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Le manifeste de l’iconoclaste

Je fais une fixation sur les iconoclastes : si vous suivez mon podcast Iconoclaste, vous verrez, ou entendrez plutôt, de quoi je parle. Je fais aussi une fixette sur les manifestes d’entreprise.

Ce manifeste de l’iconoclaste réunit les deux obsessions. Il fait suite à mon article dans Les Échos sur le sujet, et je le publie ici en entier, précédé d’une définition et suivi de quelques conseils pour les managers qui veulent faire place à ces profils.

Le cliché La réalité Le manifeste
Un râleur professionnelLe manifeste de l’iconoclaste part d’un malentendu : l’iconoclaste passe souvent pour un contestataire qui s’oppose à tout par principe et fatigue les équipes qui l’entourent. Une autre façon de percevoirSelon les travaux du neuroscientifique Gregory Berns, l’iconoclaste perçoit autrement, maîtrise mieux sa peur et sait convaincre, une combinaison que peu de personnes réunissent. Des engagements de postureLe manifeste traduit cette posture en engagements concrets sur la passion, le jugement, l’autonomie, la bureaucratie et l’apprentissage, que les managers peuvent lire comme un mode d’emploi.

Qu’est-ce qu’un iconoclaste

Un iconoclaste désigne une personne qui n’éprouve pas le besoin de se conformer aux coutumes et aux croyances dominantes. Le mot vient de l’iconoclasme byzantin du huitième siècle, la destruction des icônes jugées contraires à la foi : l’iconoclaste était alors littéralement un briseur d’images.

Du briseur d’images au briseur de conventions

Le mot naît dans un contexte religieux. Au huitième siècle, l’iconoclasme byzantin désigne la destruction des icônes, ces images saintes jugées contraires à la foi. Le sens a glissé au fil des siècles, et l’iconoclaste brise désormais des conventions plutôt que des images.

Définition et manifeste de l'iconoclaste par Benjamin Chaminade

Dans une entreprise, ces conventions prennent la forme de procédures, d’habitudes de réunion, de hiérarchies implicites ou de manières de juger une idée. L’iconoclaste les voit, là où les autres les ont oubliées à force de les pratiquer.

Les trois piliers de l’iconoclaste selon Gregory Berns

Au sens où l’entend le neuroscientifique Gregory Berns, auteur d’Iconoclast, l’iconoclaste se distingue du râleur professionnel : son cerveau perçoit, ose et convainc différemment. Trois piliers le caractérisent, et peu d’individus les réunissent tous les trois au même moment, ce qui explique leur rareté dans les organisations.

  1. Une perception singulière, qui traite chaque situation comme nouvelle et repère des opportunités invisibles aux autres.
  2. Une moindre réponse à la peur, qui lui permet de tolérer l’incertitude et le jugement social.
  3. Une intelligence sociale, qui transforme l’intuition solitaire en mouvement collectif.

L’iconoclaste véritable conteste ce qui mérite de l’être. Il propose une alternative et la porte jusqu’à sa réalisation.

Le manifeste de l’iconoclaste en dix engagements

Le manifeste de l’iconoclaste rassemble en dix engagements la posture de ces profils au travail. Il est écrit à la première personne du pluriel, la voix des iconoclastes eux-mêmes, et il se lit comme un mode d’emploi pour les managers qui veulent les recruter, les comprendre et les garder.

La passion comme seul moteur

Nous travaillons uniquement sur les projets qui nous passionnent. Faire plaisir à quelqu’un d’autre ne suffit pas à nous mettre en mouvement. La passion est notre carburant, et elle se tarit dès qu’une mission perd son sens. Nous n’avons pas besoin des félicitations d’un tiers, ni des louanges extérieures pour nous motiver !

Notre énergie vient de l’intérieur, de l’envie de résoudre un problème qui compte vraiment à nos yeux.

L’indifférence au jugement

Nous n’avons pas peur de ce que pensent les autres et nous sommes immunisés contre les jugements hâtifs et les critiques non constructives. La peur du regard des autres est le premier frein à l’audace, et nous avons appris à nous en défaire.

Citation de Paul McCartney sur ceux qui jugent les autres bizarres, illustration du manifeste de l'iconoclaste

Une critique argumentée nous fait grandir, un jugement de couloir nous laisse de marbre. Nous sommes imperturbables face aux tentatives de manipulation et aux méthodes de « motivation » !

L’autonomie comme terrain de jeu

L’autonomie est notre terrain de jeu favori et nous voulons de l’espace pour expérimenter nos idées. Donnez-nous un cadre clair et une vraie liberté à l’intérieur, et nous transformerons la contrainte en création. Le contrôle permanent nous étouffe et tue ce que vous attendez de nous.

Pour nous, chaque projet se termine de deux façons : nous réussissons ou nous apprenons ! Ce qui fait que chaque expérience, réussie ou non, est une victoire.

Le rejet de la bureaucratie

Nous n’avons aucune tolérance pour la bureaucratie et les pratiques managériales dépassées. Une règle qui sert le travail mérite notre respect, une règle qui ne sert qu’à se protéger mérite notre examen. La lourdeur n’a jamais produit une idée neuve.

Nous questionnons les procédures et les pratiques établies pour les contourner ou les ignorer si nous jugeons qu’elles ne servent plus l’intérêt commun ! Nous refusons de sacrifier notre énergie à la lourdeur.

Le respect qui se mérite

Nous ne respectons pas « l’expérience ». L’âge ou l’ancienneté ne suffisent pas à prescrire le respect, qui se mérite par l’action et l’intégrité. Nous écoutons celui qui a fait et construit, et nous nous méfions de celui qui se contente d’avoir duré.

Nous valorisons l’expérience authentique, celle qui inspire et qui guide, et nous résistons à celle qui impose et qui entrave.

La solution toujours réinventée

Face à un problème récurrent déjà résolu, nous cherchons tout de même une nouvelle solution. Une réponse qui a marché hier n’est qu’une hypothèse pour aujourd’hui, car le contexte a déjà changé. Pour nous, chaque problème est une nouvelle énigme à résoudre !

Les solutions que nous expérimentons ne sont valables qu’une fois, et c’est ce qui nous oblige à rester inventifs.

La soif d’apprendre

Notre soif d’apprendre est insatiable. Nous attendons d’être utilisés selon toutes nos capacités et cherchons à nous améliorer sans cesse. Un poste qui nous enferme dans la répétition nous éteint en quelques mois, parce que l’ennui nous retire ce qui nous fait avancer.

L’ennui et la stagnation nous sont étrangers : nous sommes des éternels étudiants de la vie.

Le refus de l’ombre

Nous refusons d’être tenus dans l’ombre de vos décisions. Une décision expliquée se discute, s’enrichit et se défend, et nous donnons alors le meilleur de nous. Notre curiosité est notre boussole, et la remise en question, notre outil de construction.

Pour nous, challenger le statu quo est un signe de vitalité intellectuelle.

L’impatience face au conformisme

Nous avons peu de patience pour la conformité aveugle de ceux qui ne remettent rien en question. Suivre sans comprendre revient à confier sa trajectoire à quelqu’un d’autre. Nous préférons le risque d’avoir tort à la tiédeur de n’avoir jamais pensé par nous-mêmes.

Pour nous, la vie est une trajectoire d’évolution et de croissance, à l’opposé d’un chemin de soumission et de stagnation.

La concurrence comme aiguillon

La concurrence est pour nous un catalyseur d’excellence, une invitation à repousser nos limites ou à innover autrement. Un concurrent qui avance nous oblige à devenir meilleurs, et nous lui en sommes presque reconnaissants. Nous voyons la concurrence comme un aiguillon qui stimule notre créativité et notre volonté de nous surpasser.

Une adversaire à abattre nous intéresserait beaucoup moins, car elle ne nous apprendrait rien sur nous-mêmes.

Recruter, accompagner ou protéger : comment faire place aux iconoclastes

Un manifeste reste un texte tant que l’organisation ne fait rien de ce qu’il dit. Pour un dirigeant, un professionnel des ressources humaines ou un responsable de l’innovation, trois leviers permettent de faire place aux iconoclastes : les recruter, les accompagner dans la durée et protéger leur différence.

Trois leviers pour appliquer le manifeste de l’iconoclaste

Chaque levier répond à un problème différent, et beaucoup d’organisations commencent par le recrutement alors que leur difficulté se situe plus loin. Le tableau suivant compare les trois leviers selon ce qu’ils produisent, le risque principal qu’ils comportent et le moment où ils deviennent prioritaires.

LevierCe qu’il produitSon risqueQuand le choisir
Recruter des iconoclastesDes profils capables de remettre en question les habitudes installées.L’organisation les éteint en quelques mois si rien ne change autour d’eux.Quand l’équipe tourne en rond et que les idées nouvelles viennent toujours de l’extérieur.
Accompagner leurs managersDes managers capables de donner un cadre clair et une vraie liberté.Les managers voient l’iconoclaste comme un problème de discipline.Quand des profils atypiques sont déjà là et que les tensions montent.
Protéger leur différenceDes règles explicites qui autorisent la contestation argumentée.Le dispositif reste théorique si la direction ne l’applique pas à elle-même.Quand les meilleurs profils partent ou se taisent après leur intégration.

Cinq signaux qu’un iconoclaste s’éteint chez vous

Un iconoclaste qui s’éteint fait rarement de bruit : il cesse de proposer, puis il part. Cinq signaux permettent de repérer ce glissement avant le départ, et chacun renvoie à l’un des engagements du manifeste de l’iconoclaste que l’organisation a cessé de respecter.

  1. Il ne propose plus d’idées en réunion alors qu’il le faisait à son arrivée.
  2. Il réclame des explications sur les décisions et n’en obtient pas.
  3. Ses missions se répètent d’un trimestre à l’autre.
  4. Il passe plus de temps à contourner les procédures qu’à travailler.
  5. Ses critiques argumentées reçoivent la même réponse que les plaintes.

Recrutez des iconoclastes sans les éteindre

Envie d’accueillir ces profils dans vos équipes ? Découvrez ma méthode complète pour recruter des iconoclastes et maintenir leur différence dans l’article dédié.

Comment je peux vous aider à faire vivre le manifeste de l’iconoclaste

J’accompagne les organisations qui veulent faire place aux profils iconoclastes sans perdre leur cohérence. Le manifeste de l’iconoclaste me sert de point de départ en conférence comme en atelier, pour ouvrir une discussion que les valeurs affichées ne permettent pas toujours d’avoir franchement.

Une conférence sur les iconoclastes

En conférence, je présente les trois piliers de l’iconoclaste, le manifeste et les signaux qui montrent qu’une organisation éteint ses profils les plus singuliers. J’ai consacré une conférence TEDx aux iconoclastes, et les entretiens de mon podcast Iconoclaste nourrissent chacune de ces interventions.

Benjamin Chaminade sur la scène de TEDxAlsace lors de sa conférence sur les iconoclastes

Pour organiser une intervention, la page travailler avec un conférencier détaille le déroulé, du brief à la restitution.

Un atelier pour écrire votre propre manifeste

En atelier, j’aide vos équipes à écrire leur propre manifeste à partir de ce qu’elles vivent réellement, plutôt que de recopier des valeurs génériques. Le manifeste de l’iconoclaste sert alors de provocation de départ, que chaque équipe accepte, nuance ou rejette engagement par engagement.

Vous trouverez des sources d’inspiration dans mes exemples de manifestes, et le format de travail dans mes ateliers et masterclass.

En conclusion, le manifeste de l’iconoclaste se lit comme un mode d’emploi

Les iconoclastes attendent de leur organisation un cadre clair, des décisions expliquées, des problèmes qui comptent et la liberté de contester ce qui mérite de l’être. Chaque engagement de ce texte décrit une condition que l’organisation peut remplir ou refuser.

Un manager qui lit ce texte comme une provocation perdra ses profils les plus singuliers. Celui qui le lit comme une liste de conditions saura les garder. C’est toute l’ambition du manifeste de l’iconoclaste.

La série sur le leadership créatif

Dix articles qui se lisent dans l’ordre, de la définition à la thèse de remplacement, jusqu’à la pratique de direction des créatifs et à ce qu’elle coûte.

  1. Qu’est-ce que le creative leadership, l’article de référence
  2. Pourquoi le leadership créatif va remplacer l’innovation managériale, la thèse de remplacement
  3. Les activités du leader créatif, le portrait
  4. Diriger des créatifs : pourquoi les méthodes traditionnelles échouent, la pratique la plus difficile
  5. Ce que le leadership créatif coûte à celui qui l’adopte, le renoncement et ses limites à paraître
  6. Enableship, le leadership de l’innovation, le cadre propriétaire adjacent
  7. Wanagement, manager à contre-courant, le contre-courant
  8. Le manifeste de l’iconoclaste, le texte de posture Vous êtes ici
  9. Libérer du temps pour innover, la contrainte de temps
  10. Devenir un expert généraliste « T-shaped », le profil du leader créatif

Questions fréquentes sur le manifeste de l’iconoclaste

Qu’est-ce qu’un iconoclaste au travail ?

Un iconoclaste au travail est une personne qui ne ressent pas le besoin de se conformer aux habitudes et aux croyances dominantes de son organisation. Il conteste ce qui mérite de l’être et propose une alternative qu’il porte jusqu’à sa réalisation, ce qui le distingue du simple contestataire.

Que contient le manifeste de l’iconoclaste ?

Le manifeste de l’iconoclaste réunit dix engagements : la passion comme moteur, l’indifférence au jugement, l’autonomie, le rejet de la bureaucratie, le respect qui se mérite, la solution réinventée, la soif d’apprendre, le refus de l’ombre, l’impatience face au conformisme et la concurrence vue comme un aiguillon.

Comment manager un iconoclaste ?

Donnez-lui un cadre clair et une vraie liberté à l’intérieur, expliquez vos décisions et confiez-lui des problèmes qui comptent. Le contrôle permanent, les procédures sans justification et les tâches répétitives éteignent rapidement ces profils, qui finissent par partir ou par se taire. Le manifeste de l’iconoclaste sert alors de liste de contrôle.

Pourquoi écrire un manifeste d’entreprise ?

Un manifeste rend explicite une posture que les valeurs affichées laissent souvent dans le flou. Il donne aux équipes un texte auquel se référer pour arbitrer, et il signale aux candidats la culture qu’ils trouveront en arrivant. Le manifeste de l’iconoclaste en donne un exemple centré sur la posture individuelle.