Après plusieurs années d’interventions en formations, conférences, cours et ateliers sur le sujet de l’intergénérationnel, je me pose la question : est-ce que s’intéresser à l’intergénérationnel en entreprise est le symptôme d’un échec RH et managérial ? Ma réponse, construite mission après mission, tient en une phrase : quand le sujet arrive sur votre bureau, le problème est déjà ailleurs.
Petite précision, quand j’écris cet article « l’intergénérationnel symptôme d’un échec ». Je ne parle pas des entreprises qui cherchent une « conférence spectacle » sur Michel le Boomer, Stéphanie de la génération X, Julien le Millennial et Léa de la Génération Z pour animer leur semaine de la diversité.
Je vous parle des entreprises dont le management a remonté à leur RH des bugs de comportements de la part des plus jeunes. Des comportements qui, pour eux, ne sont ni professionnels, ni cohérents, ni compréhensibles. Et ces bugs sont toujours illustrés par les mêmes histoires : Julien qui a besoin de sens et d’équilibre vie perso puis vie pro, dans cet ordre, et Léa qui a refusé un CDI pour rester libre de voyager. Sans oublier Kevin, choqué par une blague sexiste de son chef qui se croit toujours en 1987.

Et là, vous ne pouvez que remarquer que vingt ans après la vague de la génération Y, ce sont toujours les plus anciens qui s’étonnent des plus jeunes, en affleurant le biais de la juvenoia. Jamais l’inverse. À ce sujet, si vous ne l’avez pas lu, je vous conseille cet article qui explique pourquoi il n’y a pas et il n’y aura pas de conférences sur la génération X.
Prouvez-moi le contraire : une entreprise qui a besoin d’un avis extérieur sur les générations pour résoudre des problèmes internes d’attractivité, de recrutement, d’intégration ou de management va mal. Devoir se pencher sur les relations entre générations prouve que vous n’écoutez ni les candidats ni les salariés actuels. C’est l’un des symptômes de dysfonctionnement de la gestion des ressources humaines et du leadership, l’autre symptôme évident étant le turnover.
Bref, les mêmes comportements questionnés, les mêmes managers surpris par les mêmes remarques et les mêmes RH qui ne jugent pas utile d’investir plus qu’une conférence d’une heure, questions comprises, avec des slides moches remplis de clichés. Ce qui prouve, par-dessus le marché, que même si les incompréhensions vécues par les équipes sont légitimes, le sujet reste traité à la légère par la RH.
| Le réflexe hérité | Ce qu’il révèle | Le déplacement qui transforme |
|---|---|---|
| Gérer les jeunesQuand le sujet de l’intergénérationnel en entreprise arrive sur le bureau de la direction, la demande prend presque toujours la même forme : une conférence pour comprendre et gérer les jeunes générations, commandée en urgence pour calmer des managers décontenancés. | Un symptôme, pas un sujetCe besoin d’éclairage extérieur révèle des échecs en amont : une attractivité en berne, un recrutement déconnecté du marché, une intégration bâclée et un leadership qui n’écoute plus les changements de la société. Le turnover en est l’autre signal. | L’antigénérationnelLe parti pris défendu ici consiste à abandonner la lecture par l’âge pour manager par les valeurs, l’interculturalité et le contexte de vie. Cette approche, nommée antigénérationnel, traite les causes au lieu d’anesthésier le symptôme. |

Alors pourquoi, loin d’être une simple réalité de transformation culturelle à gérer, la nécessité de traiter les enjeux intergénérationnels est le reflet d’échecs dans l’attraction, le recrutement et l’intégration des talents ? Explorons les raisons pour lesquelles l’accent mis sur l’intergénérationnel est en réalité un symptôme d’échec de la capacité à écouter la société qui change et à y rester adapté.
Échec dans l’attraction des talents
Le premier échec que masque la demande intergénérationnelle est un déficit d’attractivité. Une entreprise qui s’interroge sur les générations le fait presque toujours parce que les candidats dont elle a besoin ne viennent plus, ou posent des questions auxquelles elle ne sait pas répondre. Commençons donc par le commencement, l’attractivité de l’entreprise envers ses candidats.
Une absence de diversité dans les recrutements
L’intérêt soudain pour l’intergénérationnel naît souvent de la difficulté à intéresser les candidats, ou de leurs questions jugées incongrues sur l’environnement de travail et les avantages, posées bien avant de parler du travail lui-même. Un grand classique pour les entreprises qui pensent que ce sont toujours elles qui recrutent et que le candidat n’a qu’à accepter la chance qui lui est offerte.
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Sans parler de la pénurie de compétences qui ne joue pas en votre faveur. À force de recruter les mêmes profils, en provenance des mêmes écoles, avec les mêmes arguments et les mêmes méthodes, vous devenez de moins en moins attractif. Finalement, la source se tarit en même temps que votre culture stagne.
Cette approche uniformisée limite l’entreprise à un bassin de talents restreint. En ne variant ni ses méthodes de recrutement ni ses sources de candidats, elle ignore des potentiels qui pourraient apporter de nouvelles perspectives et compétences. Une entreprise qui se concentre exclusivement sur les grandes écoles néglige par exemple les talents issus d’universités, de formations internationales ou d’écoles spécialisées qui pourraient enrichir sa culture et stimuler l’innovation.
Et cela fonctionne aussi avec l’âge. Regardez ce qu’il se passe du côté des agences immobilières ou des salons de coiffure, qui recrutent bien volontiers des personnes de plus de 40 ans en deuxième ou troisième partie de carrière.
Je ne vous parle même pas des entreprises pratiquant des recrutements « on-off », qui s’arrêtent de recruter pendant plusieurs années. Quand une telle entreprise recommence à chercher sur un marché du travail qu’elle ne connaît plus, elle se retrouve déconnectée des attentes actuelles des candidats et perd en attractivité. Sans parler du fossé creusé dans sa pyramide des âges.
Une proposition de valeur candidat dépassée
Vous pouvez aussi vous inquiéter de l’intergénérationnel parce que vous parvenez de moins en moins à convaincre vos candidats de signer. Ce qui peut révéler un essoufflement de votre proposition de valeur candidat, la promesse concrète faite au candidat sur ce qu’il vivra réellement une fois salarié. À force de recruter toujours les mêmes profils avec les mêmes arguments, l’offre devient de moins en moins attractive et la source se tarit.
Petit rappel pour ceux du fond : une marque employeur, que j’appelle offre de valeur candidat, doit être UNI-VERS-SELLE ! Si vous ciblez spécifiquement certaines générations, cela ne fait que prouver que vous tentez de pallier vos lacunes. Vos lacunes en termes de valeurs, de culture d’entreprise inspirante et d’opportunités de développement attrayantes pour tous. Vous négligez ainsi l’importance d’une approche globale et inclusive de l’attraction et de la fidélisation des talents.
Pour rappel, je n’aime pas la dénomination de marque employeur. À la place, je parle d’employeur de référence, dont les pratiques RH se comparent à celles de ses concurrents, d’offre employeur ou de proposition de valeur candidat. La variante PVE existe, mais la dénomination « employé » est d’un autre âge.
Par ailleurs, une proposition de valeur dépassée peut nuire à la réputation de l’entreprise sur le marché du travail. Les candidats d’aujourd’hui recherchent des employeurs innovants, ouverts à la diversité et capables de répondre aux défis actuels. Si l’entreprise est perçue comme archaïque ou rigide, elle aura du mal à attirer les meilleurs talents, qui préféreront des organisations plus dynamiques et progressistes.
Défaillance du processus de recrutement
Le besoin de comprendre les relations intergénérationnelles peut aussi indiquer un processus de recrutement biaisé ou poussiéreux, qui cherche des candidats pour occuper immédiatement un poste vacant sans se soucier du cadre de qualité de vie et des conditions de travail qui l’accompagne. Deux défaillances se combinent ici, une vision à court terme et une incapacité à écouter le marché.
Une vision à court terme du recrutement
Cette approche révèle une vision à court terme du recrutement, centrée sur les besoins immédiats plutôt que sur les compétences, les compétences comportementales et le potentiel des candidats. Elle témoigne d’une incapacité à évaluer objectivement les candidats et à anticiper les besoins futurs de l’entreprise en compétences et en expérience.
Au risque de faire un hors sujet, écarter les candidats plus jeunes sous prétexte qu’ils manquent d’expérience, ou au contraire éviter les candidats plus âgés en pensant qu’ils ne s’adapteront pas aux nouvelles technologies, prive l’entreprise de talents précieux. Ces stéréotypes limitent la diversité des équipes et freinent l’innovation.
Une incapacité à écouter les changements en temps réel
L’autre aspect de la défaillance du recrutement lié à l’intergénérationnel est le refus de reconnaître l’évolution des attentes des candidats. Pourtant, les recruteurs, en première ligne des changements sociétaux, constatent bien que les candidats posent de nouvelles questions et formulent de nouvelles exigences. Il y a vingt ans, c’étaient les 35 heures, il y a dix ans le développement professionnel, puis le télétravail, puis le sens, et aujourd’hui l’impact.
Face à cela, deux réactions sont possibles :
- Mettre cela sur le dos de l’âge des candidats, en refusant les candidatures de ceux qui posent des questions auxquelles le recruteur ne peut ou ne sait répondre. Cela traduit une résistance au changement et une incapacité à actualiser ses pratiques de recrutement.
- Tenter de prévenir les managers que les choses changent et que les transformations observées chez les candidats devraient être intégrées dans l’expérience managériale. En vain. Ils ne sont souvent pas écoutés, ce qui entraîne une déconnexion entre les pratiques managériales et les attentes du marché du travail. Sans oublier la déception des nouveaux salariés qui réalisent qu’ils ne vont pas travailler dans l’entreprise qui leur a été vendue lors du recrutement.
Ce refus d’adaptation conduit à une déconnexion entre l’entreprise et le marché du travail actuel. Les candidats cherchent des environnements de travail flexibles, des opportunités de développement, une culture alignée sur leurs valeurs et une communication transparente. Ignorer ces attentes réduit l’attractivité de l’entreprise et complique le recrutement de nouveaux talents.
Défaillance du leadership
J’arrive à la principale raison pour laquelle une entreprise fait appel à une intervention extérieure : manager les jeunes générations. Peu importe ce que sont ces jeunes générations. Le besoin de parler de management intergénérationnel peut être révélateur d’une perte de contact avec les changements sociétaux, suite logique du recrutement, ou révéler un manque de leadership inclusif.
Ce besoin peut témoigner d’une incapacité des managers à créer un environnement de travail où chacun se sent valorisé et compris, indépendamment de son âge. Il souligne aussi des lacunes dans la communication interne, qui devrait pouvoir s’adapter aux styles et préférences de chacun selon son contexte, sans pour autant catégoriser les salariés par génération.
L’échec de l’intégration et de l’onboarding
Je vais faire court : si vous devez « gérer » une génération, vous vous êtes planté à l’intégration ! La nécessité ressentie de vouloir manager les relations intergénérationnelles, ou de « gérer les jeunes » comme cela m’a été demandé à plusieurs reprises, souligne des lacunes dans les processus d’intégration et d’onboarding.
Une intégration réussie devrait permettre à chaque nouvelle et nouveau de trouver sa place, indépendamment de son âge ou de sa génération. Elle devrait aussi être l’occasion d’expliquer les règles du jeu communes utilisées dans l’entreprise et de présenter les principes managériaux fondés sur les valeurs d’entreprise. C’est pas compliqué !
Définition
Onboarding et intégration, pour ceux qui arrivent
L’onboarding est le processus initial qui accompagne l’arrivée d’un nouveau dans une entreprise. Il s’agit des premières étapes visant à accueillir le nouveau collaborateur et à le familiariser avec l’entreprise.
L’intégration est un processus plus large et à plus long terme qui vise à assurer que le nouveau salarié s’adapte pleinement à l’entreprise, sur le plan professionnel comme culturel. Elle englobe l’onboarding mais s’étend sur plusieurs mois, voire la première année d’emploi.
Un management qui repose sur des clichés
Je ne vais pas revenir dessus trop longuement, car cela fait quinze ans que j’en parlais dans mon blog dédié au management intergénérationnel, dans lequel je m’interroge sur la pertinence de la classification générationnelle. J’en parlais au passé, car nous proposons désormais aux entreprises d’établir leur école interne de management et de créer des parcours pour leurs potentiels.
Pour faire super simple, le management intergénérationnel version Chaminade :
- C’est d’abord une question d’évolution des valeurs de la société. De ces valeurs découlent la place que chacun veut bien donner au travail, l’écoute accordée au manager et l’importance accordée à l’entreprise.
- C’est ensuite une question d’interculturalité, dépendant de notre contexte de vie. Deux jeunes parents de quinze ans d’écart ont plus de points communs entre eux qu’avec des célibataires du même âge.
- C’est finalement une question de manager en 20XX, mettez l’année dans laquelle vous êtes quand vous lisez cet article, avant d’être une question de management « à la carte ».
- Bref, c’est de l’antigénérationnel 😊
Retour terrain
« Gérer les jeunes », la demande qui dit tout
La demande m’a été formulée à plusieurs reprises, presque mot pour mot : « Benjamin, aidez-nous à gérer les jeunes. » La dernière fois, elle venait de la direction d’une entreprise de services dont les managers ne comprenaient plus les questions posées par les nouvelles recrues dès leur premier mois.
Avant d’accepter, j’ai posé une seule question : montrez-moi votre parcours d’intégration. Réponse embarrassée. Il tenait en une demi-journée, un livret d’accueil et un badge de cantine. Aucune présentation des valeurs, aucune explication des règles du jeu managériales, aucune rencontre organisée avec l’encadrement. Les incompréhensions attribuées à la génération Z naissaient en réalité dans ce vide, où chaque nouveau devait deviner seul ce que l’entreprise attendait de lui.
L’enseignement tient en une phrase que je répète depuis : avant de commander une conférence pour gérer une génération, auditez votre intégration. Dans la grande majorité des cas, le problème générationnel disparaît quand les règles du jeu sont enfin explicites.
Manque de flexibilité organisationnelle
Bougez pas, j’ai pas fini. Le besoin d’un éclairage sur l’intergénérationnel peut aussi être le signe d’une organisation rigide, incapable de s’adapter naturellement à l’évolution de sa force de travail. Deux traits trahissent cette rigidité, la résistance au changement et le manque de proactivité.
Une entreprise réfractaire au changement
Une entreprise agile et ouverte sur le monde devrait pouvoir intégrer harmonieusement les changements d’attentes professionnelles et les profils divers et variés, sans avoir besoin de programmes spécifiques pour gérer les différences générationnelles ou les profils neurotypiques.
Ici, j’ai deux questions :
- Où étiez-vous quand ces changements d’attentes et de comportements ont commencé ?
- Pourquoi n’avez-vous pas écouté ?
Une entreprise véritablement agile est capable d’accueillir et d’intégrer des collaborateurs de tous âges, origines et expériences, en capitalisant sur la richesse que cette diversité apporte. Elle n’a pas besoin de créer des programmes spéciaux pour gérer les relations intergénérationnelles, car sa culture repose déjà sur l’adaptabilité, la collaboration et l’inclusion.
Un manque d’innovation et de proactivité
Une culture d’entreprise qui s’étonne que le monde change, et que les personnes qui y vivent suivent ce changement, pose de sérieuses questions quant à sa capacité à être innovante et proactive. La surprise face aux évolutions de la société est un aveu de fermeture, jamais un accident.
Cette rigidité est souvent le symptôme d’une culture d’entreprise qui stagne. Incapable de se remettre en question et d’innover, l’entreprise voit sa compétitivité diminuer et peine à retenir ses talents.
Torpillage de votre culture inclusive
Bon, je commence à tourner en rond, mais le besoin de se focaliser sur l’intergénérationnel peut aussi être le signe d’une culture d’entreprise peu inclusive. Une culture forte et saine devrait naturellement embrasser la diversité, y compris la diversité des âges et la diversité invisible, sans avoir besoin de programmes spécifiques.
Cette approche révèle une incapacité à créer un environnement de travail où chacun se sent valorisé et respecté, indépendamment de son âge ou de sa génération. Elle témoigne d’une culture rigide, incapable de s’adapter aux changements démographiques et sociétaux, et qui peine à créer un sentiment d’appartenance dans son équipe.
Une culture d’entreprise rigide et peu inclusive
Une entreprise véritablement attractive, disposant d’un réservoir de talents diversifié, n’a pas besoin de se focaliser sur les différences d’âge, car elle séduit naturellement des talents de tous horizons. Le besoin de programmes générationnels trahit l’inverse, une culture qui trie au lieu d’accueillir.
En ne favorisant pas une culture inclusive, l’entreprise manque l’opportunité de créer des synergies entre les générations. Chaque nouveau collaborateur peut apporter de l’innovation et une maîtrise des nouvelles technologies, tandis que les salariés plus expérimentés offrent leur expertise et leur connaissance approfondie du secteur. Sans une culture qui valorise cette collaboration, l’entreprise ne profite pas pleinement du potentiel de ses équipes.
Une incapacité à capitaliser sur la diversité des expériences
L’autre raison d’avoir besoin d’un cours de rattrapage sur l’intergénérationnel peut témoigner d’une difficulté à tirer parti de la richesse des expériences présentes dans l’organisation. Une entreprise performante devrait créer des synergies entre les expériences et les perspectives de ses membres, indépendamment de leur âge.
Cette approche révèle une vision cloisonnée du travail d’équipe et de l’innovation. Au lieu de favoriser la collaboration et l’apprentissage mutuel, l’entreprise se concentre sur la gestion des différences, perdant des opportunités précieuses de créativité issues du croisement des expériences.
La diversité des expériences est un catalyseur d’innovation. En négligeant de capitaliser sur cette diversité, l’entreprise manque l’opportunité de développer de nouvelles idées, de nouveaux produits ou de nouveaux services qui pourraient lui donner un avantage concurrentiel.
Échec dans la création d’un environnement de travail équitable
La nécessité de se concentrer sur l’intergénérationnel peut révéler un échec dans la création d’un environnement de travail véritablement équitable. Une entreprise performante devrait offrir des opportunités égales et un traitement juste à tous ses collaborateurs, indépendamment de leur âge ou de leur génération. Deux mécanismes se cachent derrière cet échec, des inégalités structurelles et un biais bien identifié.
Des inégalités systémiques masquées
Cette approche centrée sur les générations peut masquer des inégalités systémiques au sein de l’organisation. Au lieu de s’attaquer aux véritables obstacles à l’équité, tels que les biais inconscients dans les processus de promotion ou les différences de rémunération injustifiées, l’entreprise se focalise sur la gestion des différences générationnelles. Elle détourne ainsi l’attention des problèmes plus profonds d’équité et d’inclusion.
Le raisonnement mérite d’être poussé jusqu’au bout. Tant que la conversation porte sur l’âge, personne n’ouvre les dossiers qui fâchent, les écarts de salaire à poste égal, les promotions qui suivent toujours les mêmes profils et les critères d’évaluation jamais explicités. Le sujet générationnel offre un écran commode, et c’est bien pour cela qu’il revient chaque année.
Le biais inconscient de la juvenoia
La juvenoia est un concept qui décrit la tendance des générations plus âgées à porter une perception négative ou craintive sur les jeunes générations et la culture jeune en général. Elle peut être considérée comme un biais cognitif où chaque génération tend à se percevoir comme plus intelligente que la précédente et plus sage que la suivante, selon la formulation de George Orwell.
Ce biais alimente directement les demandes de conférences sur les jeunes. Il explique pourquoi les mêmes reproches ressurgissent à chaque nouvelle cohorte, et pourquoi les anciens ne sont jamais l’objet du même examen. Traiter la juvenoia avant de parler de générations est un préalable, jamais une option.
Échec dans la gestion des carrières et le développement des compétences
Hormis l’absence de curiosité et d’écoute pour le monde qui bouge, ne pas comprendre les transformations sociétales peut aussi masquer un manque de vision à long terme dans la gestion des talents. L’entreprise qui demande des pistes de réflexion à un conférencier de passage risque de se voir proposer des solutions standardisées, fondées sur des stéréotypes générationnels, en négligeant les aspirations et les potentiels individuels au lieu de créer des parcours de carrière flexibles et personnalisés.
Une incapacité à promouvoir l’apprentissage continu
L’accent mis sur l’intergénérationnel peut être le signe d’une incapacité à promouvoir efficacement l’apprentissage continu dans l’organisation. Une entreprise innovante devrait encourager tous ses collaborateurs à développer constamment leurs compétences et à s’adapter aux nouvelles technologies, indépendamment de leur âge.
La focalisation sur les générations révèle une approche dépassée de la formation, qui néglige le développement des compétences actuelles. L’entreprise propose des formations standardisées, fondées sur des stéréotypes générationnels, qui ignorent les besoins d’apprentissage individuels et l’évolution rapide des compétences requises.
Le marché du travail évolue pourtant sans relâche, et une culture d’apprentissage dynamique devient nécessaire. Cette culture devrait valoriser l’expérience acquise tout en encourageant l’acquisition de nouvelles compétences, pour que l’entreprise s’adapte à ces changements rapides au lieu de les subir.
Un échec dans la gestion de la connaissance organisationnelle
Le besoin de gérer l’intergénérationnel peut indiquer une défaillance dans la gestion de la connaissance organisationnelle. Une entreprise performante devrait capitaliser sur l’expertise de tous ses salariés et faciliter le transfert de connaissances entre les générations de manière fluide et naturelle.
Cette approche révèle souvent une incapacité à créer des systèmes et des processus efficaces pour capturer, partager et utiliser les connaissances au sein de l’organisation. Au lieu de favoriser une culture de partage qui transcende les générations, l’entreprise se concentre sur la gestion des différences, perdant des opportunités précieuses de synergie issues du mélange des expériences et des perspectives.
Un manque d’adaptabilité aux nouvelles formes de travail
La focalisation sur l’intergénérationnel peut enfin être le symptôme d’une incapacité à s’adapter aux nouvelles formes de travail émergentes. Une entreprise agile devrait embrasser de nouveaux modèles de travail qui répondent aux attentes diverses de sa main-d’œuvre, sans se limiter à des considérations générationnelles.
Cette approche témoigne d’une rigidité dans les pratiques de travail et d’une résistance au changement. Au lieu d’explorer des modèles flexibles et innovants qui pourraient bénéficier à tous les collaborateurs, comme le travail à distance, les horaires flexibles ou les équipes projet transversales, l’entreprise se contente de gérer les tensions intergénérationnelles au sein de structures traditionnelles et dépassées.
Allez plus loin que les générations
Envie de comprendre ce qui sépare vraiment vos collaborateurs, au-delà de leur âge ? Découvrez ma méthode complète pour passer du management intergénérationnel au management de l’intersocialisation dans l’article dédié.
Conférence, atelier ou refonte, quelle réponse choisir ?
Une fois le symptôme reconnu, reste à choisir la réponse. Toutes les demandes intergénérationnelles ne se traitent pas de la même manière : une conférence ouvre les esprits, un atelier outille les managers et une refonte traite les causes. Le bon choix dépend de votre niveau de maturité et des signaux observés sur votre terrain, jamais du prix le plus bas.
Trois formats pour trois niveaux de maturité
Le tableau suivant compare les trois réponses possibles selon des critères explicites. Il aide à peser ce que chaque format produit réellement, et ce qu’il laisse intact. Une conférence seule ne corrige jamais une intégration défaillante, et une refonte lancée sans prise de conscience collective s’enlise.
| Réponse | Ce qu’elle produit | Pour quelle situation |
|---|---|---|
| Conférence antigénérationnelle | Un déclic collectif, un vocabulaire commun et la déconstruction des clichés et de la juvenoia. | Le sujet émerge, les managers se plaignent et la direction découvre les tensions. Point de départ, jamais point d’arrivée. |
| Atelier managérial | Des règles du jeu explicites, des pratiques de feedback adaptées et un plan d’action à trente jours. | La prise de conscience est faite, les irritants sont identifiés et les managers demandent des outils concrets. |
| Refonte attraction et intégration | Une offre employeur réaliste, un parcours d’intégration structuré et une école interne de management. | Le turnover des premiers mois est élevé et les tensions ressurgissent à chaque vague de recrutement. Traitement des causes. |
Quels signaux doivent guider votre investissement dans l’intergénérationnel en entreprise
Trois signaux méritent votre attention avant tout investissement. Si les incompréhensions se concentrent sur les six premiers mois des nouveaux, votre chantier est l’intégration. Si elles traversent toute l’organisation, votre chantier est la culture et les règles du jeu managériales. Si les candidats ne signent plus, votre chantier est l’offre employeur, et aucune conférence ne le remplacera.
Le critère du prix, lui, est un signal inversé. Une entreprise qui sélectionne son intervenant au tarif le plus bas montre qu’elle ne voit aucun enjeu derrière le sujet, comme je le développe dans mon analyse de la conférence intergénérationnelle au rabais. Personne ne choisit son avocat ou son auditeur au moins-disant, parce que chacun mesure ce qu’une erreur coûterait.
Comment je peux vous aider à sortir du piège générationnel
J’interviens depuis plus de vingt ans sur les générations au travail, en France et à l’international, avec une obsession constante : sortir le sujet des caricatures pour le rattacher à vos vraies causes, l’attraction, l’intégration et la culture managériale. Deux formats structurent cet accompagnement.
La conférence antigénérationnelle
Ma conférence sur le management intergénérationnel sans cliché refuse le portrait-robot des générations. Plutôt que de vous parler de Michel le Boomer et de Léa la jeune Z, je vous guide à travers les changements de valeurs de la société et je montre comment aligner votre culture managériale sur ces évolutions, au lieu d’essayer d’adapter l’entreprise aux jeunes.
Cette conférence se conclut toujours par des décisions à instruire, jamais par un quiz. Vos équipes repartent avec une grille de lecture applicable dès le lendemain à leurs propres incompréhensions, et la juvenoia de la salle en prend pour son grade au passage.
L’atelier et l’école interne de management
Pour les organisations prêtes à traiter les causes, je propose un atelier qui part de vos situations réelles, recrutement, intégration, feedback et règles de disponibilité, pour construire des règles du jeu explicites et des rituels d’intégration à double sens. Le diagnostic de départ audite votre parcours d’intégration avant toute autre chose.
Avec Glukoze, nous accompagnons aussi les entreprises qui veulent aller au bout de la logique en établissant leur école interne de management et des parcours pour leurs potentiels. C’est la réponse structurelle au symptôme intergénérationnel, celle qui évite d’avoir à commander une nouvelle conférence à chaque nouvelle génération.
Intergénérationnel symptôme d’un échec ? Et ensuite ?
Je garde mes réponses pour mes conférences, mais comme tout symptôme, se retrouver surpris par les attentes des plus jeunes est aussi une opportunité unique de transformation positive. En prenant conscience de ses limites dans l’interprétation de ces changements, les équipes RH peuvent amorcer un changement profond et durable. Attention, je précise :
Pas pour gérer les jeunes ! Pour faire en sorte de ne plus être surpris par les prochaines évolutions de valeurs et transformations sociétales !
Moi
L’avenir appartient aux entreprises qui sauront transcender les clivages générationnels pour s’intéresser aux valeurs qui changent, et créer des environnements de travail véritablement inclusifs et performants. En repensant leurs pratiques RH, leur culture d’entreprise et leurs modèles de leadership, ces organisations pourront résoudre les incompréhensions entre collègues et libérer le plein potentiel de leur diversité.
Cette transformation nécessite un changement d’état d’esprit, et sûrement pas une conférence de 40 minutes au rabais. Plutôt que de voir la diversité des âges comme un problème à gérer, les entreprises doivent la considérer comme une richesse à valoriser. En valorisant les compétences et les expériences uniques de chaque individu, et en favorisant la collaboration entre les âges, les organisations peuvent créer un avantage compétitif durable.
Les entreprises qui réussiront cette transition deviendront des employeurs de choix, capables d’attirer et de retenir les meilleurs talents de toutes les générations. Elles seront plus innovantes, plus adaptables et mieux préparées pour relever les défis d’un monde en mutation. En fin de compte, comprendre que l’intergénérationnel en entreprise est le symptôme d’un échec peut devenir le catalyseur d’une transformation positive, ouvrant la voie à des organisations plus humaines et plus performantes.
Bref, bienvenue dans l’antigénérationnel.
Questions fréquentes sur l’intergénérationnel en entreprise
Pourquoi dit-on que l’intergénérationnel est le symptôme d’un échec ?
Une entreprise qui a besoin d’un avis extérieur sur les générations pour résoudre des problèmes d’attractivité, de recrutement, d’intégration ou de management révèle qu’elle n’écoute plus ses candidats ni ses salariés. Le sujet générationnel signale ces échecs en amont, il ne les cause pas. Le turnover en est l’autre symptôme classique.
Qu’est-ce que la juvenoia ?
La juvenoia désigne la tendance des générations plus âgées à porter un regard négatif ou craintif sur les jeunes générations et leur culture. Ce biais cognitif pousse chaque génération à se croire plus intelligente que la précédente et plus sage que la suivante. Il alimente la plupart des demandes de conférences sur les jeunes en entreprise.
Qu’est-ce que le management antigénérationnel ?
Le management antigénérationnel est l’approche que je défends pour remplacer la lecture par l’âge. Il repose sur l’évolution des valeurs de la société, sur l’interculturalité liée au contexte de vie de chacun et sur la capacité à manager dans l’année en cours plutôt qu’à la carte, génération par génération.
Comment réduire les tensions entre générations au travail ?
Commencez par auditer votre intégration plutôt que par commander une conférence. Explicitez les règles du jeu communes, présentez les principes managériaux fondés sur vos valeurs et organisez une intégration à double sens, où l’entreprise écoute autant qu’elle explique. La plupart des tensions attribuées aux générations disparaissent quand ce cadre existe.
Une conférence sur les générations est-elle utile ?
Oui, à condition de la traiter comme un point de départ et jamais comme la solution. Une conférence crée un déclic collectif et déconstruit les clichés, mais elle ne corrige ni une intégration défaillante ni une offre employeur dépassée. Choisir l’intervenant au tarif le plus bas montre d’ailleurs que le sujet n’est pas pris au sérieux.




