vos compétences actuelles ! Jamais ! Sans oublier le corolaire de cette affirmation : Plus vous êtes compétent dans un domaine plus vous devez vous méfier de cette expertise.

Plus vous êtes expert dans un domaine, plus vous fragilisez votre carrière. Demandez aux agents de voyage, aux loueurs de vidéo et aux développeurs de film. Attendez un peu et il y a de fortes chances que les analystes de données, les salariés de call-centers et les traducteurs les rejoignent.

Il ne s’agit plus d’être compétent mais d’être pertinent !

Benjamin Chaminade

Faire l’inventaire de vos capacités

La première étape est de dresser un tableau de vos capacités actuelles. Ce qui inclut :

  • les compétences techniques (hard skills)
  • les compétences comportementales (soft skills),
  • Les appétences et talents
  • les potentiels non encore exploités.

Cet inventaire doit être mis à jour régulièrement pour refléter les progrès et identifier les lacunes.

Prenez la responsabilité de votre formation (dis)continue

La formation tout au long de la vie est clé pour lutter contre votre précarité de compétences. Au-delà des dispositifs institutionnels, chacun doit prendre en main son employabilité via l’autoformation. N’attendez pas le plan de formation d’une entreprise qui va vous former pour son court terme, pas votre long terme

Vérifiez que votre entreprise s’engage à vous :

  • Faciliter l’accès aux formations pertinentes et de qualité.
  • Encourager et valoriser vos initiatives personnelles en matière d’apprentissage.
  • Assurer que les parcours de formation soient alignés avec la vision stratégique de l’entreprise ET vos aspirations professionnelles.

Redéfinir la collaboration

Le Salarié « T-Shaped » : Vers une Collaboration Transversale

Il est devenu primordial de collaborer autant que possible avec d’autres services de votre boîte selon le concept du salarié « T-shaped » qui provient du monde du design.

Ce salarié possède à la fois une expertise verticale dans un domaine et des compétences transversales lui permettant de collaborer au-delà des silos. Cette polyvalence accroît son adaptabilité.

Pour la construire, il est essentiel de développer sa culture générale, sa curiosité mais aussi ses soft skills. Un bon relationnel favorise des interactions fructueuses entre services. Le collaborateur en « forme de T » allie expertise et ouverture d’esprit, idéal pour faire face à la précarité durable.

Pour devenir le champion de la collaboration, commencez par :

  • Capitaliser sur les soft skills : Les soft skills permettent d’atténuer l’obsolescence de compétences. Ce sont des compétences qui tendent à rester stables malgré les changements qui peuvent survenir dans une entreprise. Par exemple, un candidat qui montre curiosité, bon relationnel, flexibilité cognitive, autonomie ou encore créativité sera plus apte à s’adapter plus rapidement à un changement en entreprise. À ce propos, selon le Figaro, les soft skills les plus recherchées en 2021 sont : L’autonomie, la capacité d’adaptation, Le « growth mindset », la créativité et l’intelligence émotionnelle.
  • Développer des compétences transférables et adaptables. Ces compétences sont celles qui peuvent être utilisées dans différents contextes et qui sont susceptibles de rester pertinentes pendant une longue période.

Conclusion : Redéfinir la Stabilité dans un Monde VUCA et BANI

La notion de « précarité stable », bien qu’elle puisse paraître contradictoire, souligne un phénomène de plus en plus répandu dans le monde moderne. Les piliers traditionnels tels que l’État, l’entreprise, et l’éducation sont eux-mêmes confrontés à des incertitudes et des défis sans précédent.

Cette réalité nous incite à repenser notre approche de la stabilité professionnelle et personnelle. Au lieu de rechercher une sécurité illusoire dans un environnement prévisible, il devient impératif de cultiver l’agilité et la capacité à s’adapter continuellement.

Dans l’article suivant sur « l’anxiété permanente », je me propose d’explorer comment cette instabilité omniprésente affecte mon bien-être mental et émotionnel. Je suis conscient que la précarité ne se limite pas à notre carrière ou sécurité financière, mais touche également nos relations personnelles, santé et vision du monde.

Je m’attacherai à définir des stratégies pour gérer cette anxiété, en mettant l’accent sur ma propre résilience. Il s’agira pour moi de comprendre comment, en tant qu’individu et membre de la société, nous pouvons nous frayer un chemin dans un monde où l’unique certitude est l’incertitude. Ce prochain article aura pour objectif de me fournir les outils et les perspectives nécessaires pour affronter l’anxiété liée à la « précarité stable », me permettant ainsi de devenir plus fort et mieux préparé face aux défis futurs.

À nous de redéfinir une nouvelle forme de stabilité, ancrée dans l’adaptabilité.

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