Le shift désigne le décalage qui permet d’inventer le futur plutôt que d’améliorer le présent. Faites une liste des sujets tendances qui occupent la presse spécialisée depuis quelques années : disruption, travail à distance, intelligence artificielle, nouvelles attentes au travail et VUCA. Tous ces sujets supposent un avant et un après, et nous pressent de nous adapter au monde d’après, comme certains l’appellent.

Ces shifts, ou décalages, sont des événements, des technologies ou des découvertes qui créent une disruption. Ils illustrent les changements que vivent nos sociétés et auxquels nous devrons nous adapter. Dans cet article, je vous explique comment je lis ces décalages et comment je propose de les provoquer plutôt que de les subir.

Le réflexe Ce qu’il produit Le shift
Améliorer l’existantFace aux ruptures, le réflexe dominant consiste à améliorer le présent et à copier ce qui fonctionne ailleurs. Le shift propose une autre voie : inventer le futur en provoquant un décalage volontaire. Des organisations qui se ressemblentL’amélioration continue et l’imitation produisent de la performance puis de l’excellence, mais rarement de la différence. Les concurrents finissent par appliquer les mêmes recettes au même moment. Un décalage choisi et mesuréLe shift repose sur une culture de la surprise, la recherche de différence au-delà de l’excellence et une prise de risque mesurée, appliquées à des tendances qui ont un sens concret pour l’entreprise.

Qu’est-ce que le shift en entreprise

Le shift est un décalage volontaire qui pousse une entreprise à inventer son futur au lieu d’améliorer son présent. Il part des ruptures en cours, technologiques, sociales ou économiques, et cherche l’écart qui différencie vraiment. Il dépasse la gestion du changement, puisqu’il provoque la rupture au lieu de l’accompagner après coup.

Inventer le futur plutôt qu’améliorer le présent

Inventer le futur suppose de questionner ses pratiques avant que le marché ne le fasse à votre place. Je propose quatre gestes simples à toute organisation qui veut sortir du confortable copier-coller : questionner, s’immerger dans le changement, trier les tendances et imaginer son propre décalage. Chacun de ces gestes prépare le suivant.

Je vous propose de :

  • Challenger vos pratiques pour consolider votre stratégie de développement, par exemple lors d’un atelier d’innovation et de visual thinking.
  • Entrer dans un environnement où le changement et l’innovation font partie de notre quotidien.
  • Identifier les tendances qui ont du sens pour votre entreprise, vos salariés et vos clients.
  • Réfléchir au décalage, le shift en anglais, que vous pouvez imaginer pour vous affranchir du confortable copier-coller.

Une philosophie qui va plus loin que la gestion du changement

La philosophie du shift dépasse la gestion du changement, la disruption et la pensée latérale, même si elle leur emprunte des outils. Elle repose sur quatre piliers : un décalage réellement disruptif, une culture de la surprise, la recherche de différence et une prise de risque mesurée. Ensemble, ces piliers forment une posture plus qu’une technique.

Ce shift va au-delà d’un autre angle de la « gestion du changement » ou d’un nouveau synonyme pour « disruption » ou « pensée latérale ». Il s’agit d’une philosophie fondée sur :

  • un décalage (vraiment) disruptif, au-delà de l’innovation qui revient souvent à appliquer ce qui est fait ailleurs ;
  • une culture de la surprise, quitte à faire le contraire de ses pratiques actuelles ou de celles de ses concurrents ;
  • la recherche de différence, au-delà de l’excellence ;
  • et une prise de risque mesurée.
Schéma du shift : les tendances sont focalisées, transformées par le shift puis diffusées dans la société

Ce schéma résume le chemin que je fais suivre aux équipes : les tendances sont d’abord focalisées sur ce qui compte pour l’entreprise, puis transformées par le shift, avant d’être diffusées dans l’organisation et auprès des clients.

Comment comprendre les ruptures et inventer le futur

Comprendre les ruptures demande une vision audacieuse, une pensée créative et une volonté de prendre des risques. Les entreprises qui inventent leur futur cultivent l’imagination, se projettent loin, raisonnent en système, collaborent au-delà de leur secteur, expérimentent, intègrent l’éthique et partagent leur vision. Ces sept conseils transforment la curiosité en démarche.

Sept conseils pour se projeter dans l’avenir

Se projeter dans l’avenir relève d’une discipline qui s’entraîne, au même titre que la gestion d’un budget. Ces sept conseils couvrent l’imagination, la projection, l’approche systémique, la collaboration, l’expérimentation, l’éthique et la communication. Ils aident à passer de l’intuition d’une rupture à un projet que l’organisation peut porter et défendre.

  1. Cultiver l’imagination et la créativité : pour inventer le futur, il faut d’abord développer sa capacité à imaginer des scénarios inédits et à penser en dehors des sentiers battus. Encouragez l’innovation et la créativité en vous ouvrant à de nouvelles idées, en participant à des ateliers de brainstorming ou en explorant des domaines inconnus.
  2. Se projeter dans l’avenir : imaginez à quoi pourrait ressembler le monde dans 10, 20 ou 50 ans. Identifiez les tendances et les défis qui pourraient avoir un impact sur notre société et proposez des solutions qui pourraient être mises en œuvre pour répondre à ces enjeux.
  3. Adopter une approche systémique : pour inventer le futur, il est essentiel de comprendre les interconnexions entre les différents aspects de notre société et de notre environnement. Analysez les problèmes en système et concevez des solutions qui tiennent compte de l’ensemble des enjeux et des parties prenantes.
  4. Collaborer avec d’autres acteurs : inventer le futur nécessite la collaboration de nombreux acteurs, issus de divers domaines et horizons. Cherchez à créer des partenariats et des synergies entre disciplines, secteurs et organisations pour développer des solutions novatrices.
  5. Expérimenter et apprendre de ses erreurs : inventer le futur implique de prendre des risques et d’accepter l’échec comme une étape du processus d’innovation. Expérimentez de nouvelles approches et tirez les leçons de vos erreurs pour progresser.
  6. Intégrer les préoccupations éthiques et durables : un futur souhaitable prend en compte les enjeux éthiques et environnementaux dès la conception des solutions et des technologies. Veillez à ce que vos innovations respectent les principes du développement durable et contribuent au bien-être de la société.
  7. Communiquer et inspirer les autres : partagez vos idées et vos visions, et invitez ceux qui vous entourent à rejoindre la démarche. Utilisez différents canaux pour diffuser vos projets et convaincre les parties prenantes de l’importance de se projeter dans l’avenir.

Ce que demande une vision audacieuse

Une vision audacieuse combine une approche créative, un horizon long, une collaboration étroite entre acteurs et la capacité à tirer les leçons de ses expériences. Aucun de ces ingrédients ne suffit seul. Leur combinaison distingue une entreprise qui invente son futur d’une entreprise qui se contente de suivre les tendances des autres.

En somme, inventer le futur plutôt que d’améliorer le présent demande une approche audacieuse et créative, une vision à long terme, une collaboration étroite entre différents acteurs et la capacité à tirer les leçons de ses expériences. En adoptant ces principes, vous contribuerez à façonner un avenir meilleur pour notre société et notre planète.

Performance, excellence, différence : où se situe le shift

Le shift se situe après la performance et l’excellence, au niveau de la différence. Une entreprise performante fait bien, une entreprise excellente fait mieux que les autres, et une entreprise qui pratique le shift fait autrement. Ce troisième niveau exige d’identifier les tendances qui ont des applications concrètes, sans inventer pour le plaisir d’inventer.

Du performant au différent, sans tomber dans la crazytivité

La crazytivité, que je définis comme l’invention pour le plaisir d’inventer, guette toute démarche de rupture. Le shift l’évite en restant concret : il identifie et teste les tendances qui ont des applications réelles dans la vie personnelle comme dans la vie professionnelle. Une idée de rupture doit rester crédible et faisable pour mériter un test.

L’objectif consiste à identifier et tester les tendances ayant des applications concrètes dans tous les domaines de la vie, loin de la « crazytivité ». Cela vaut pour votre vie personnelle (recherche d’emploi, gestion de carrière ou développement) comme pour votre vie professionnelle (marketing, vente ou ressources humaines).

Matrice du shift croisant crédibilité, faisabilité, complexité et crazytivité, avec les zones exploration, exploitation, disruption et assimilation

Cinq exemples de shift

Un shift se reconnaît à l’inversion d’un rôle attendu. Le professeur apprend de ses élèves, l’entreprise recrute avec ses clients, et le chef étoilé ouvre un fast-food. Chaque exemple garde le même métier mais retourne la relation habituelle, ce qui produit une différence immédiatement visible pour les clients, les équipes et les concurrents.

  • L’entreprise qui demande à ses clients de l’aider à recruter : shift.
  • Le professeur qui demande à ses élèves de lui apprendre quelque chose : shift.
  • Le manager qui laisse ses équipiers avancer sans lui : shift.
  • Le chef étoilé qui monte un fast-food : shift.
  • L’étudiant d’une grande école de commerce qui lance une entreprise solidaire : shift.
Tableau du shift opposant stratégie et culture, benchmark et réinvention, excellence et différence, succès et échec

Les penseurs qui inspirent le shift

Le shift s’inscrit dans une famille de penseurs anticonformistes du management et du marketing. Tom Peters, Robert I. Sutton, Seth Godin, Kjell Nordström et Jonas Ridderstråle ont chacun bousculé une évidence de leur discipline. Leurs travaux montrent que la différence se cultive avec méthode, loin de toute provocation gratuite.

Vous pouvez retrouver une partie de cet esprit novateur et parfois anticonformiste dans les travaux de Tom Peters et sa « re-imagination », ou dans les écrits de Robert I. Sutton et ses « Weird Ideas ». Pour le marketing, pensez à Seth Godin et à ses fameux « The Dip » et « Purple Cow ». Bien sûr, n’oubliez pas mes favoris : Kjell Nordström et Jonas Ridderstråle avec « Funky Business » et « Karaoke Capitalism ».

Je peux aussi vous citer C. K. Prahalad en Inde ou Kenichi Ohmae au Japon. En France, suivez-moi !

Veille, innovation incrémentale ou shift : quelle approche choisir

Trois approches répondent aux ruptures : la veille de tendances, l’innovation incrémentale et le shift. Elles diffèrent par leur niveau de risque, leur horizon et le degré de différence qu’elles produisent. Le bon choix dépend de la pression concurrentielle, de la maturité de l’organisation et de sa capacité à absorber une prise de risque mesurée.

Trois approches comparées selon des critères explicites

La veille repère les signaux, l’innovation incrémentale améliore l’offre existante et le shift crée un écart volontaire avec le marché. Aucune approche n’en remplace une autre : la veille nourrit les deux suivantes. Le tableau ci-dessous compare leurs objectifs, leurs exigences et leurs limites pour aider à choisir l’ordre d’engagement.

ApprocheObjectifExigence principaleLimite principale
Veille de tendancesRepérer les ruptures avant les concurrentsSources variées et tri régulier des signauxAccumule de l’information sans décision
Innovation incrémentaleAméliorer l’offre et les processus existantsMéthode, mesure et amélioration continueProduit de l’excellence, rarement de la différence
ShiftCréer un écart volontaire avec le marchéCulture de la surprise et prise de risque mesuréeExige un engagement de la direction dans la durée

Les signaux qui appellent un shift

Certains signaux montrent que l’amélioration continue a atteint sa limite et qu’un décalage devient nécessaire. Ils traduisent tous une même situation : l’entreprise progresse, mais ses concurrents progressent au même rythme et dans la même direction. Dans ce cas, la différence se gagne en changeant d’axe plutôt qu’en accélérant.

  • Vos clients comparent vos offres uniquement sur le prix.
  • Vos concurrents lancent les mêmes nouveautés que vous, au même moment.
  • Vos équipes appliquent les bonnes pratiques du secteur sans plus proposer d’idées propres.
  • Votre veille produit des rapports que personne ne transforme en décision.
  • Une rupture technologique ou sociale touche votre marché et votre plan d’action se limite à l’adaptation.

Remontez aux sources du shift

Envie de comprendre d’où vient cette manière de penser ? Découvrez la philosophie du shift et ses principes fondateurs dans l’article dédié.

Comment je peux vous aider à provoquer votre shift

J’aide les dirigeants, les professionnels des ressources humaines et les responsables de l’innovation à transformer les ruptures en avantage. Mes conférences ouvrent les esprits aux décalages possibles, et mes ateliers les transforment en projets testables. L’objectif reste le même : passer de l’amélioration du présent à l’invention d’un futur choisi.

En conférence : rendre les ruptures lisibles

Une conférence sur le shift rend lisibles les ruptures qui traversent un marché et montre comment les retourner en opportunité. Elle s’appuie sur des exemples concrets d’inversion de rôles et sur la matrice du shift. Le public repart avec une question de travail précise pour son organisation et une envie d’expérimenter.

Dans cette conférence, je pose la question de l’avenir du travail lui-même, un bon exemple de shift appliqué à un sujet que chacun croit connaître.

En atelier : transformer une tendance en décalage

Un atelier transforme une tendance repérée en décalage testable pour l’entreprise. Les participants sélectionnent les tendances qui ont du sens pour leurs clients et leurs salariés, imaginent leur inversion et définissent une première expérience. La méthode s’appuie sur le visual thinking pour rendre les idées partageables et discutables par tous.

Pour découvrir le format, consultez la présentation de mon atelier sur l’innovation et le visual thinking.

En conclusion, le shift se choisit avant de se subir

Les ruptures continueront d’arriver, avec ou sans votre accord, et elles toucheront chaque métier, chaque marché et chaque organisation. La seule question qui reste ouverte porte sur votre rôle : les subir et vous adapter au monde d’après, ou provoquer vous-même le décalage qui vous différencie.

Inventer le futur plutôt qu’améliorer le présent demande de l’audace, de la méthode et une prise de risque mesurée. C’est tout le sens du shift.

La série sur les modes managériales

Huit articles qui se lisent dans l’ordre, de la philosophie du Shift aux concepts qui se remplacent

  1. Cartographie des modes managériales, l’article de référence
  2. La philosophie du shift, la philosophie du Shift
  3. Le Shift, le Shift comme tendance Vous êtes ici
  4. Pourquoi BANI a éclipsé VUCA : enquête sur la loterie des concepts business, pourquoi un concept en chasse un autre
  5. Unbossing Vs Conscious Unbossing, une mode observée
  6. « Wanagement », manager à contre courant, une contre-mode
  7. Les 10 meilleurs livres de management 2024, le marché des idées
  8. À quoi ressemblera le management de l’entreprise de demain, la projection

Questions fréquentes sur le shift

Que veut dire shift en management ?

En management, le shift désigne un décalage volontaire qui pousse une organisation à inventer son futur plutôt qu’à améliorer son présent. Benjamin Chaminade le décrit comme une philosophie fondée sur la culture de la surprise, la recherche de différence au-delà de l’excellence et une prise de risque mesurée.

Quelle différence entre shift et gestion du changement ?

La gestion du changement accompagne une transformation décidée ailleurs, souvent imposée par le marché. Le shift provoque la rupture en amont, en choisissant un décalage qui différencie l’entreprise. Il emprunte des outils à la disruption et à la pensée latérale, mais il en fait une posture permanente.

Comment identifier les tendances utiles pour son entreprise ?

Une tendance utile a un sens concret pour l’entreprise, ses salariés et ses clients. Elle se repère par une veille variée, puis se trie selon sa crédibilité et sa faisabilité. Les tendances retenues sont ensuite testées à petite échelle avant toute généralisation, pour éviter l’invention gratuite.

Comment inventer le futur de son organisation ?

Inventer le futur d’une organisation passe par l’imagination, la projection à long terme, l’approche systémique et la collaboration avec d’autres acteurs. L’expérimentation permet ensuite de tester les idées, d’apprendre de ses erreurs et de construire un shift crédible, partagé par les équipes.