management de l'intersocialisation

Du management intergénérationnel au management de l’intersocialisation

J’ai déjà traité de l’intergénérationnel comme symptôme d’un échec RH et managérial et comme sujet au rabais, en alertant les dirigeants sur ce qu’ils perdent en engagement et en attractivité quand ne prenent pas ce sujet au sérieux au delà de la semaine de la diversité. Il me restait à poser la condition sans laquelle rien ne se produit : regarder la bonne variable. Le vrai sujet n’est pas de partager des clichés pour faire travailler des personnes d’âges différents, mais ‘établir un management de l’intersocialisation.

management de l'intersocialisation

Pendant vingt ans, la littérature managériale a expliqué aux managers que leurs équipes souffraient d’un problème de génération. Il fallait comprendre les baby-boomers, écouter la génération X, apprivoiser la génération Y et s’adapter à la sensibilité des Z. Des milliers d’articles, des centaines de livres et autant de conférences ont décliné la même grille : quatre générations, quatre stéréotypes et quatre modes d’emploi.

Cette lecture a permis à beaucoup d’entreprises d’ouvrir le sujet des relations au travail. Elle a aussi produit son propre angle mort. Elle a fait croire que l’âge était une cause, alors qu’il n’est qu’un symptôme.

Ce que j’observe dans mes interventions auprès de directions, de managers et d’équipes opérationnelles converge avec ce que la sociologie du travail documente depuis cinquante ans. Les conflits dans les équipes ne viennent presque jamais des générations.

Ils viennent de socialisations professionnelles différentes, c’est-à-dire de manières différentes d’avoir appris le métier, de se représenter le travail et de reconnaître ou non un geste, un rôle ou une décision comme légitime. Deux salariés de 25 ans peuvent être plus éloignés l’un de l’autre qu’un jeune alternant et un cadre de 58 ans, notamment si l’un des deux est parent. Et deux seniors du même âge exact peuvent ne pas se comprendre du tout.

Cet article propose un cadre pour sortir de la grille générationnelle et la remplacer par un cadre plus solide, plus juste et plus opérationnel : le management de l’intersocialisation. Le terme peut paraître jargonneux, il désigne en réalité quelque chose de très simple.

Reconnaître que vos collaborateurs ne parlent pas la même langue professionnelle, et bâtir les pratiques managériales qui permettent de les faire coopérer sans les forcer à devenir identiques. Je développe cette thèse en quatre mouvements : ce qui ne fonctionne plus dans l’intergénérationnel, ce que veut dire exactement l’intersocialisation, comment la diagnostiquer dans vos équipes et comment la piloter au quotidien.

Le réflexe hérité Ce qu’il produit Le déplacement qui transforme
La grille des générationsClasser les collaborateurs par cohorte d’âge reste le premier réflexe des directions confrontées à des tensions d’équipe. Le management de l’intersocialisation part d’un constat inverse : l’âge décrit une position dans le temps, jamais une manière d’avoir appris le métier. Des stéréotypes sans priseLes profils générationnels décrivent des moyennes statistiques que personne n’incarne réellement. Les écarts internes à une même cohorte dépassent largement les écarts observés entre cohortes, ce qui rend la grille inopérante dès qu’un manager la confronte à son équipe réelle. La socialisation comme unité d’analyseLa variable qui structure les tensions au travail est la socialisation professionnelle, c’est-à-dire la façon dont chacun a appris le métier et reconnaît un travail bien fait. Faire coopérer ces socialisations sans exiger leur alignement devient une discipline managériale à part entière.

Pourquoi l’intergénérationnel a cessé de fonctionner comme cadre managérial

La grille générationnelle n’est pas devenue fausse subitement. Elle a été construite dans un contexte précis, à une époque où les carrières longues dans une même entreprise et les trajectoires sociales homogènes rendaient les cohortes d’âge à peu près cohérentes. Dans ce monde, parler de baby-boomers ou de génération X avait une valeur descriptive relative.

Ce monde a disparu. Les carrières se fragmentent, les reconversions se multiplient et les trajectoires sociales explosent à l’intérieur d’une même génération. La grille a survécu à sa propre pertinence, et continuer à l’utiliser produit désormais plus de problèmes qu’elle n’en résout. Voici pourquoi.

La grille générationnelle stéréotype et dépersonnalise

Le premier reproche que je fais à l’intergénérationnel tient à sa mécanique de classement. Ranger les salariés par génération conduit à des généralisations réductrices qui traitent des individualités comme des cohortes. Dire que les boomers sont rigides et que les Z sont impatients relève de la paresse intellectuelle déguisée en expertise RH. Chaque cohorte contient des écarts internes beaucoup plus importants que les écarts moyens entre cohortes.

C’est ce que je développe depuis longtemps dans mon article management antigénérationnel et leadership inclusif. Un baby-boomer entrepreneur en reconversion numérique n’a rien à voir avec un baby-boomer cadre technique en fin de carrière. Une jeune ingénieure sortie d’une grande école n’a rien à voir avec un jeune ouvrier non diplômé de la même tranche d’âge, même si tous deux sont estampillés Z.

Le manager qui applique des grilles générationnelles à son équipe manque systématiquement l’individu. Il projette sur des personnes réelles des traits qui ne correspondent qu’à une moyenne statistique, souvent issue d’études menées sur des étudiants américains de classe moyenne supérieure en école de commerce. Ces données ne sont pas transposables telles quelles au contexte français.

L’asymétrie cognitive des discours générationnels

Un point rarement relevé mérite pourtant d’être nommé. Dans la littérature et les conférences sur l’intergénérationnel, ce sont toujours les plus anciens qui s’étonnent des plus jeunes, jamais l’inverse. Il n’existe aucune conférence destinée aux Z pour leur expliquer comment manager les X, aucun livre d’accompagnement des jeunes managers face aux anciens. Cette asymétrie est un indice.

Elle indique que le problème intergénérationnel est en réalité le problème que les structures installées ont avec les entrants, sans réciprocité. La notion de juvenoia, documentée par le sociologue David Finkelhor, désigne cette peur récurrente que les sociétés adultes éprouvent devant la jeunesse de chaque époque.

Chaque génération de parents a cru que ses enfants étaient irrespectueux, paresseux et incompréhensibles. Les boomers jeunes choquaient les adultes des années 1960, les Y inquiétaient les X des années 2000 et les Z troublent les Y aujourd’hui. Le phénomène traverse toutes les époques, ce qui lui retire toute valeur explicative sur une génération donnée.

Le besoin de parler d’intergénérationnel est un symptôme

Le point le plus important est celui que je développe dans l’intergénérationnel symptôme d’un échec RH et managérial. Quand une entreprise éprouve le besoin d’ouvrir un chantier intergénérationnel, elle a déjà échoué ailleurs. Elle a échoué à écouter ses candidats, qui lui disent depuis des années ce qu’ils attendent.

Elle a échoué à adapter ses processus d’intégration, qui continuent de traiter tous les entrants comme s’ils sortaient des mêmes filières. Elle a échoué à former ses managers à l’inclusion, préférant leur parler de leadership charismatique. La demande d’accompagnement intergénérationnel est donc presque toujours la demande d’un pansement là où il faudrait une refonte.

Accepter cette demande telle quelle revient à entretenir le symptôme sans traiter la cause. Mon travail consiste de plus en plus à la refuser sous cette forme, et à proposer à la place un travail plus profond sur la socialisation professionnelle, la marque employeur et le leadership inclusif. C’est le mouvement que je nomme le passage de l’intergénérationnel à l’intersocialisation.

Ce que l’intergénérationnel ne permet plus de voir

La grille générationnelle masque les variables qui comptent vraiment. Elle force à regarder l’âge, une variable secondaire, et laisse dans l’ombre les variables principales du travail réel :

  • les trajectoires sociales et les parcours de formation ;
  • les socialisations primaires familiales ;
  • les expériences de reconversion et les mobilités subies ;
  • les ancrages territoriaux et les identités de métier.

Elle produit ainsi des catégories qui n’existent pas dans le réel et manque celles qui structurent réellement les tensions au travail. Changer de cadre relève de la nécessité opérationnelle dès lors que les pratiques managériales doivent retrouver prise sur la réalité des équipes.

Qu’est-ce que l’intersocialisation ? Définition et fondements sociologiques

Le mot peut intimider par sa longueur, il recouvre une idée simple. Chaque salarié arrive dans votre équipe avec une socialisation professionnelle, c’est-à-dire un ensemble de manières d’apprendre, de parler, de se comporter et de se représenter le travail, construit par son parcours familial, scolaire, professionnel et territorial.

L’intersocialisation désigne la rencontre de ces socialisations différentes sur un même lieu de travail. Cette notion prolonge des travaux sociologiques majeurs que je rappelle ici parce qu’ils lui donnent sa solidité.

Sainsaulieu et l’identité au travail comme construit social

Le sociologue Renaud Sainsaulieu a publié en 1977 un ouvrage resté fondateur, L’identité au travail. Il y établit que l’entreprise est aussi un lieu d’apprentissage et de définition de soi, où l’expérience de l’organisation produit des cultures de travail distinctes des catégories socioprofessionnelles.

L’identité au travail n’est donc pas une donnée stable que chacun apporterait depuis l’extérieur. Elle se construit dans l’interaction, dans la lutte pour être reconnu par les pairs, les chefs et les autres groupes. Un salarié devient ce que ses interactions professionnelles lui permettent de devenir, bien plus que ce qu’il déclare être.

Dubar et la double transaction identitaire

Le sociologue Claude Dubar, dans La socialisation : construction des identités sociales et professionnelles publié en 1991, prolonge et systématise l’analyse de Sainsaulieu. Il propose le concept central de double transaction identitaire, articulant formes identitaires et socialisation professionnelle.

L’identité professionnelle d’un individu se construit à la croisée de deux mouvements permanents. La transaction biographique met en tension ce que l’individu a été, avec son identité héritée, ses compétences acquises et les repères de son métier historique, et ce qu’il aspire à devenir. La transaction relationnelle met en tension l’image qu’il a de lui-même et la façon dont les autres le reconnaissent et le nomment.

Quand ces deux transactions se rejoignent, l’individu vit une identité professionnelle stable. Quand elles divergent, il traverse ce que Dubar appelle une crise identitaire. Cette crise produit la plupart des comportements que le management intergénérationnel attribue à tort à l’âge : le désengagement apparent, les conflits avec la hiérarchie, les demandes de mobilité et les démissions surprises. Un salarié qui se vit comme paysan mais que son employeur traite comme ouvrier agricole est en crise identitaire, qu’il ait 25 ou 55 ans.

La socialisation secondaire comme enjeu managérial contemporain

Dubar insiste sur un point qui a vieilli remarquablement bien. Dans les sociétés marquées par l’instabilité de l’emploi et les reconversions fréquentes, la socialisation secondaire, celle qui se joue à l’âge adulte dans le travail et la formation continue, devient aussi déterminante que la socialisation primaire.

Cela change tout pour le management. Le salarié que vous recevez est un individu en construction identitaire permanente, dont votre entreprise devient l’un des lieux de socialisation décisifs, bien plus qu’un produit fini de son éducation familiale.

Cette observation a pris un poids nouveau avec la relecture contemporaine des travaux de Sainsaulieu, Dubar et Dejours. Les reconversions professionnelles massives, les mobilités internes forcées par les transformations technologiques, les passages entre secteurs et les parcours atypiques multiplient les salariés en situation de socialisation secondaire intense. Les traiter comme des profils figés, sous l’étiquette d’une génération ou d’un niveau de diplôme, revient à manquer le mouvement identitaire dans lequel ils sont pris.

Le management de l’intersocialisation : la définition que je propose

Sur ces bases sociologiques, je propose la définition suivante. L’intersocialisation désigne la coexistence, sur un même lieu de travail, de plusieurs socialisations professionnelles différentes, chacune produisant ses propres codes, attentes de reconnaissance et rapports à l’autorité.

Le management de l’intersocialisation consiste à identifier ces socialisations, à les rendre lisibles pour les collaborateurs eux-mêmes, et à mettre en place les dispositifs qui permettent leur coopération sans les forcer à s’aligner sur une socialisation dominante. Trois différences fondamentales le séparent du management intergénérationnel classique.

  1. Il prend le parcours et la trajectoire comme variables premières, et laisse l’âge au rang d’indice secondaire.
  2. Il considère les identités professionnelles comme dynamiques, ce qui ouvre la possibilité d’un travail de transformation plutôt qu’une négociation entre positions figées.
  3. Il respecte la pluralité des socialisations légitimes au lieu d’imposer un modèle unique, ce qui le rend compatible avec le leadership inclusif au sens plein du terme.
exemple de management de l'intersocialisation avec les NIMA en agriculture ou non issus du milieu agricole

Un cas concret : les NIMA en agriculture, ou l’intersocialisation rendue visible

Les concepts sociologiques gagnent à être illustrés par un cas réel. Le secteur agricole français en offre un particulièrement éclairant, parce qu’il cristallise tous les enjeux de l’intersocialisation dans un format concentré.

Ce cas concerne les NIMA, acronyme pour non issus du milieu agricole. Il désigne les personnes qui s’installent comme agriculteurs ou deviennent salariés agricoles sans être nées dans une famille d’exploitants. Derrière cette étiquette unique se cachent des socialisations très différentes, ce qui en fait un cas d’école pour illustrer le passage de l’intergénérationnel à l’intersocialisation.

Qui sont les NIMA : définition et diversité interne

Le terme NIMA est utilisé depuis une vingtaine d’années par les chambres d’agriculture et les réseaux d’installation pour désigner les candidats à l’installation qui n’ont pas de parents exploitants. Cette définition en creux a longtemps suffi, parce que la transmission familiale restait la norme et les autres parcours l’exception.

L’enquête Agrinovo, pilotée par le laboratoire de recherches en sciences sociales de l’École supérieure des agricultures d’Angers pour le ministère de l’Agriculture, a analysé plus de 3 400 questionnaires de personnes installées en 2018 ou en 2022 et distingue cinq types de parcours d’installation. Un peu plus de la moitié des nouveaux installés ont au moins un parent agriculteur, et ces héritiers se répartissent eux-mêmes en deux profils très éloignés l’un de l’autre.

Les trois autres profils, ceux qui composent la catégorie NIMA, représentent ensemble 44 % des nouveaux installés. La sociologue Caroline Mazaud, qui a coordonné le projet, juge le terme problématique : il désigne des personnes par ce qu’elles ne sont pas et traduit surtout leur origine sociale. La typologie d’Agrinovo décompose cette étiquette en trois groupes distincts :

  1. les classes populaires hors cadre, anciens ouvriers ou employés du monde rural passés par une formation agricole, qui représentent 16 % des nouveaux installés ;
  2. les reconvertis des classes moyennes, souvent d’origine urbaine et sans ancrage agricole, qui en représentent 20 % ;
  3. les reconvertis et contre-mobiles des classes supérieures urbaines, très diplômés et parfois issus d’une famille agricole plus lointaine, qui en représentent 8 %.

Ces trois profils ont en commun de ne pas être enfants d’agriculteurs. Ils n’ont rien d’autre en commun.

Pourquoi l’étiquette NIMA masque trois socialisations différentes

Un exploitant qui recrute trois salariés venus chacun d’un de ces profils a devant lui trois socialisations professionnelles distinctes, sous une même étiquette administrative. Les données d’Agrinovo permettent de les décrire précisément.

Le premier, issu des classes populaires rurales, a grandi à la campagne : neuf sur dix déclarent avoir vécu en zone rurale avant leur installation et les deux tiers ont suivi une formation agricole initiale, généralement courte. Il connaît les codes du monde agricole par imprégnation sociale, maîtrise les gestes techniques par sa formation et attend une reconnaissance par le travail bien fait sous l’œil des pairs locaux. Sa socialisation est proche de celle des héritiers agricoles, à un léger décalage près.

Le deuxième, reconverti des classes moyennes, vient d’une socialisation tertiaire souvent urbaine : les trois quarts ont exercé au moins deux métiers avant d’entrer en agriculture. Il a appris à travailler dans des environnements où le sens, l’autonomie et la cohérence entre valeurs personnelles et travail structurent la relation à l’emploi. Il attend un management explicite, un feedback régulier et narratif, une transparence sur la chaîne de valeur économique et une reconnaissance du projet autant que des résultats. Ses codes sont massivement importés de son ancien métier, et ne s’effacent pas parce qu’il a acheté des bottes.

Le troisième, issu des classes supérieures urbaines, apporte une socialisation encore différente. Plus de huit sur dix occupaient un emploi de cadre ou de profession intellectuelle supérieure et 85 % détenaient un diplôme de niveau bac+5 ou plus avant leur installation. Il a été formé à la réflexion stratégique, à la prise de distance critique et à l’argumentation écrite, et rencontre moins de difficultés économiques que le profil précédent.

Dans les exploitations où j’interviens, ce troisième profil déplace ses exigences vers la cohérence entre les pratiques de la ferme et ses convictions. Un désaccord sur un choix technique peut y déclencher un départ là où un débat sur la rémunération n’en produirait pas.

Mes deux articles sur le management intergénérationnel dans le cadre agricole reprennent cette typologie en détail.

management intergénérationnel en agriculture
management de l'intersocialisation appliqué au secteur agricole

Ce que l’intergénérationnel fait manquer, ce que l’intersocialisation révèle

Un chef d’exploitation qui raisonne en grille intergénérationnelle face à ces trois salariés voit trois trentenaires et conclut qu’ils sont de la même génération et devraient donc se comprendre. Il s’étonne ensuite que l’équipe s’effrite, qu’un salarié parte au bout de six mois et que deux autres entrent en conflit ouvert sur des sujets apparemment mineurs. Il attribue ces problèmes à des traits de personnalité, parfois à un manque d’engagement, rarement à ce qui est réellement en jeu.

Un chef d’exploitation qui raisonne en grille d’intersocialisation voit trois socialisations qui cohabitent et se frottent. Il identifie que le premier attend des consignes brèves et du respect technique, que le deuxième attend des explications et une participation aux décisions, et que le troisième attend un alignement éthique continu.

Ces trois attentes sont toutes légitimes, et toutes inconciliables si le manager les traite de la même manière. Le diagnostic d’intersocialisation lui permet de construire trois pratiques managériales différentes au sein de la même équipe, sans injustice, parce que chacune répond à ce dont chaque salarié a réellement besoin pour tenir dans le poste.

La leçon généralisable au-delà de l’agriculture

Ce cas agricole vaut pour tous les secteurs où les trajectoires se sont diversifiées au-delà des filières historiques. La santé recrute des infirmiers reconvertis, des aides-soignants en seconde carrière, des kinés issus de parcours universitaires longs et des manipulateurs radio venus du tertiaire : une même étiquette professionnelle recouvre plusieurs socialisations.

L’éducation nationale recrute des enseignants contractuels venus du privé, des fonctionnaires issus des filières classiques et des professeurs associés pluri-actifs : mêmes murs, mêmes élèves et socialisations incompatibles. L’industrie technologique recrute des ingénieurs de grandes écoles, des développeurs autodidactes et des reconvertis de formations intensives : mêmes tâches de code, cultures professionnelles différentes.

Partout où une étiquette unique recouvre des parcours multiples, le raisonnement NIMA s’applique. Le diagnostic d’intersocialisation permet de voir ce que l’étiquette masque, et le management de l’intersocialisation permet de travailler avec cette diversité plutôt que contre elle. C’est l’objet de la partie qui suit.

management de l'intersocialisation dans un atelier

Comment diagnostiquer l’intersocialisation dans vos équipes

Une approche théorique qui ne se traduit pas en outils de diagnostic reste un exercice universitaire. Le management de l’intersocialisation demande de savoir identifier, sur le terrain, les socialisations présentes dans une équipe et leurs points de friction.

Ce diagnostic n’a rien de mystique. Il s’appuie sur une observation rigoureuse de trois dimensions accessibles à tout manager attentif : le vocabulaire utilisé, les attentes de reconnaissance exprimées et les comportements d’adhésion ou de rejet face aux décisions collectives. Voici comment les repérer.

Écouter le vocabulaire : les mots révèlent la socialisation

Le premier indice est lexical. Les salariés issus de socialisations différentes n’utilisent pas les mêmes mots pour désigner les mêmes réalités. Dans une équipe commerciale, certains parleront de prospects, d’autres de leads et d’autres encore de clients potentiels.

Cette variation renvoie à des filières de formation, à des expériences antérieures et à des cultures de métier. De la même manière, certains managers parlent de collaborateurs, d’autres de collègues et d’autres encore d’équipes. Chaque mot porte une conception implicite du rapport hiérarchique et de l’autorité.

Un exercice simple permet d’objectiver cette observation. Prenez cinq objets centraux du travail de votre équipe, par exemple le client, le livrable, la réunion, le projet et la décision, puis notez les variations lexicales entre les salariés. Si tout le monde utilise les mêmes mots, votre équipe partage une socialisation dominante forte. Si les mots divergent, vous êtes dans une situation d’intersocialisation qui demande un travail explicite de traduction.

Identifier les attentes de reconnaissance

Le deuxième indice est relationnel. Les socialisations différentes produisent des attentes de reconnaissance différentes. Certains salariés attendent une reconnaissance publique de leurs résultats chiffrés, d’autres une reconnaissance privée de leur effort, et d’autres encore une reconnaissance de leurs compétences techniques par les pairs, indépendamment de la hiérarchie. Ces attentes sont des empreintes de socialisation bien plus que des caprices individuels.

Un manager qui félicite publiquement un salarié issu d’une socialisation où la discrétion est une valeur peut produire l’inverse de l’effet recherché. À l’inverse, un manager qui remercie en privé un salarié issu d’une socialisation où la visibilité est centrale risque de passer pour distant.

Le diagnostic consiste à observer comment chaque collaborateur réagit aux différentes formes de reconnaissance, et à construire un répertoire discret mais précis des formes qui fonctionnent pour chacun. Ce répertoire remplace avantageusement les grilles génériques sur la motivation.

Retour terrain

Deux groupes du même âge qui ne donnent pas le même sens au mot qualité

Une direction industrielle me contacte pour un séminaire sur le management intergénérationnel. Le diagnostic interne est posé avant même mon arrivée : les jeunes ne s’investiraient plus, les anciens ne transmettraient plus, il faudrait réconcilier les générations. Je demande à passer une journée sur site avant d’accepter la mission.

Ce que j’y observe ne recoupe pas la demande. Les tensions se concentrent entre deux groupes dont la pyramide des âges est presque identique. Le premier a appris le métier dans l’entreprise, par compagnonnage, et juge la compétence sur le geste et sur le résultat visible. Le second est arrivé par des recrutements externes, formé ailleurs, et juge la compétence sur la méthode et sur la traçabilité. Les deux groupes emploient le mot qualité plusieurs fois par jour sans jamais désigner la même chose.

Requalifier la demande avant de la traiter change le dispositif entier : le séminaire générationnel prévu s’est transformé en atelier d’explicitation des critères de qualité entre les deux groupes, et la tension a baissé sans qu’une seule question d’âge ne soit abordée.

Repérer les résistances implicites aux décisions collectives

Le troisième indice est comportemental. Une décision prise en réunion produit rarement l’adhésion uniforme qu’elle semble recueillir. Les salariés issus de socialisations différentes réagissent différemment aux mêmes décisions.

Certains exécutent sans discuter parce que leur socialisation les a habitués à la déférence hiérarchique. D’autres exécutent en se désengageant intérieurement. D’autres encore négocient ouvertement, ce qui est souvent interprété à tort comme de la résistance alors qu’il s’agit d’une forme d’engagement différente.

Un bon diagnostic d’intersocialisation identifie ces modes de réponse sans les hiérarchiser. La déférence silencieuse ne vaut ni plus ni moins que la négociation ouverte, elles relèvent de socialisations légitimes différentes. Le problème tient à l’inadéquation entre le mode de réponse socialisé du salarié et le mode de réponse attendu par l’organisation. Manager l’intersocialisation consiste à rendre cette inadéquation visible, discutable, et si possible à la résoudre sans forcer l’alignement.

Cartographier plutôt qu’étiqueter

Ces trois dimensions d’observation permettent de cartographier les socialisations présentes dans une équipe sans les réduire à des étiquettes. L’objectif est de comprendre quelles lignes de force traversent l’équipe, quels points de friction reviennent régulièrement et où se situent les zones de traduction possible, plutôt que de ranger chaque salarié dans une case.

Une équipe de dix personnes peut abriter trois ou quatre socialisations principales, dont la composition est rarement celle que le manager imagine a priori. Le diagnostic produit presque toujours des surprises utiles.

Passez de l’observation à la cartographie

Envie d’objectiver les socialisations présentes dans votre équipe avant d’agir ? Remplissez la cartographie de socialisation intergénérationnelle pour transformer vos observations éparses en une lecture partagée par tous vos managers.

Piloter l’intersocialisation au quotidien : les leviers concrets

Diagnostiquer est nécessaire, piloter l’est plus encore. La question que me posent systématiquement les dirigeants après avoir accepté le cadre de l’intersocialisation est la même : que fait-on concrètement le lundi matin ?

Ma réponse tient en quatre leviers, qui se déploient progressivement. Aucun n’est coûteux en moyens matériels, tous demandent une discipline managériale durable. Ce sont les mêmes leviers que je mobilise dans mon offre transformation managériale, adaptés ici à l’angle spécifique de l’intersocialisation.

Premier levier : manager par les valeurs, pas par l’âge

C’est le principe que je porte depuis des années dans mes interventions, et que je développe dans la plupart de mes conférences sur le management intergénérationnel. Arrêtez de demander à un collaborateur ce que son âge lui fait vouloir, et interrogez-le sur les valeurs qui orientent son travail.

Pour certains, le travail est un lieu de réalisation personnelle. Pour d’autres, un moyen de subsistance respecté. Pour d’autres encore, un outil d’engagement collectif. Ces orientations de valeurs ne se déduisent pas de l’âge, elles se déclarent.

Concrètement, cela se traduit par des entretiens plus ouverts et moins normatifs, où le manager demande ce qui compte pour le salarié dans son travail, et non ce qui est supposé compter pour quelqu’un de sa génération. Le management par les valeurs repose sur une hypothèse éprouvée : les personnes qui partagent des valeurs professionnelles coopèrent, quelle que soit leur différence d’âge. Celles qui ne les partagent pas peinent à coopérer, même quand elles ont le même âge.

Deuxième levier : refondre l’intégration plutôt que corriger après coup

Je l’ai écrit dans mon article sur l’intergénérationnel comme symptôme d’échec, je le répète ici parce que c’est le levier le plus sous-utilisé : la plupart des problèmes d’intersocialisation se résolvent à l’intégration, pas en management quotidien.

Un onboarding de qualité permet à chaque nouvel entrant de comprendre les règles du jeu communes, les valeurs de l’entreprise, les formes de reconnaissance valorisées et les canaux de communication attendus. Sans cet onboarding, le manager passe ensuite un temps considérable à corriger des malentendus qui auraient pu ne jamais naître.

Un onboarding conçu dans une logique d’intersocialisation identifie explicitement d’où vient le nouvel arrivant, nomme les points de friction potentiels avec la socialisation dominante de l’équipe et propose des dispositifs concrets pour travailler ces frictions. Cette approche demande d’investir sérieusement dans les trois à six premiers mois d’un salarié, période que la plupart des entreprises sous-investissent. Le retour sur investissement est mesurable : turnover précoce réduit, montée en compétence plus rapide et conflits d’équipe moins fréquents.

Troisième levier : rendre explicite le travail de traduction

Dans une équipe intersocialisée, quelqu’un traduit en permanence entre les socialisations. Ce travail de traduction existe que l’entreprise le reconnaisse ou non. Il reste presque toujours invisible, porté par un ou deux salariés qui ne sont ni payés, ni reconnus, ni formés pour cette fonction. Ces traducteurs spontanés finissent souvent épuisés et partent quand l’entreprise a le plus besoin d’eux.

Le management de l’intersocialisation consiste à rendre ce travail explicite. Identifiez les salariés qui jouent naturellement un rôle de traducteur, nommez cette fonction, reconnaissez-la dans les fiches de poste et rémunérez-la si elle représente une part significative du travail.

Cela peut prendre la forme d’une mission de pilote interculturel dans un projet international, d’un rôle d’intégrateur dans une équipe mixant socialisations anciennes et nouvelles, ou d’une reconnaissance explicite dans l’évaluation annuelle. Une fonction nommée puis reconnue se pérennise, une fonction invisible s’épuise.

Quatrième levier : créer des espaces d’explicitation collective

Le dernier levier est le plus exigeant et le plus puissant. Il consiste à ouvrir régulièrement des espaces où les membres d’une équipe peuvent expliciter leurs socialisations respectives sans être jugés. Ces espaces ne sont ni des team-buildings ludiques ni des formations descendantes.

Ce sont des temps structurés, facilités par un tiers si nécessaire, où chacun répond à trois questions simples :

  • d’où je viens professionnellement ;
  • ce qui compte pour moi dans le travail ;
  • comment je reconnais qu’un travail est bien fait.

Les organisations qui pratiquent régulièrement ces espaces découvrent que leurs équipes vivaient une incompréhension mutuelle plutôt qu’un conflit. Une fois les socialisations nommées, les conflits apparents se révèlent souvent être des malentendus reproductibles. Les solutions émergent alors du collectif lui-même, plus solidement que si elles étaient imposées par le manager.

L’intersocialisation comme discipline managériale

Ces quatre leviers, valeurs, intégration, traduction et explicitation, ne constituent pas une méthode miracle. Ils forment une discipline managériale à installer dans la durée, au sens où elle demande une pratique régulière plutôt qu’un événement ponctuel, et où elle s’améliore avec le temps plutôt que de plafonner.

Cette discipline protège aussi le manager de l’épuisement qui guette ceux qui tentent de résoudre des problèmes d’intersocialisation avec des outils intergénérationnels inadaptés. Ce passage d’une grille à l’autre est l’un des enjeux majeurs de la transformation managériale contemporaine.

Comment choisir entre une démarche intergénérationnelle et une démarche d’intersocialisation

Les deux démarches se vendent, se financent et se planifient de la même manière, ce qui rend l’arbitrage difficile pour une direction. Elles ne produisent pourtant pas les mêmes effets et ne demandent pas la même maturité managériale. Voici les critères qui permettent de trancher avec vos propres contraintes.

Six critères pour arbitrer entre les deux approches

La démarche intergénérationnelle ouvre le sujet des relations au travail rapidement et à faible coût politique. La démarche d’intersocialisation demande plus de temps de diagnostic et produit des effets plus durables. Le tableau ci-dessous compare les deux sur les critères qui comptent au moment de décider.

Critère de décisionDémarche intergénérationnelleDémarche d’intersocialisation
Unité d’analyseLa cohorte d’âgeLe parcours et la socialisation professionnelle
Diagnostic préalableFacultatif, la grille est fournie d’avanceIndispensable, la grille se construit sur site
Durée typeUn événement de une à deux journéesTrois à douze mois de pratique installée
Effet principal attenduOuvrir le dialogue et lever les non-ditsModifier les pratiques d’intégration, de reconnaissance et de décision
Risque principalRenforcer les stéréotypes que la démarche prétend leverRester au stade du diagnostic sans traduire en dispositifs
Maturité managériale requiseFaible, la démarche fonctionne en descendantMoyenne à forte, les managers doivent accepter des pratiques différenciées

Ce tableau ne désigne pas un gagnant universel. Une organisation qui n’a jamais ouvert le sujet des relations au travail peut avoir intérêt à commencer par un format court, à condition de savoir qu’elle traite un symptôme et de prévoir la suite.

Quels signaux indiquent qu’une démarche d’intersocialisation est prématurée

Certaines organisations n’ont pas encore les conditions pour tirer parti d’un travail sur les socialisations. Lancer la démarche dans ce contexte produit de la déception et brûle le sujet pour plusieurs années. Vérifiez ces signaux avant de vous engager :

  • les managers de proximité n’ont aucune marge de manœuvre sur l’organisation du travail de leur équipe ;
  • un conflit social ouvert est en cours, ce qui rendra toute parole sur les parcours instrumentalisable ;
  • le processus d’intégration n’existe pas formellement, auquel cas il constitue le premier chantier à mener ;
  • la direction attend un résultat visible en moins de trois mois ;
  • aucun budget de suivi n’est prévu après l’événement de lancement.

Deux signaux présents sur cinq justifient de reporter la démarche et de traiter d’abord la condition manquante. Cet arbitrage honnête vaut mieux qu’un déploiement qui décevra tout le monde, et je le pose systématiquement avant d’accepter une mission.

Comment je peux vous aider à installer l’intersocialisation dans vos équipes

Le passage du management intergénérationnel au management de l’intersocialisation ne se décrète pas par une note de service. Il se travaille, dans la durée, avec des managers et des dirigeants qui acceptent de remettre en cause des grilles auxquelles ils sont parfois attachés depuis longtemps.

Depuis plus de quinze ans, j’accompagne ce passage auprès d’entreprises de toutes tailles, en France et à l’international. Trois formats d’intervention sont disponibles, du plus court au plus engageant, et peuvent s’articuler dans une logique de déploiement progressif.

Conférence : de l’intergénérationnel à l’intersocialisation

Cette conférence de 60 à 90 minutes s’adresse aux comités de direction, aux journées managers, aux événements RH et aux associations professionnelles qui veulent poser le cadre de l’intersocialisation auprès de leurs audiences.

Elle pose le diagnostic de l’essoufflement de la grille générationnelle, présente les fondements sociologiques de l’intersocialisation à partir des travaux de Sainsaulieu et Dubar, et dégage les quatre leviers managériaux concrets pour installer une nouvelle pratique. Elle s’appuie sur des cas issus de mes interventions, depuis les grands groupes industriels jusqu’aux structures plus modestes, et laisse une place substantielle aux échanges. Disponible en présentiel ou à distance, elle s’ajuste selon que votre public est majoritairement dirigeant, managérial ou opérationnel.

Atelier : diagnostiquer et piloter l’intersocialisation

Cet atelier d’une demi-journée ou d’une journée permet à vos équipes de passer du cadre à l’action. Il s’adresse à un groupe restreint de 10 à 20 personnes, direction, managers et RH, qui souhaitent construire un plan de travail adapté à leur contexte.

Le format alterne apports méthodologiques, diagnostic collectif des socialisations présentes dans l’organisation, travail en sous-groupes sur des cas réels apportés par les participants et construction d’un plan d’action opérationnel. Chaque participant repart avec une cartographie des socialisations de son équipe, une grille de diagnostic réutilisable et une feuille de route personnalisée sur les quatre leviers. L’atelier peut être dupliqué sur plusieurs sites pour déployer la démarche à l’échelle d’une organisation.

Accompagnement sur mesure : installer durablement la pratique

Pour les organisations qui souhaitent aller au-delà de l’événement ponctuel, un accompagnement de trois à douze mois permet d’ancrer durablement les pratiques d’intersocialisation. Ce format combine conférences de cadrage pour les directions, ateliers de déploiement pour les équipes managériales, points d’étape réguliers et supervision des situations complexes.

C’est le format que je recommande aux organisations en forte transformation, en fusion, en internationalisation, ou confrontées à des tensions d’équipe récurrentes que les dispositifs classiques n’ont pas résolues. Chaque accompagnement est conçu avec la direction à partir de ses enjeux spécifiques, et articule mon intervention avec les ressources internes et externes déjà mobilisées.

Pour organiser une conférence, un atelier ou échanger sur un projet d’accompagnement, contactez-moi directement. Je vous répondrai personnellement pour comprendre votre contexte et construire avec vous le format le plus pertinent.

Conclusion : cessez de compter les années, écoutez les parcours

La grille générationnelle a rendu un service réel : elle a autorisé les entreprises à parler des relations au travail. Elle a aussi installé une habitude coûteuse, celle de chercher la cause des tensions dans une variable qui n’explique rien.

Ce que vos managers prennent pour un conflit de générations est presque toujours une collision de socialisations professionnelles. Deux personnes qui n’ont pas appris le métier au même endroit, avec les mêmes maîtres et les mêmes critères de qualité, ne reconnaîtront pas spontanément le travail de l’autre comme légitime. L’âge n’y change rien, le parcours y change tout.

Le déplacement que je propose tient en une phrase : arrêtez de demander à vos collaborateurs quel âge ils ont, demandez-leur où ils ont appris à travailler. Cette question ouvre des conversations que vingt ans de littérature générationnelle n’ont jamais permis d’avoir, et elle donne à vos managers une prise réelle sur ce qui se joue dans leurs équipes.

Le management de l’intersocialisation est la discipline qui transforme cette question en pratique quotidienne.

Questions fréquentes sur le management de l’intersocialisation

Qu’est-ce que la socialisation professionnelle ?

La socialisation professionnelle désigne la façon dont une personne apprend son métier, ses codes, son vocabulaire et ses critères de qualité, à travers sa famille, son école, ses employeurs successifs et son territoire. Elle se poursuit toute la vie adulte, ce qui la rend décisive dans le management d’équipes mixtes.

Quelle différence entre management intergénérationnel et management de l’intersocialisation ?

Le management intergénérationnel classe les collaborateurs par cohorte d’âge et applique un mode d’emploi par génération. Le management de l’intersocialisation prend le parcours comme variable première et cherche à faire coopérer des socialisations professionnelles différentes sans exiger qu’elles s’alignent sur un modèle unique.

Comment repérer des socialisations différentes dans une équipe ?

Trois indices suffisent pour commencer : le vocabulaire employé pour désigner les mêmes objets de travail, les formes de reconnaissance qui font réagir chaque collaborateur, et les manières de répondre à une décision collective. Ces trois observations révèlent les lignes de force qui traversent réellement l’équipe.

L’intersocialisation concerne-t-elle aussi les petites structures ?

Une équipe de cinq personnes peut abriter deux ou trois socialisations professionnelles, surtout si elle mêle formations initiales et reconversions. Les petites structures y gagnent même plus vite, parce qu’un seul malentendu de socialisation y pèse proportionnellement beaucoup plus lourd sur le collectif.

Faut-il abandonner complètement le terme intergénérationnel ?

Le terme reste utile comme porte d’entrée, parce qu’il parle immédiatement aux directions et aux managers. Il devient nuisible dès qu’il sert de grille d’analyse, puisqu’il attribue à l’âge des tensions qui viennent des parcours, des formations et des trajectoires professionnelles.

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