Le monde de la fragilité nous menaçait depuis longtemps. La menace s’est concrétisée avec la création de l’acronyme VUCA dont je vous invite à lire la définition. Ce concept inoffensif d’école de management, a évolué au-delà des théories de management pour devenir une stratégie concrète adoptée par des entreprises réelles telles qu’Amazon et iFixit. Il est entré dans le monde réel et demande maintenant des réponses.
En parallèle de ce passage de la théorie à la réalité, les choses se sont accélérées : la volatilité est devenue « exponentielle », l’incertitude est devenue « imprévisible », la complexité « exacerbée » et l’ambiguïté «radicale ».
Ce qui veut dire qu’il faudrait mettre à jour VUCA, voir même, remplacer cet acronyme sans nous arrêter à une liste de concepts contemplatifs avec un peu de simplicité par-là et un peu d’agilité par-ci comme le propose BANI.

Ah, et aussi, quitte à faire une liste, il faudrait qu’elle prenne en compte les effets émotionnels qu’introduits le monde actuel comme :
- La précarité qui accompagne l’obsolescence de plus en plus rapide de nos compétences et la peur de devenir dépassé.
- La montée de l’anxiété de ne pas pouvoir se préparer à l’avenir préparer, même proche, avant d’y être confronté.
- Le fractionnement de notre environnement ou devenir le meilleur dans son activité actuelle ne protège pas de se retrouver sur la touche.
- Les paradoxes de plus en plus extrêmes qui nous empêchent de nous en remettre seulement à notre expérience.
Je propose de trouver un nouveau concept, ancré dans la réalité, qui parte de notre ressenti face à ces bouleversements. Un concept qui nous aiderait à trouver des réponses que nous pourrions utiliser à l’échelle de notre entreprise et de notre carrière.
Mais pour cela, il va falloir sortir des acronymes bigarrés pour nous adresser au message subliminal de VUCA : l’arrivée du monde de la fragilité. Le fait que plus rien ne vous protège, ni notre planète, ni un contrat à durée à déterminée, ni un statut de fonctionnaire, ni un diplôme, ni une expérience.
Selon moi, cette fragilité se démontre par la précarité stable, l’anxiété situationnelle, les fractionnement non-linéaires et les paradoxes flous.
Pour ne pas transformer cet article en litanie, j’ai vais développer chaque partie du monde de la fragilité en sous-articles dont vous trouverez les liens ci-dessous.
Voici donc une introduction aux 4 élément du monde de la fragilité qui j’espère vous sera tout aussi utile et enrichissante que l’acronyme BANI dont vous trouverez une définition ici.
- La précarité stable de la fragilité de nos compétences
- L’anxiété permanente et la fragilité de notre bien-être
- Le fractionnement non linéaire et la fragilité de nos carrières
- Les paradoxes extrêmes et la fragilité de notre expérience
précarité stable (fragilité de nos compétences)
L’idée de précarité stable décrit un phénomène de plus en plus présent dans nos sociétés : l’instabilité et l’incertitude. Contrairement à des périodes historiques où les changements étaient lents, notre époque est marquée par des bouleversements rapides et profonds qui affectent tous les domaines de notre vie pro et perso.
Cette précarité n’est plus seulement un sentiment vague mais une réalité tangible qui transforme les existences. Penser à l’IA ou au développement de la « freelancisation » avec environ 3 millions d’indépendants en France cette année. Ce qui nécessite de repenser notre rapport au temps, à l’emploi et aux relations sociales. L’adaptabilité et la flexibilité deviennent des compétences clés pour naviguer dans ce contexte mouvant d’insécurité professionnelle.
L’Insécurité Interne : Un Manque de Confiance en soi dans l’Instabilité
Quand tout devient précaire durablement et que l’on ne peut pas se projeter, il est normal de ressentir ce que l’on appelle de l’insécurité interne.
L’insécurité interne est un manque de confiance en soi d’être capable de faire face aux événements en cours et à venir. Dans le milieu professionnel, il se traduit par des doutes sur ses compétences, ses décisions, ou son rôle au sein de l’entreprise.
L’insécurité interne, c’est l’inquiétude de devenir ringard et obsolète
Cette insécurité appelle à prendre un peu de temps pour réaliser une introspection de ses forces et ses talents uniques, appétences ou soft skills.
Et cette insécurité ne peut qu’aller en s’empirant si vous n’avez pas la curiosité de vous intéresser à ces changements. Jusqu’à récemment, hormis la paix, l’économie et le mariage, le monde semblait stable et solide.
Sauf que, depuis que nous avons pris conscience des changements climatiques et vécue, une pandémie, nous avons compris que :
- Nous vivons dans un système précaire et;
- La précarité peut être invisible jusqu’à ce qu’elle se révèle de façon imprévue, soudaine et catastrophique.
Anxiété permanente (fragilité de notre bien-être)
Savoir que rien ne dure, ni nos compétences, ni notre sécurité de l’emploi, ni la valeur de nos diplômes, ni la petite mousse en terrasse touche directement notre bien-être et favorise l’anxiété. Anxiété, pas stress.
Avec 48% des salariés en détresse psychologique et 80 % des français qui ressentent de l’éco-anxiété, faisons une petite parenthèse rapide pour distinguer détresse psychologique, stress et anxiété.
1 On commence avec la détresse psychologique qui résulte d’un ensemble d’émotions négatives qui, lorsqu’elles sont vécues avec persistance chez un individu, peuvent entraîner des conséquences de santé importantes telles que la dépression et l’anxiété.
2 On arrive ensuite à l’anxiété qui est une émotion permanente et parfois inexplicable d’insécurité. C’est ce qui arrive par exemple quand vous faites face dans la durée à une situation que vous n’avez jamais rencontré ou sur laquelle vous n’avez pas de contrôle et pour laquelle vous n’avez pas reçu de formation pour la surmonter. Exemple d’anxiété : 45,2 % des salariés ont peur de perdre leur emploi.
3 et enfin, le stress, qui est un phénomène d’adaptation naturel qui se manifeste quand nous faisons l’expérience de quelque chose de nouveau ou d’inattendu. Il est peut-être utile en nous aidant à faire face à un changement. C’est à dire que le stress peut éventuellement être un peu positif.
En résumé :
- la détresse psychologique peut être source d’anxiété.
- L’anxiété est une source plus diffuse et plus durable que le stress, notamment l’anxiété actuelle basée sur le fait que plus personne ne sait ce qu’il va se passer à court et moyen terme..
- L’anxiété s’est intégrée dans notre culture et a profité de la pandémie pour se développer comme un champignon en milieu chaud et humide.
Le stress peut être un moteur, mais l’anxiété est un frein qui vous empêche de voir l’avenir avec optimisme.
Pas de réponse à l’emporte pièce pour un sujet sérieux
Comme pour la précarité stable il n’y a pas de réponse simple à l’anxiété permanente. Tout ce que vous pouvez faire est apprendre à vivre avec et à vous en protéger.
Je ne vais pas vous dire de vous mettre à la méditation, au yoga et au sport. Pas parce que c’est une bonne idée, mais parce que vous n’êtes pas sur un blog de développement personnel.
Tout ce que je peux vous dire est que vous n’êtes pas seul ! L’anxiété est une maladie sociétale qui touche autant collaborateurs que managers et dirigeants. En fait, les managers sont mêmes les plus touchés selon le baromètre T4 opinionway – empreinte humaines sur l’état psychologique des salariés. À la sortie du second confinement, 49 % des salariés interrogée s’estimaient en détresse psychologique contre 58 % des managers. En plus selon l’iNVS (Institut National de Veille Sanitaire) les managers ayant 2 fois plus à risque de burn-out que les non-managers.
Sans parler de la montrée du syndrome de l’imposteur qui toucherait 7 salariés sur 10 qui rajoute une petite couche de stress via la peur d’être « démasqué ».
Maintenant c’est à vous d’adresser cette anxiété provenant de l’inquiétude de demain mais ce n’est pas tout, la fragilité a un autre élément qui existe depuis quelques années mais qui s’est révélé encore plus vrai pendant la pandémie : la perte de sens due au fractionnement non linéaire de notre activité et de nos vies professionnelles et personnelles.
Fractionnement non-linéaire (fragilité de nos carrières)
Je n’ai pas besoin d’aller bien loin pour trouver une illustration de ce 3eme élément de la fragilité ! Il suffit de regarder nos vies professionnelles et personnelles qui sont fractionnées en périodes de plus en plus courtes.
Terminé la simplicité des vies linéaires divisées verticalement en 3 avec une première partie consacrée aux ‘’études’’, la seconde au ‘’travail’’, et la dernière à la ‘’retraite’’ en fonction que vous soyez sur vos quatre jambes, deux jambes ou trois jambes comme le demandait le sphinx à Œdipe.
Dans ce schéma vos études vous amenaient à 40 ans, votre expérience vous amen
ait à 50 ans et vos amis vous amenaient à la retraite.

Il faut désormais avoir une vue plus verticale et fractionnée de nos vies pro et perso. D’abord parce que la formation dure toute sa vie. Ensuite parce que notre parcours est un enchainement d’événements qui peut être découpés en périodes actives de travail, à temps complet ou à mi-temps, en périodes d’inactivités plus ou moins voulues et subies.

Je précise car l’Inactivité professionnelle peut-être voulue si vous prenez un congé sabbatique, si vous démissionnez pour faire le tour du monde ou si vous décidez de vous former pour évoluer ou changer de carrière comme 66% des français qui y aspirent.
Subit si vous êtes au chômage. Mais bon, il faut se méfier car être au chômage n’est plus toujours subit.
Selon le baromètre opinion way / empreinte humaine, 42 % des salariés estiment que leur travail ne les intéresse plus et 35 % pensent désormais que leur job n’est pas porteur de sens. Et cette recherche de sens pousse de plus en plus de monde à changer de voie, de secteur, de statut et de métier en passant de salarié à entrepreneur ou d’étudiant à voyageur. Au point où il faudrait d’avantage parler de playlist que de parcours professionnel.

Et cette non-linéarité de nos carrières est de moins en moins contrecarrée par les recruteurs. Malgré que ces derniers continuent encore à chercher des candidats qui ont déjà occupés le même boulot avant et ailleurs.
Expliquer la non-linéarité ?
La non-linéarité peut s’expliquer de deux façons.
D’abord mathématiquement, elle démontre que si vous doublez les doses de quelque chose cela n’en doublera pas les effets. Prendre deux fois la dose d’un médicament ne vous fera pas guérir deux fois plus vite et recruter 2 fois plus de salariés ne multipliera par 2 votre résultat.
La seconde démonstration de la non linéarité se retrouve dans la notion de ruptures (ou disruption). Dans un monde non-linéaire, cause et effet sont déconnectés ou disproportionnés. contrairement à un monde linéaire dans lequel A entraîne B.
Pour reprendre l’exemple de nos carrières, quand un chômeur cherche un emploi, c’est logique, linéaire et ça fait baisser les chiffres du chômage, alors que dans un monde non-linéaire vous trouvez des chômeurs qui profitent des allocations pour créer leur entreprise et des salariés qui ont des sites de e-commerce. Et si ces profils sont encore rares au moment où j’écris ces lignes, ils le sont de moins en moins.
Et si vous voulez un exemple d’effet disproportionné entre causes et effets allez faire un tour sur le marché de Wuhan.
Paradoxes extrêmes (fragilité de notre expérience)
Vous l’avez compris, l’expérience est utile quand vous faites face à une situation que vous avez déjà rencontrée ou qui s’en approche.
Mais que ce passe-t-il quand ?
- la situation est tellement nouvelle et inconcevable, genre la planète qui ferme, ou;
- tellement paradoxale que deux événements antinomiques et concomitants adviennent comme ces entreprises qui licencient tout en recrutant comme l’explique Jack Conte le patron de Patreon lorsqu’il publie sur sa chaine youtube 2 vidéos espacées de 2 semaines. Dans la première il annonce avoir levé 150 millions de dollars. Dans la seconde, l’ai attristé, il explique avoir licencié 36 salariés. (Vidéo ci-dessous).
Ici le danger émotionnel est de se sentir submergé ou découragé à tenter de donner un sens à des événements ou des situations qui n’ont pas solution claire et tranchée, ou pas de solution du tout.
Accepter tout et son contraire en même temps
En plus, dans ces paradoxes extrêmes, les solutions d’hier sont devenues les problèmes d’aujourd’hui comme peut l’être le nucléaire qui est la solution énergétique choisies dans les années 60, qui reste l’énergie la plus propre et en même temps la plus dangereuse.
Et nous sommes tous concerné par ces paradoxes extrêmes quand professionnellement il faut reconnaître que nous sommes un peu perdus et pourtant devons donner une direction à notre équipe.
Autre paradoxe, il faut être compétent et performant mais ça ne suffit plus !
Vous devez :
- être performant ET rester authentique,
- être performant ET accepter vos limites ;
- faire votre job ET mobiliser un nombre de soft-skills qui n’a jamais été aussi important qui qui vont de l’empathie à la collaboration, de la créativité à la résolution de problème.
- être créatif ET entrer dans les valeurs rigides de votre entreprise
Oui, le mon de du ET dont je vous est déjà parlé .
En conclusion, ce n’est que le début du monde de la fragilité
Nous y voilà. VUCA n’était qu’une introduction au monde de la fragilité et BANI, qu’une proposition de réponse.
Nous allons enfin pouvoir entrer dans le vif du sujet !
La précarité, l’anxiété, le fractionnement non linéaire et les paradoxes extrêmes sont devenus la norme. La fragilité de nos environnements professionnels n’est plus une simple hypothèse de travail, mais une réalité quotidienne.
Il va devenir crucial de repenser nos approches en matière de management et de leadership. Cette nouvelle ère exige bien d’avantage qu’une agilité sans précédent, une capacité à naviguer dans l’incertitude et d’embrasser le changement !
- Elle demande de faire le deuil de ce que nous avons accepté professionnellement pour avoir une carrière qui se tient dans la durée.
- Elle demande d’accepter que les solutions d’hier font les problèmes d’aujourd’hui.
- Elle demande de comprendre que notre inquiétude est partagée avec nos collègues, managers et collaborateurs.
- Elle demande de passer d’une management du développement au management régénératif.
C’est pourquoi, à travers les articles à venir, nous explorerons en profondeur chaque aspect de cette fragilité et proposerons des stratégies concrètes pour y faire face.
Le premier article de cette série se penche sur la « précarité stable », une réalité où nos compétences et nos positions peuvent devenir obsolètes presque du jour au lendemain. Ce phénomène soulève des questions essentielles sur la manière dont nous envisageons la formation continue, l’adaptabilité et la gestion de carrière. En le lisant, vous découvrirez des insights cruciaux et des solutions pratiques pour rester compétent et pertinent dans un paysage professionnel en rapide évolution.
Ensuite, nous aborderons le concept d’« anxiété permanente » et son impact sur notre bien-être au travail. Dans cet article, nous explorerons les façons de distinguer l’anxiété du stress et d’appréhender les émotions négatives associées à l’incertitude. Nous y discuterons également des stratégies pour construire un environnement de travail plus sain et résilient. C’est une lecture incontournable pour tous ceux qui cherchent à comprendre et à gérer les défis émotionnels dans un monde professionnel en mutation.
Le troisième article de la série se concentrera sur le « fractionnement non linéaire » de nos carrières et vies professionnelles. Dans ce monde où les chemins professionnels ne suivent plus une trajectoire linéaire et prévisible, nous devons apprendre à naviguer à travers des périodes de changements rapides et souvent imprévus. Cet article explorera comment les individus et les organisations peuvent s’adapter à ces ruptures, en mettant l’accent sur la flexibilité, l’innovation et la reconversion professionnelle. Vous y trouverez des conseils pratiques pour gérer et tirer parti de la nature fragmentée de la carrière moderne, permettant ainsi une évolution professionnelle plus dynamique et enrichissante.
Enfin, notre série se clôturera avec un article dédié aux « paradoxes extrêmes » et à la manière dont ils affectent notre expérience et notre perception du monde du travail. Dans cet environnement complexe où les contradictions abondent, il est essentiel de développer une capacité à accepter et à naviguer à travers ces paradoxes. Cet article vous fournira des stratégies pour gérer ces contradictions apparentes et pour trouver un équilibre entre les différentes exigences et attentes du monde professionnel actuel. Vous y découvrirez comment maintenir l’équilibre entre compétence et authenticité, performance et limitation personnelle, tout en restant fidèle à vos valeurs et objectifs professionnels.
Ces articles ne sont pas seulement informatifs, ils sont conçus pour vous équiper des outils nécessaires pour naviguer avec succès dans le paysage complexe de la fragilité professionnelle. Chaque article est un pas de plus vers une compréhension plus approfondie et une meilleure management de la réalité fluctuante de nos carrières et de nos vies professionnelles.
Restez à l’écoute pour ces lectures essentielles qui vous aideront à transformer les défis en opportunités de croissance et d’innovation.





