table de mixage pour mesurer l'engagement

Votre score d’engagement mesure la prudence, pas le travail

Mesurer l’engagement des collaborateurs compte parmi les rituels les mieux installés des CODIR. Les dirigeants suivent ce chiffre de près, le comparent d’une campagne à l’autre et s’appuient sur lui pour arbitrer des budgets et des plans d’action. Ils ont raison de le prendre au sérieux, et c’est justement son poids dans les décisions qui oblige à regarder ce qu’il compte.

table de mixage pour mesurer l'engagement

Le point faible se situe dans ce qui est compté. Les dispositifs en usage comptent des personnes et leurs déclarations, à un instant donné, sur une échelle graduée. Une déclaration renseigne surtout sur ce qu’un collaborateur accepte de dire à son employeur, dans un contexte où dire autre chose comporte un risque.

Je propose de changer ce qui est compté. L’engagement devient observable au moment précis où fournir l’effort minimal était possible et défendable. Cet article identifie cette unité, décrit comment la relever sur des traces existantes, et montre ce qu’elle déplace dans un tableau de bord de direction.

Ce que le champ compte Pourquoi ce compte déçoit Ce qu’il faut compter
Des déclarations agrégéesMesurer l’engagement des collaborateurs consiste aujourd’hui à recueillir des opinions sur une échelle graduée, par enquête annuelle, sondage rapproché ou indice de recommandation. L’unité comptée reste la personne et sa déclaration. Une réponse stratégiqueRépondre à une enquête interne engage son auteur, qui évalue ce que sa réponse va déclencher pour son équipe. Augmenter la fréquence rafraîchit la donnée sans modifier le calcul qui la produit. Les occasions de faire moinsL’engagement devient observable au moment où fournir l’effort minimal était possible et défendable. Compter ces moments et ce qui s’y produit relie le chiffre à une décision managériale précise.

Ce que les enquêtes d’engagement mesurent réellement

Les quatre instruments dominants, le baromètre social, l’enquête annuelle, le sondage à fréquence rapprochée et l’eNPS, recueillent tous une déclaration formulée hors situation. Ils renseignent sur le climat déclaré et sur la disposition affichée à recommander son employeur. Aucun n’observe un comportement au moment où une décision d’effort se joue.

Les quatre instruments en usage et ce qu’ils captent

Chaque instrument a été conçu pour une question précise, et chacun répond correctement à cette question. La difficulté apparaît quand le résultat obtenu sert à répondre à une autre question, celle de la disposition réelle d’une équipe à faire plus que le minimum exigible.

Cette confusion prolonge celle que je décris dans mon analyse de la fin des méthodes de motivation, où le vocabulaire de la motivation sert déjà à désigner des objets très différents.

InstrumentQuestion à laquelle il répondCe qu’il ne peut pas dire
Baromètre social annuelComment le climat perçu évolue-t-il d’une année sur l’autreCe qu’une personne fait quand un relâchement passerait inaperçu
Enquête d’engagementQuels facteurs corrèlent avec la satisfaction déclaréeLa différence entre une satisfaction et une disposition à agir
Sondage à fréquence rapprochéeComment une perception bouge sur quelques semainesSi le mouvement vient du travail ou du contexte de passation
eNPSQuelle proportion de salariés recommanderait l’employeurLa qualité du travail fourni par ceux qui recommandent

Le tableau montre une régularité. Les quatre instruments portent sur une opinion à propos du travail, et aucun ne porte sur le travail lui-même. Une direction qui cherche à savoir ce que produit son organisation quand personne ne regarde consulte donc des données qui ne portent pas sur cet objet.

Le biais que la fréquence ne corrige pas

La réponse dominante du marché aux limites de l’enquête annuelle consiste à interroger plus souvent. Un sondage hebdomadaire corrige la fraîcheur de la donnée mais laisse intact le mécanisme qui produit la réponse, puisqu’un collaborateur répond toujours en évaluant ce que sa réponse va déclencher.

Ce calcul est rationnel et rarement conscient. Une note basse attire l’attention du management sur l’équipe, déclenche un plan d’action et consomme du temps de réunion. Une note haute achète la tranquillité. La réponse médiane haute devient le comportement le moins coûteux, quel que soit l’état réel du travail.

L’anonymat atténue ce mécanisme sans le supprimer, parce qu’une petite équipe reste identifiable par son score agrégé. Augmenter la fréquence multiplie donc les occasions d’appliquer ce calcul, et lisse la courbe au lieu de la rendre sincère.

Pourquoi l’eNPS répond à une autre question

L’eNPS transpose au salarié une question conçue pour le client : recommanderiez-vous cette entreprise à un proche. La recommandation dépend de l’image de l’employeur, du marché de l’emploi local et de la fierté d’appartenance. Ces trois facteurs bougent sans qu’aucun comportement de travail ne change.

Un salarié peut recommander sincèrement son entreprise à un ami tout en ayant cessé depuis six mois de signaler les anomalies qu’il repère. Il peut aussi refuser de la recommander, à cause d’une politique salariale qu’il juge injuste, et continuer à tenir son poste avec une exigence entière.

L’eNPS reste utile pour piloter une marque employeur et pour anticiper une difficulté de recrutement. Le confondre avec une mesure de l’engagement revient à juger la qualité d’un restaurant sur le nombre de clients qui en parlent, sans jamais goûter les plats.

L’engagement ne devient observable que là où faire moins était possible

Un comportement ne révèle une disposition que lorsqu’un autre comportement était disponible. Là où la tâche reste entièrement prescrite, surveillée et contrainte par un délai externe, la conformité observée ne dit rien de la personne. La condition préalable à toute mesure d’engagement tient donc à l’existence d’une latitude.

Du principe du moindre effort à l’observation du travail

Le principe du moindre effort a reçu l’une de ses premières formulations explicites sous la plume de l’historien et sociologue italien Guglielmo Ferrero, qui signe Guillaume Ferrero un article sur l’inertie mentale et la loi du moindre effort paru en 1894 dans la Revue philosophique de la France et de l’étranger. Ferrero y décrit un esprit humain qui, une fois mis en mouvement, cherche à accomplir l’effort mental le plus petit possible.

Le linguiste américain George Kingsley Zipf a donné à ce principe sa forme la plus connue en 1949, dans Human Behavior and the Principle of Least Effort, en l’appliquant à des objets aussi éloignés que la fréquence des mots d’une langue et la taille des villes d’un pays. Le principe décrit donc une économie de la dépense, et la paresse n’y joue aucun rôle.

Cette économie fournit une clé de lecture précieuse pour le travail. Un collaborateur qui dépense plus que le minimum exigible pose un acte coûteux qui demande une explication. Cette dépense supplémentaire constitue le seul signal d’engagement qui ne dépende d’aucune déclaration.

L’ergonomie francophone a produit la distinction qui complète ce raisonnement, entre le travail prescrit, décrit dans la fiche de poste, et le travail réel, celui qui se fait vraiment pour que le résultat sorte. L’écart entre les deux est la zone dans laquelle une personne choisit son niveau de dépense.

Ce que Meyer et Allen ont établi, et ce qu’ils n’ont pas mesuré

La recherche de référence sur l’attachement à l’organisation vient des psychologues John Meyer et Natalie Allen, qui ont proposé en 1991 une conceptualisation de l’engagement organisationnel en trois composantes : affective, quand la personne reste par désir, normative, quand elle reste par obligation morale, et de continuité, quand elle reste parce que partir coûterait trop cher.

Cette distinction rend un service considérable. Elle explique pourquoi deux collaborateurs qui affichent une même fidélité produisent des comportements opposés dès qu’un arbitrage difficile survient, et pourquoi un faible taux de départ peut signaler un marché de l’emploi fermé plutôt qu’une organisation saine.

Ce modèle porte sur l’attachement à l’organisation, notion voisine de l’engagement dans le travail sans se confondre avec lui. Les échelles qui l’accompagnent restent déclaratives, puisqu’elles reposent sur le degré d’accord avec des affirmations. Meyer et Allen relient chaque composante à des comportements au travail, et la mesure passe pourtant toujours par ce que la personne dit de son attachement, format que les enquêtes d’entreprise ont repris sans le discuter.

La latitude réelle des salariés français, chiffrée

La condition de latitude n’a rien d’une abstraction, elle se chiffre. Une partie substantielle des salariés français travaille dans un cadre où la décision d’effort ne leur appartient pas, et leur score d’engagement mesure alors la contrainte subie plutôt que la disposition personnelle.

Dans un Insee Première consacré à l’autonomie des salariés dans leurs horaires, l’Insee relève, sur les données de l’enquête Emploi 2019, que 39 % des salariés déclarent pouvoir décider de l’horaire de début ou de fin de leur journée, et que 61 % peuvent interrompre leur travail une ou deux heures pour une raison personnelle. Un groupe représentant 34 % des salariés reste très contraint dans l’organisation de son temps de travail, avec une surreprésentation des aides-soignants, des infirmiers, des professeurs des écoles, des conducteurs routiers et des serveurs.

Ces chiffres portent sur l’organisation du temps plutôt que sur la méthode de travail, et ils donnent malgré tout un ordre de grandeur. Pour une part importante des équipes, l’occasion de choisir son niveau d’effort ne se présente presque jamais dans la journée, et toute mesure d’engagement appliquée à ces équipes compare des situations qui ne sont pas comparables.

La conséquence est directe pour une direction. Avant de comparer deux services sur un score, vérifiez que les deux disposent d’une latitude équivalente, sinon le classement obtenu reflète la prescription du métier davantage que la qualité du management.

Le cordon d’arrêt de NUMMI, une occasion construite par l’organisation

L’usine NUMMI de Fremont, en Californie, coentreprise de General Motors et de Toyota, montre qu’une organisation peut créer des occasions de faire plus que le minimum. Ses ouvriers venaient de l’ancienne usine General Motors du même site, réputée pour sa mauvaise qualité, et le système de production de Toyota a rendu le signalement des défauts attendu et reconnu.

John Shook, recruté par Toyota pour concevoir la formation des équipes américaines de la coentreprise, a raconté cette transformation dans son analyse des leçons culturelles de NUMMI publiée par la MIT Sloan Management Review. Chaque opérateur avait l’obligation d’arrêter la chaîne dès qu’il repérait un problème, et la chaîne s’immobilisait à un point fixe une fois la décision prise par le chef d’équipe.

Laisser passer un défaut aurait été invisible et sans conséquence pour l’opérateur, alors que le signaler coûtait du temps et attirait l’attention. Selon Shook, la qualité de l’usine, la pire du réseau General Motors, est devenue la meilleure en un an avec exactement les mêmes ouvriers, dont les anciens fauteurs de troubles.

Ce cas américain ne se transpose pas directement au contexte français, et il montre pourtant le mécanisme à l’état pur : l’engagement observé dépend des occasions que l’organisation crée et de la reconnaissance qu’elle accorde à ceux qui les saisissent.

L’occasion de moindre effort, l’unité qui rend l’engagement observable

Une occasion de moindre effort est un moment identifié où un collaborateur pouvait légitimement fournir l’effort minimal sans qu’aucun reproche ne soit possible. L’engagement se lit alors dans la part de ces occasions où la personne a dépensé davantage, relevée par équipe et par trimestre, sur des traces existantes.

Définition, unité de compte et lignée du cadre

Le déplacement porte sur l’objet compté. Le champ compte des personnes et leurs déclarations, ce cadre compte des situations et ce qui s’y produit. Une même personne peut saisir une occasion en mars et la laisser passer en juin, et cette variation porte plus d’information que sa note annuelle.

Le cadre

L’occasion de moindre effort

Moment identifié où un collaborateur pouvait légitimement fournir l’effort minimal sans qu’aucun reproche ne soit possible, et dont la part saisie mesure l’engagement d’une équipe sur un trimestre.

L’unité de compte est la situation de travail. Une occasion appartient à l’équipe qui la traverse, elle se relève sur des traces existantes, et elle se lit toujours accompagnée de son dénominateur, le nombre d’occasions identifiées sur la période.

Deux seuils de lecture accompagnent le cadre, proposés comme conventions d’usage. Moins d’une occasion par personne et par trimestre signale un travail trop prescrit pour que la mesure ait un sens. Une part inférieure à une occasion sur trois signale une équipe installée en régime de conformité.

Cadre de Benjamin Chaminade, construit sur le principe du moindre effort tel que formulé par Guillaume Ferrero en 1894 et sur la distinction entre travail prescrit et travail réel issue de l’ergonomie francophone.

La lignée du cadre est double et je l’identifie plutôt que de la laisser implicite. Le principe du moindre effort de Guillaume Ferrero fournit le mécanisme de base, et la distinction de l’ergonomie francophone entre travail prescrit et travail réel fournit la zone dans laquelle l’occasion se produit.

Ce que ces deux lignées ne portent pas, et qui constitue l’apport propre du cadre, tient en trois éléments : une unité de compte discrète et dénombrable, une période de relevé, et un dénominateur publié qui rend l’indicateur interprétable. Sans ce dénominateur, la part obtenue reste un chiffre sans signification.

Comment relever une occasion de moindre effort en cinq étapes

Le relevé se conduit sur un trimestre écoulé, à partir de documents que l’entreprise possède déjà. Aucune question n’est posée aux collaborateurs, ce qui supprime le calcul stratégique qui pollue les réponses déclaratives et retire au dispositif tout caractère de contrôle individuel.

  1. Identifier les occasions. Repérer les moments où un relâchement serait passé inaperçu : une absence de collègue non remplacée, une consigne ambiguë, une réclamation arrivée hors créneau, un défaut repéré hors de son périmètre et une échéance déjà tenue d’avance.
  2. Vérifier la légitimité du retrait. Une situation ne compte comme occasion que si fournir le minimum aurait été défendable devant un responsable. Écarter les cas où le minimum aurait exposé la personne à une sanction, puisque la contrainte y remplace le choix.
  3. Relever ce qui s’est produit, à partir des traces disponibles : comptes rendus de réunion, tickets de support, historiques de livraison, registres de réclamation ou journaux de modification.
  4. Calculer la part. Diviser le nombre d’occasions où la dépense supplémentaire a eu lieu par le nombre d’occasions identifiées, équipe par équipe, sans jamais descendre au niveau individuel.
  5. Publier le dénominateur avec la part. Le nombre d’occasions identifiées porte autant d’information que le résultat, puisqu’une équipe qui n’en produit aucune travaille sous prescription totale.

Le premier relevé demande le plus de temps, parce qu’il faut construire la grille d’occasions propre à l’équipe. Les suivants vont plus vite une fois cette grille stabilisée, et la charge se limite alors à relire des traces déjà produites, sans questionnaire à concevoir, à diffuser ni à dépouiller.

Le seuil de lecture et ce qu’il déclenche

Je propose deux seuils de lecture, présentés comme des conventions d’usage plutôt que comme des résultats d’enquête validés. Le premier porte sur le dénominateur, donc sur le nombre d’occasions identifiées, le second sur la part effectivement saisie, et chacun déclenche une décision managériale de nature différente.

Moins d’une occasion identifiée par personne et par trimestre indique une prescription trop complète pour qu’une mesure d’engagement ait un sens. La décision qui suit porte sur la conception du travail, en ouvrant des marges de décision, avant toute action sur la motivation.

Une part inférieure à une occasion sur trois indique une équipe installée en régime de conformité. La décision qui suit porte sur le manager direct et sur ce que son équipe a appris des dernières fois où quelqu’un a dépensé plus que le minimum, puisque cette dépense se répète uniquement quand elle a produit un effet visible.

Ce que cette unité déplace dans vos tableaux de bord

Adopter cette unité rétrograde plusieurs indicateurs familiers au rang d’informations de contexte, et interdit certains usages devenus courants, la comparaison entre entreprises en premier lieu. Le gain porte sur la capacité à relier un chiffre à une décision managériale identifiable.

Ce que mesurer l’engagement des collaborateurs devrait vouloir dire

Mesurer l’engagement des collaborateurs revient à répondre à une question unique : que fait cette équipe quand faire moins aurait été sans conséquence. Toute réponse à cette question exige l’observation d’un comportement dans une situation datée, et aucune échelle d’accord ne produit cette réponse.

Ce déplacement a un prix que j’identifie sans le contourner. Une entreprise qui adopte cette unité perd la comparaison avec son secteur, puisque personne d’autre ne relève les mêmes occasions. Elle perd aussi la courbe lisse que le CODIR appréciait, remplacée par une série de nombres entiers parfois petits.

Elle gagne en échange un chiffre dont la variation désigne une cause. Une part qui chute d’un trimestre sur l’autre renvoie à des situations précises, relisibles en réunion, plutôt qu’à une note globale dont la baisse ne désigne aucune situation précise.

Ce que le taux d’absentéisme mesure réellement

L’absentéisme sert souvent d’indicateur de repli quand l’enquête déçoit. Il mesure une conjonction de facteurs de santé, de pyramide des âges, de pénibilité du poste et de politique de contrôle, et l’engagement n’y intervient que comme une composante parmi d’autres.

Selon les données les plus récentes disponibles, 32 % des salariés du privé ont connu au moins un arrêt de travail sur une année, pour un taux d’absentéisme de 4,3 %. Lire dans ce taux le niveau d’engagement d’une population revient à confondre un symptôme collectif avec une disposition individuelle.

L’absentéisme garde toute sa valeur comme indicateur de santé au travail et comme signal d’alerte sur des conditions d’exercice. Le placer dans la colonne engagement d’un tableau de bord produit des décisions qui manquent leur cible, par exemple une campagne de reconnaissance là où un poste use physiquement.

Le niveau d’agrégation qui reste valide

La part d’occasions saisies se lit au niveau de l’équipe et du trimestre, jamais au niveau de l’individu ni de l’entreprise entière. Le niveau individuel transformerait l’outil en dispositif de surveillance, et le niveau entreprise mélangerait des métiers dont la latitude diffère du tout au tout.

Cette contrainte d’agrégation appartient au cadre lui-même et précède toute précaution d’usage. Une occasion de moindre effort naît d’une situation de travail collective, elle appartient à l’équipe qui la traverse, et l’attribuer à une personne reviendrait à nier ce qui la rend observable.

Pour un CODIR, la lecture utile consiste à classer les équipes par dénominateur avant de les classer par part. Une équipe à fort dénominateur et faible part appelle un travail managérial, une équipe à dénominateur nul appelle une refonte de la conception du travail. Cette refonte passe par une part de capacité réservée à un travail sans résultat prescrit, mécanisme détaillé dans l’article de référence sur le leadership créatif et sa ligne intouchable.

Enquête annuelle, sondage rapproché ou relevé d’occasions : lequel choisir

Trois dispositifs coexistent et répondent à trois besoins distincts. L’enquête annuelle alimente un dialogue social et une communication interne, le sondage à fréquence rapprochée suit une perception dans le temps, et le relevé d’occasions produit une décision managériale localisée. Le choix dépend de ce que votre CODIR fera du résultat.

Les trois dispositifs face à leur usage réel

Le tableau ci-dessous compare les trois dispositifs sur leur coût, sur la décision qu’ils permettent de prendre et sur le contexte qui les justifie. Un dirigeant gagne à choisir en partant de la décision attendue, plutôt qu’en partant de l’outil que son éditeur de logiciel lui propose déjà.

DispositifCe qu’il coûteLa décision qu’il permetQuand le choisir
Enquête annuelleLa conception du questionnaire, le dépouillement, la restitution et une attente forte de suites visiblesOrienter une politique interne et nourrir un dialogue avec les représentants du personnelOrganisation de grande taille, obligation de rendre compte, besoin de comparaison sectorielle
Sondage à fréquence rapprochéeUn abonnement logiciel et une lassitude qui monte à chaque relanceDétecter un décrochage rapide sur une population identifiéePériode de transformation, fusion en cours ou déménagement de site
Relevé d’occasionsLa construction d’une grille d’occasions par équipe, puis une relecture trimestrielle des traces existantesAgir sur la conception du travail ou sur la pratique d’un manager directÉquipes autonomes, volonté de relier le chiffre à une décision précise

Les trois dispositifs se combinent sans se contredire. Une entreprise peut conserver son enquête annuelle pour le dialogue social et ajouter un relevé d’occasions sur trois équipes pilotes, à condition de ne jamais additionner les deux résultats en un score unique.

Les quatre signaux qui désignent le dispositif adapté

Quatre signaux se vérifient sur des documents existants et suffisent à trancher sans étude préalable. Ils portent sur ce que votre entreprise a déjà fait de ses mesures passées, un indice plus fiable que ses intentions pour les prochaines.

  • Le sort des plans d’action issus de la dernière enquête. Comptez ceux qui ont produit un changement visible, un score sans suite signale un dispositif devenu rituel.
  • Le taux de participation à la dernière campagne, et surtout son évolution sur trois éditions. Une participation qui s’effrite mesure la crédibilité du dispositif avant de mesurer l’engagement.
  • L’écart de latitude entre vos métiers. Si vos équipes travaillent sous des niveaux de prescription très différents, un score unique produira un classement trompeur.
  • La disponibilité de traces exploitables : comptes rendus tenus, tickets horodatés ou registres de réclamation. Sans ces traces, le relevé d’occasions demande d’abord un travail de documentation.

Deux signaux dégradés sur quatre justifient un relevé d’occasions sur quelques équipes, en complément du dispositif existant. Quatre signaux dégradés indiquent que la mesure actuelle a perdu sa fonction, et le budget qu’elle consomme se réinvestit avantageusement ailleurs.

Ce que chaque dispositif coûte au-delà de sa facture

Le coût visible d’une mesure d’engagement tient dans la licence logicielle et dans le temps de traitement. Le coût invisible tient dans la promesse implicite faite aux répondants, puisque toute question posée engage celui qui la pose à faire quelque chose de la réponse.

Une entreprise qui interroge ses collaborateurs trois fois par an sans rien changer entre deux campagnes entretient une déception organisée. Le relevé d’occasions échappe à ce coût pour une raison mécanique : personne n’est interrogé, donc personne n’attend de retour.

En contrepartie, le relevé d’occasions impose un coût que les enquêtes n’ont pas. Il oblige à décrire précisément le travail réel de chaque équipe, exercice que beaucoup de directions découvrent en le faisant, et qui révèle des écarts de prescription jamais discutés jusque-là.

Avant de mesurer, sachez ce que vous mesurez

Votre dispositif actuel confond motivation et engagement ? Reprenez la distinction à la racine et découvrez pourquoi remplacer la motivation par l’engagement change la nature de ce que vous pilotez.

Comment je peux vous aider à mesurer l’engagement autrement

J’interviens sur deux besoins distincts : installer le relevé d’occasions sur quelques équipes pilotes avec les personnes qui le tiendront ensuite, et remettre à plat un dispositif de mesure existant que le CODIR suit de près sans parvenir à le relier à une décision. Les deux partent de vos documents plutôt que d’un questionnaire neuf.

L’atelier d’installation du relevé d’occasions

L’atelier réunit les managers de trois équipes pilotes et construit avec eux la grille d’occasions propre à leur travail réel. La sortie prend la forme d’une grille utilisable en autonomie, d’un premier relevé effectué en séance et d’un calendrier de répétition trimestrielle.

Cet atelier produit souvent un effet secondaire utile. Décrire les occasions oblige les managers à formuler ce qu’ils attendent vraiment, et plusieurs découvrent en séance que leurs équipes n’avaient jamais reçu cette information autrement que par allusion.

La revue critique de votre dispositif existant

La revue examine vos trois dernières campagnes, le sort réel des plans d’action qui en sont sortis et l’usage fait des résultats en CODIR. Elle rend un avis tranché sur ce qui se conserve, ce qui se supprime et ce qui se remplace, avec l’économie budgétaire correspondante.

J’anime également ce contenu en conférence devant un CODIR élargi ou une communauté de managers, quand l’enjeu consiste d’abord à faire admettre qu’un score élevé peut accompagner une organisation qui s’éteint. Le format se cale sur votre convention annuelle ou sur votre séminaire de direction.

En conclusion, comptez les occasions plutôt que les opinions

Une organisation obtient les mesures qu’elle sait produire. Tant que l’unité comptée reste la déclaration d’une personne à un instant donné, le chiffre obtenu décrira la prudence des répondants et la réputation de l’employeur, deux objets respectables qui ne disent rien de ce que produit le travail.

L’occasion de moindre effort déplace le compte vers les situations. Elle demande un travail de description plus exigeant, elle retire le confort du benchmark, et elle rend chaque variation interprétable par la personne qui peut agir dessus.

Mesurer l’engagement des collaborateurs devient alors une opération simple à énoncer : identifiez les moments où faire moins aurait été sans conséquence, comptez ce qui s’y est passé, et publiez le dénominateur avec le résultat. Une équipe qui ne produit aucune de ces occasions vous a déjà répondu.

La série sur l’engagement

Neuf articles qui se lisent dans l’ordre, de la fin des méthodes de motivation à la mesure de l’engagement, jusqu’à ses limites et à la crise qu’il traverse.

  1. Remplacer la motivation par l’engagement, le pilier de la série
  2. La fin des méthodes de motivation, le point de départ
  3. Mesurer l’engagement des collaborateurs, l’unité de mesure Vous êtes ici
  4. Crédibilité managériale, la condition de l’engagement
  5. Les valeurs de sa marque managériale, ce sur quoi l’engagement se fixe
  6. Conférence : l’engagement des collaborateurs, nouvel enjeu commercial, l’enjeu commercial
  7. Droit à la déconnexion, où en sommes-nous, la limite de l’engagement
  8. Unbossing et conscious unbossing, la réponse organisationnelle
  9. Le management face à la crise de l’engagement, la passerelle vers la série des sept crises

Questions fréquentes sur la mesure de l’engagement des collaborateurs

Quels indicateurs utiliser pour mesurer l’engagement des collaborateurs ?

Les indicateurs déclaratifs comme l’eNPS ou l’enquête annuelle renseignent sur le climat perçu et sur la marque employeur. Pour observer un comportement, relevez la part des occasions où faire le minimum aurait été possible et où la personne a fait davantage, par équipe et par trimestre.

L’eNPS est-il un bon indicateur d’engagement ?

L’eNPS mesure la disposition à recommander son employeur, laquelle dépend de l’image de l’entreprise et du marché de l’emploi local. Il pilote utilement une marque employeur. Il ne renseigne pas sur la qualité du travail fourni par ceux qui recommandent.

À quelle fréquence faut-il interroger les collaborateurs ?

Augmenter la fréquence rafraîchit la donnée sans corriger le calcul stratégique du répondant, qui évalue ce que sa réponse va déclencher. Interroger plus souvent sans rien changer entre deux campagnes dégrade la participation et la crédibilité du dispositif.

Le taux d’absentéisme reflète-t-il l’engagement des salariés ?

L’absentéisme combine des facteurs de santé, de pyramide des âges, de pénibilité du poste et de politique de contrôle. Il constitue un indicateur de santé au travail précieux. Le placer dans la colonne engagement conduit à des décisions qui manquent leur cible.

Peut-on mesurer l’engagement d’une équipe très encadrée ?

Là où la tâche est entièrement prescrite et surveillée, la conformité observée ne révèle aucune disposition personnelle. La première action porte alors sur la conception du travail, en ouvrant des marges de décision, avant toute mesure et avant toute action sur la motivation.