brandstorming identité de marque

Identité de marque, Mode d’emploi

L’identité de marque est le sujet sur lequel le plus d’argent se dépense pour le plus de malentendus. Une entreprise commande un logo, une agence livre une charte graphique, et six mois plus tard personne ne sait dire ce que la marque représente vraiment. Le problème ne vient ni du client ni de l’agence. Il vient d’un chaînon manquant, situé bien avant le premier coup de crayon.

brandstorming pour identifier les attributs de votre marque produit, service ou personnelle

Ce mode d’emploi de l’identité de marque part d’un constat que j’observe sur le terrain depuis des années, mission après mission. Le travail de création visuelle est presque toujours bon. C’est le brief qui est presque toujours flou. Et tant que ce brief reste vague, aucun talent graphique ne sauvera une identité de marque mal définie au départ.

Le malentendu La cause réelle Mon angle
On confond identité et imageL’identité de marque est ce que l’entreprise décide d’être. L’image de marque est ce que le public en perçoit. Travailler le logo avant l’identité revient à décorer une maison sans fondations. Le brief est flouLa création visuelle est rarement le problème. Le problème est le brief, souvent réduit à des goûts personnels. Selon une étude Canva de 2024, près de 38 pour cent des entreprises tech adoptent l’orange, signe de choix faits par mimétisme plutôt que par identité. Il faut un langage communDéfinir une identité de marque exige un langage partagé entre le client et l’agence, avant la création. C’est ce que permet un outil d’atelier comme Brand Storming, qui transforme le brief flou en décision claire.

Identité de marque et image de marque, deux choses que tout le monde confond

Avant d’entrer dans la méthode, il faut lever la confusion qui plombe la plupart des projets. Identité et image ne sont pas synonymes, et les traiter comme tels est la première source d’échec.

Ce qu’est vraiment l’identité de marque

L’identité de marque est la façon dont une entreprise, un produit ou un service se présente au monde. Elle oriente la perception que les clients auront de la marque. Elle se compose de sa personnalité, de ses valeurs, de son histoire, de son nom et du message qu’elle porte. C’est la fondation, la matière conceptuelle sur laquelle tout le reste va s’appuyer.

L’image de marque, elle, est le résultat. C’est ce que le public perçoit et ressent face à la marque : son logo, ses couleurs, sa charte graphique, tous les éléments visuels qui servent la reconnaissance et la promotion. L’identité est la cause, l’image est l’effet. Quand la communication est efficace, les deux s’alignent et l’entreprise maîtrise sa réputation.

Cette distinction est documentée par les références du domaine. Le chercheur Jean-Noël Kapferer a proposé un prisme d’identité de marque à six facettes pour la cartographier, et Kevin Lane Keller a montré que l’identité reflète la contribution de tous les éléments de marque à sa notoriété et à son image. Je m’appuie sur ces cadres, mais mon propos commence là où ils s’arrêtent : comment s’y prendre concrètement.

Pourquoi commencer par le logo est une erreur

Travailler son logo ou son image avant d’avoir défini son identité est la recette parfaite pour échouer à créer une marque attractive et cohérente. C’est pourtant ce que font la majorité des entreprises, parce que le visuel est gratifiant, visible et rassurant. Le travail de fond sur l’identité est aride, abstrait et se fait à plusieurs, si bien que les équipes le sautent.

Le résultat se voit partout. Des marques classiques qui veulent séduire les jeunes générations sans avoir clarifié ce qu’elles sont. Des entreprises tech qui adoptent toutes la même teinte orange par mimétisme plutôt que par choix identitaire. Une identité empruntée n’est pas une identité, c’est un déguisement qui finit par se voir.

Je le répète à chaque mission : l’identité de marque vient avant l’image, jamais l’inverse. Le logo, les couleurs et la typographie sont des conséquences de l’identité, pas des points de départ. Inverser cet ordre, c’est condamner le projet à produire une marque jolie mais creuse, que le marché ne retiendra pas.

identité de marque avec le prisme de kapferer

Le prisme de Kapferer, une grille pour cartographier l’identité

Pour structurer ce travail d’identité, un cadre s’impose comme référence depuis trois décennies. Le comprendre aide à saisir pourquoi une identité de marque ne se résume jamais à son apparence visible.

Les six facettes du prisme

Le professeur de marketing français Jean-Noël Kapferer a proposé en 1992 un prisme d’identité de marque qui la décompose en six facettes. Trois facettes touchent à l’expression externe de la marque, trois à son intériorité, et l’ensemble forme un tout cohérent.

  • Le physique : les attributs visibles et tangibles, logo, couleurs, packaging.
  • La personnalité : les traits de caractère que la marque incarnerait si elle était une personne.
  • La culture : le système de valeurs et les principes qui fondent la marque.
  • La relation : le type de lien que la marque entretient avec ses clients.
  • Le reflet : l’image du client type telle que la marque la projette.
  • La mentalisation : la façon dont le client se perçoit lui-même à travers la marque.

Ce que le prisme révèle, et ses limites

L’intérêt du prisme est de montrer que le physique, la partie visible, n’est qu’une facette sur six. Travailler le logo sans les cinq autres revient à remplir un sixième de la grille et à laisser le reste vide. C’est une autre façon de comprendre pourquoi commencer par l’image mène à une marque sans profondeur.

Le prisme a ses limites, comme tout modèle. Il peut simplifier à l’excès et s’adapte mal aux marques très mouvantes de l’ère numérique. Je l’utilise comme une grille d’analyse pour vérifier la cohérence d’une identité, pas comme une recette.

Il dit quoi examiner, il ne dit pas comment décider. C’est précisément ce passage à la décision que la méthode et les outils d’atelier viennent combler.

Le product-brand fit, l’étape que les modèles oublient

Pour comprendre pourquoi l’identité doit précéder l’image, il faut revenir à la séquence de création d’une entreprise. Les modèles classiques s’arrêtent souvent à mi-chemin et oublient une étape décisive pour la marque.

Du product-market fit au product-brand fit

Le concept le plus connu est le product-market fit, le moment où un produit rencontre une demande réelle du marché. L’idée a été formalisée dans la lignée d’Andy Rachleff et popularisée par l’investisseur Marc Andreessen au milieu des années 2000. On parle aussi de product-founder fit, le moment où le fondateur trouve la bonne équipe pour porter un projet.

Scott Belsky, fondateur de Behance devenu directeur produit d’Adobe, a popularisé l’idée d’ajouter une étape souvent négligée : le product-brand fit. C’est le moment où se trouvent la personnalité, le nom et la phrase qui deviendront synonymes du produit et se répandront sans friction. Pensez à la façon dont chacun dit un kleenex, un post-it ou un frigo. La marque a si bien fait son travail qu’elle a remplacé le mot commun.

Ce phénomène, l’antonomase, est le sommet de la réussite identitaire et son risque ultime. Quand une marque devient le nom générique de sa catégorie, elle a gagné la bataille de la mémoire, mais elle frôle aussi la perte de ses droits si le nom tombe dans le domaine commun. Ce paradoxe montre la puissance d’une identité parfaitement ancrée : elle ne décrit plus le produit, elle le remplace dans le langage.

Atteindre ce niveau ne tient pas au hasard ni au budget publicitaire. Il tient à un travail d’identité fait très tôt, qui aligne le nom, la promesse et l’expérience. Une marque ne devient un repère mental que si elle a d’abord décidé, clairement, ce qu’elle voulait représenter. Le hasard ne crée pas de kleenex, la méthode si.

Ma conviction, c’est que ce product-brand fit ne vient pas après les autres, mais à égalité avec les valeurs de l’entreprise, tout au début. Trouver son identité de marque est la fondation sur laquelle reposent ensuite le produit, son packaging, son prix et son canal de distribution, bref les classiques 4P du marketing. De cette identité dépend aussi la fierté des collaborateurs qui rejoindront la marque.

L’exemple de Garrett Camp et d’Uber

L’exemple parfait de ce travail d’identité préalable est celui de Garrett Camp, à l’origine de l’idée d’Uber, dont je raconte les débuts en podcast et en épisodes. Avant de développer quoi que ce soit, il a longuement cherché un nom qui exprime à lui seul la simplicité et l’exclusivité de son service de voiture à la demande.

Garrett Camp a répété la méthode avec ses autres entreprises, comme Expa ou Mix, à chaque fois avec des noms courts, mémorables et logiquement liés au produit. Il avait même anticipé la phrase qui résumerait le service, en hésitant entre l’exclusivité d’un chauffeur privé pour tous et l’accessibilité du taxi à la demande. L’identité avant le code, le nom avant le produit.

Cette discipline est rare parce qu’elle demande de résister à l’envie d’avancer vite. La plupart des fondateurs construisent d’abord et nomment ensuite, comme un carton étiqueté une fois rempli. Camp fait l’inverse : il décide ce que la marque doit signifier avant de lui donner un contenu. C’est précisément ce travail d’identité que la suite de ce mode d’emploi va outiller.

brandstorming identité de marque

Pourquoi le brief est presque toujours flou

J’arrive au cœur du problème. Si tant de marques ratent leur identité, ce n’est pas par manque de talent créatif. C’est parce que la matière première de toute création, le brief, est presque toujours imprécise, contradictoire ou réduite à des préférences personnelles.

Le brief réduit à des goûts personnels

Dans la réalité, un brief d’identité se résume souvent à quelques phrases vagues. On veut du bleu parce que ça fait sérieux, un logo moderne, quelque chose qui fasse premium mais accessible. Ces formulations ne sont pas des choix d’identité, ce sont des goûts individuels déguisés en stratégie. Elles n’engagent rien et n’orientent personne.

Le problème n’est ni le client qui commande ni l’agence qui crée. Le client connaît son entreprise mieux que personne, mais il manque de mots pour traduire cette connaissance en attributs de marque. L’agence maîtrise la création, mais elle ne peut pas deviner une identité que le client n’a jamais formulée. Entre les deux, il manque un langage commun.

Le coût d’un brief mal posé

Un brief flou coûte cher, et le coût se révèle tard. L’agence produit des pistes, le client les rejette sans savoir vraiment pourquoi, les allers-retours s’enchaînent. Chacun s’épuise, le budget gonfle et le résultat final reste un compromis tiède plutôt qu’une identité affirmée.

Le pire des cas est l’identité qui semble plaire à tout le monde et ne signifie rien. Une marque sans tranchant ne se grave dans aucune mémoire. Le brief flou ne produit pas une mauvaise identité, il produit une identité interchangeable, ce qui est pire pour une entreprise censée se différencier.

Retour de terrain

Trois mois perdus faute de mots

Un utilisateur de Branstorming accompagné une entreprise qui avait engagé un studio de design pour refondre son identité de marque. Au bout de trois mois et de plusieurs séries de propositions, rien ne convenait. Le dirigeant rejetait chaque piste sans parvenir à expliquer pourquoi, et le studio commençait à perdre patience.

En réunissant les deux parties autour d’un atelier de cadrage, le blocage est apparu en une heure. Le client n’avait jamais formulé les attributs de sa marque. Il réagissait à l’esthétique faute de pouvoir parler d’identité. Une fois les attributs posés et partagés, le studio a livré une piste validée en une seule itération.

L’enseignement à en tirer : ce qui bloquait n’était pas le talent du studio ni l’exigence du client, mais l’absence d’un langage commun pour définir l’identité de marque avant de créer. Ce langage se construit en amont, jamais pendant les retours sur maquette.

Construire son identité de marque, le mode d’emploi en sept étapes

Voici la démarche que je suis pour construire une identité de marque forte et cohérente. Elle transforme le brief flou en décisions claires, en traitant l’identité avant l’image. Chaque étape réduit l’espace du goût personnel au profit d’un choix assumé.

Analyser le marché et clarifier ses valeurs

La première étape consiste à comprendre sa situation de départ. Une matrice SWOTE, qui ajoute l’environnement aux forces, faiblesses, opportunités et menaces classiques, permet de cartographier le terrain. Si vous identifiez que votre nom est méconnu, vous orienterez peut-être l’identité vers des attributs comme original ou aventureux.

L’analyse du marché inclut un regard lucide sur les concurrents. Non pour les imiter, mais pour repérer les codes que tout le monde utilise et décider lesquels rompre. Si vos concurrents jouent tous la carte du sérieux institutionnel, un positionnement plus direct ou plus chaleureux peut devenir votre signe distinctif. La carte des attributs occupés par les autres révèle, en creux, les territoires identitaires encore libres.

Vient ensuite la clarification des valeurs, primordiale pour une marque créatrice d’engagement et de ventes. Ces valeurs peuvent venir de l’histoire de la fondatrice, de la société ou d’un travail collectif. Elles doivent être claires, simples et comprises de tous. Si l’excellence fait partie de vos valeurs, vous éliminerez des attributs comme fantaisiste ou versatile.

Définir ses objectifs et identifier ses clients

L’identité de marque n’est pas là pour la décoration. Elle sert à pénétrer un marché, lancer un produit et créer une connexion avec un public, donc à produire du résultat. Si vous visez un marché haut de gamme, vous écarterez d’emblée des attributs comme version beta ou abordable. L’objectif business filtre les choix identitaires.

Identifier ses clients prolonge ce filtrage. Enquêtes, études et entretiens permettent de dresser le persona de chaque catégorie de clientèle, b.a.-ba de la démarche de design thinking. Si votre cible est jeune, des attributs comme version beta ou transparence peuvent au contraire devenir des piliers de votre identité de marque.

Déterminer sa personnalité, son message et son image

Le cœur du travail consiste à déterminer la personnalité de la marque. Il s’agit de répondre à une question simple : que voulez-vous que vos clients perçoivent ? Lors de la sélection finale des attributs identitaires, retenez-en cinq au maximum, en éliminant ceux qui sont trop dissonants. Versatile et rigoureux sont sans doute trop éloignés pour coexister.

Une fois ces attributs choisis, jouez à plusieurs à formuler une phrase, un slogan où se lisent facilement les attributs retenus. C’est seulement à la toute dernière étape, accompagné ou non d’un graphiste, que vous réfléchirez aux couleurs, aux formes, aux polices et aux références culturelles que ce travail vous inspire. L’image arrive en dernier, comme conséquence de l’identité.

Cette dernière étape est aussi celle où la collaboration avec un créatif prend tout son sens. Si vous lui transmettez le résultat de ce travail, soyez le plus complet et le plus simple possible. C’est à vous de faire le premier effort de clarté avant d’envoyer vos éléments. C’est de cette clarté que le graphiste tirera la liberté de faire son métier et de vous surprendre, au lieu de combler vos hésitations à votre place.

Les cinq dimensions de la personnalité de marque selon Aaker

Choisir des attributs de personnalité au hasard mène à l’incohérence. Un cadre validé scientifiquement aide à structurer ce choix, et il complète utilement le prisme de Kapferer en se concentrant sur la seule personnalité.

Sincérité, excitation, compétence, sophistication, robustesse

La chercheuse Jennifer Aaker, professeure de marketing à Stanford, a publié en 1997 dans le Journal of Marketing Research une étude devenue une référence sur la personnalité de marque. En s’inspirant des cinq grands traits de la personnalité humaine, elle a identifié et validé cinq dimensions par lesquelles une marque exprime son caractère.

  • La sincérité : une marque honnête, authentique et proche, comme peut l’être une marque engagée sur l’éthique ou la durabilité.
  • L’excitation : une marque audacieuse, énergique et tournée vers la nouveauté.
  • La compétence : une marque fiable, sérieuse et performante, dimension attendue dans des secteurs comme la santé ou la finance.
  • La sophistication : une marque raffinée, élégante, souvent associée au haut de gamme.
  • La robustesse : une marque solide, tournée vers le plein air et l’effort, fréquente dans l’outdoor ou l’automobile.

Comment utiliser ces dimensions pour se différencier

La force du modèle est de montrer qu’une marque marquante combine généralement une dimension dominante et une seconde dimension qui la nuance. Une marque peut être à la fois compétente et sophistiquée, ou robuste et excitante. Ces combinaisons créent une signature reconnaissable, là où une dimension unique resterait générique.

Pour se différencier, je conseille de regarder quelles dimensions sont déjà saturées chez les concurrents. Si votre secteur compte déjà un acteur compétent et un acteur excitant, il reste peut-être une place pour une marque sophistiquée. Le modèle d’Aaker devient alors une carte des territoires de personnalité disponibles, qui guide la sélection finale des attributs avant tout travail visuel.

L’outil qui sert de langage commun entre client et agence

Cette démarche en sept étapes a un point faible connu : elle reste abstraite sans objet concret pour la mener à plusieurs. C’est là qu’un outil d’atelier change tout, en donnant au client et à l’agence le langage commun qui leur manque.

Transformer un travail aride en atelier collectif

Le travail d’identité est aride parce qu’il est abstrait. Manipuler des attributs de marque sous forme de cartes le rend concret, visuel et collectif. Au lieu de discuter de goûts, les participants sélectionnent, écartent et hiérarchisent des attributs tangibles. Le débat se déplace de j’aime ou je n’aime pas vers cela nous ressemble ou non, ce qui change radicalement la qualité de la conversation.

C’est exactement la fonction de Brand Storming, le jeu de cartes que j’ai conçu pour identifier la personnalité d’une marque. Il met le client et l’agence autour de la même table, avec les mêmes cartes, pour produire un brief enfin clair avant la création visuelle. L’agence y gagne un cadrage net, le client y gagne la capacité de dire ce qu’il veut vraiment.

Un brief clair profite aux deux côtés de la table

Un outil de ce type ne remplace ni le client ni l’agence, il les réconcilie. Le client formule enfin son identité au lieu de réagir à des maquettes. L’agence reçoit une matière exploitable au lieu de deviner. Les allers-retours coûteux se réduisent, parce que le désaccord se règle en amont, sur les attributs, et non en aval, sur le visuel.

Pour le fondateur qui travaille seul, le bénéfice est le même. Construire son identité de marque avec une méthode tangible évite de partir chez un graphiste avec un brief vide. Vous arrivez avec des attributs choisis, une personnalité définie et un message, ce qui permet au créatif de faire son travail et de vous surprendre, plutôt que de combler vos hésitations.

Construisez votre identité de marque avec les bonnes cartes

Vous voulez transformer un brief flou en identité claire, en atelier ? Procurez-vous le jeu de cartes Brand Storming pour définir la personnalité de votre marque et donnez à votre équipe ou à vos clients le langage commun qui manque avant toute création visuelle.

Aligner l’identité et l’image, sous peine de se contredire

Une fois l’identité définie, le travail n’est pas terminé. Encore faut-il que les actes de la marque restent alignés avec ce qu’elle proclame. Un décalage entre le discours et la réalité détruit une identité plus vite que n’importe quel mauvais logo.

Quand le discours et les actes divergent

Les exemples de désalignement abondent. En 2018, Starbucks, qui promeut la diversité, a vu deux hommes noirs arrêtés dans l’un de ses cafés de Philadelphie après qu’un manager a appelé la police. La réaction a été spectaculaire : plus de 8 000 magasins fermés une après-midi pour une formation contre les biais raciaux, signe d’un écart béant entre l’identité affichée et un fait vécu.

Pepsi a connu un échec comparable en voulant surfer sur un mouvement social avec une publicité jugée opportuniste. La réponse la plus cinglante est venue de la fille de Martin Luther King, rappelant publiquement la distance entre l’image vendue et la réalité du combat évoqué. Une marque qui s’approprie une cause sans la vivre s’expose à ce retour de bâton.

Ces deux cas obéissent au même mécanisme. Plus une marque affiche une valeur avec force, plus l’écart entre son discours et ses actes devient visible et coûteux. L’identité crée une promesse, et le public sanctionne la promesse non tenue plus durement que l’absence de promesse. Une marque discrète sur ses valeurs prend moins de risques qu’une marque qui les clame sans les incarner.

La leçon pour la construction d’une identité de marque est directe. On ne choisit pas des valeurs parce qu’elles sont à la mode ou qu’elles font bien, mais parce que l’entreprise est prête à les tenir dans ses actes, jusque dans son service après-vente et son management. Une identité crédible est une identité que l’organisation peut soutenir sous pression, pas seulement afficher en vitrine.

L’identité, premier actif de l’entreprise

Une identité solidement intégrée, des valeurs jusqu’au service après-vente en passant par le management, devient l’actif le plus précieux de l’entreprise. Elle économise en promotion, parce qu’une marque cohérente se recommande d’elle-même. La marque finit par valoir plus que les produits qu’elle désigne.

L’ordre de grandeur est parlant. Selon Interbrand, la seule marque Nike était valorisée à environ 23 milliards de dollars en 2017, indépendamment des usines et des stocks. Retirer le logo des chaussures ne changerait rien à leur performance technique, et pourtant il change tout à leur valeur perçue. C’est la preuve que l’identité de marque n’est pas un supplément d’âme, mais un actif économique de premier plan.

Les erreurs qui ruinent une identité de marque

Au-delà du brief flou, certaines erreurs reviennent si souvent que je les repère désormais en quelques minutes. Les connaître permet de les éviter, que vous soyez fondateur ou agence.

Vouloir plaire à tout le monde

La première erreur est de chercher le consensus. Une identité de marque qui veut séduire tout le monde finit par ne ressembler à personne. Choisir une identité, c’est aussi accepter de ne pas plaire à une partie du public, et c’est exactement ce qui rend une marque mémorable pour l’autre partie.

C’est pourquoi je limite la sélection à cinq attributs maximum. Au-delà, la marque se dilue dans des qualités génériques que toutes les entreprises revendiquent : sérieux, qualité, proximité. Une identité forte se construit autant par ce qu’elle écarte que par ce qu’elle retient. Le courage de trancher est une condition de la différenciation.

Copier les codes de son secteur

La deuxième erreur est le mimétisme sectoriel. Quand toutes les entreprises d’un domaine adoptent les mêmes codes, la même teinte, le même vocabulaire, aucune ne se distingue. Suivre les codes de son secteur rassure, mais c’est le contraire d’une identité, car une identité sert justement à se différencier.

L’audace identitaire consiste souvent à rompre avec ces codes de façon réfléchie. Une marque qui ose un ton ou une esthétique inattendus dans son secteur capte l’attention par contraste. Encore faut-il que cette rupture découle de l’identité réelle de la marque, et non d’une volonté de se démarquer pour se démarquer. La cohérence prime toujours sur l’originalité gratuite.

Comment je peux vous aider à construire votre identité de marque

Définir une identité de marque demande une méthode et un langage partagé, pas seulement un talent graphique. C’est sur ce terrain que j’interviens, auprès des entreprises comme des agences.

Ateliers de définition d’identité

J’anime des ateliers qui guident une équipe, ou un binôme client et agence, dans la définition concrète des attributs de sa marque. L’objectif est de sortir de la séance avec une personnalité de marque claire et un brief exploitable, pas avec une liste de bonnes intentions. La méthode s’appuie sur des outils tangibles comme mes outils de brand design.

Accompagnement des agences et des fondateurs

J’accompagne les agences qui veulent professionnaliser leur phase de cadrage et réduire les allers-retours avec leurs clients, comme les fondateurs qui veulent définir leur identité avant de s’adresser à un prestataire. Dans les deux cas, le principe est le même : poser l’identité avant l’image, et la poser avec un langage commun plutôt qu’avec des goûts personnels.

Conclusion : l’identité de marque se décide avant de se dessiner

L’identité de marque n’est pas un logo, une palette ou une charte graphique. C’est l’ensemble des décisions sur ce que la marque est, prises avant toute mise en forme visuelle. Tout le reste, l’image, le visuel, la communication, en découle. Inverser cet ordre est l’erreur la plus répandue et la plus coûteuse, parce qu’elle se paie en allers-retours, en budget et en marques interchangeables.

Si je devais résumer ce mode d’emploi en une idée, ce serait celle-ci : la qualité d’une identité de marque se joue dans le brief, pas dans la maquette. Donnez-vous, ou donnez à vos clients, un langage commun pour définir cette identité avant de créer. C’est le seul moyen de transformer un brief flou en marque qui compte.

Questions fréquentes sur l’identité de marque

Quelle est la différence entre identité de marque et image de marque ?

L’identité de marque est ce que l’entreprise décide d’être : sa personnalité, ses valeurs, son nom, son message. L’image de marque est ce que le public en perçoit à travers le logo, les couleurs et la communication. L’identité est la cause, l’image en est le résultat.

Par quoi commencer pour créer une identité de marque ?

Surtout pas par le logo. On commence par définir l’identité : analyser le marché, clarifier ses valeurs, identifier ses clients et choisir cinq attributs de marque au maximum. Les choix visuels arrivent en dernier, comme conséquence de cette identité, jamais comme point de départ.

Pourquoi un brief de marque échoue-t-il si souvent ?

Parce qu’il est rarement formulé en attributs d’identité et souvent réduit à des goûts personnels comme une couleur ou un style. Le client connaît son entreprise mais manque de mots pour la traduire, et l’agence ne peut pas deviner. Il manque un langage commun pour définir l’identité de marque avant la création.

Une agence peut-elle définir mon identité de marque à ma place ?

Une agence habille et donne forme à une identité, mais la matière de cette identité vient de l’entreprise elle-même. Le meilleur résultat naît d’un travail conjoint, où le client apporte ses attributs et l’agence sa créativité. Un outil d’atelier comme un jeu de cartes facilite ce dialogue en donnant aux deux parties le même langage commun.

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