Créatif ou productif ? C’est la question que je me suis posée le premier jour de ma première « retraite productive » de l’année, dans une chambre d’hôtel d’Ouistreham. D’habitude, je pars à Sydney, à Oahu pour un creative break, à Tokyo ou au Cap. Cette année-là, c’était Ouistreham : tout était fermé, il faisait froid, et je n’avais rien d’autre à faire que réfléchir, ce qui était l’idéal.
Mon objectif tenait en une ligne : ne pas sortir de l’hôtel pendant trois jours et me concentrer. Cet article raconte ce que j’ai appris sur la frontière entre créativité et productivité, et sur la manière d’organiser son temps pour ne sacrifier ni l’une ni l’autre.
| Le réflexe | Ce qu’il produit | Le déplacement |
|---|---|---|
| Tout faire en même tempsLa question créatif ou productif se pose dès que les idées nouvelles et la production attendue se disputent le même agenda, au risque de ne servir correctement ni l’une ni l’autre. | Un épuisement créatifSans temps réservé, la fatigue s’installe, l’écran devient insupportable et la production s’arrête, alors même que l’agenda semble plein d’activités. | Des disparitions planifiéesDes retraites distinctes, créatives ou productives, et une méthode personnelle construite sur ses propres rythmes permettent d’alterner plutôt que de choisir. |
Les trois disparitions volontaires que je m’accorde chaque année
Je me réserve trois types de disparitions par an, chacune avec un rôle précis : clore un cycle créatif, lancer un projet ou recharger le corps. Elles se déclenchent sans calendrier, quand je prends conscience d’un épuisement créatif, et c’est ce déclencheur qui les rend efficaces.
Les creative breaks, pour clore un cycle créatif
Les creative breaks marquent la fin d’un cycle créatif. Je les passe souvent à l’étranger, pour un séjour d’une semaine au maximum, avec trois livres et sans ordinateur. L’objectif consiste à vider la tête de la production récente pour laisser revenir les questions qui comptent, celles que l’agenda empêche d’entendre.
J’ai filmé l’un de ces creative breaks à Hawaï, et la vidéo montre mieux qu’un long discours ce que je cherche dans ces semaines de rupture :
Les retraites productives, pour lancer un projet
Les retraites productives marquent le lancement d’un nouveau projet ou une activité précise à terminer : un livre, une série d’articles ou des vidéos. Bref, il s’agit de se bloquer du temps loin du bureau et de produire pour produire, sans réunion, sans déplacement et sans autre priorité que l’objet du séjour.

Les reboots, pour recharger le corps
Les reboots sont plus sportifs et se déroulent pendant une semaine, dans la saison opposée à celle que vit la France à ce moment-là. Hiver en France, Australie pour l’été ; été en France, Australie pour l’été. Ah, tiens, je n’avais pas remarqué. Le corps récupère, et la tête suit.
Ces trois retraites se déclenchent sans calendrier, par la conscientisation d’un épuisement créatif. Il se traduit par de la fatigue, une déprime, une remise en cause et l’impossibilité de rester devant un ordinateur, donc de produire quoi que ce soit. Vous êtes vidé et vous le sentez.
Les Think Weeks de Bill Gates
Bill Gates pratique un mélange des deux premières disparitions, qu’il appelle les Think Weeks : une semaine isolée pour lire, réfléchir et repérer les tendances qui compteront pour son entreprise. La pratique, largement relayée par la presse économique, montre que ces retraites n’ont rien d’un caprice d’artiste.
Alors bon, les escapades, c’est bien sympa, mais il est temps de repenser le temps passé entre deux disparitions volontaires. Je vois deux possibilités. S’il y en a une troisième, vos commentaires sont les bienvenus.
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La retraite productive d’Ouistreham
Le premier jour de ma première retraite productive de l’année, je m’installe dans une chambre d’hôtel d’Ouistreham avec un objectif simple : ne pas sortir de l’hôtel pendant trois jours et me concentrer. Tout est fermé, il fait froid, et il n’y a rien d’autre à faire que réfléchir. Sur le papier, les conditions sont parfaites pour avancer.
Je suis venu me remettre en production sur l’écriture de ma nouvelle chaîne YouTube consacrée à l’innovation, No one is innovant, que j’espère inaugurer la semaine suivante. Ou la semaine d’après. Ou celle d’après. Le lieu idéal ne fait pas disparaître la tentation de repousser, ni celle d’aller chercher chez les autres la méthode parfaite au lieu de produire avec la sienne.
Une retraite productive rend la procrastination visible sans la faire disparaître. La seule règle qui tienne, à Ouistreham comme au bureau, consiste à ne jamais être occupé pour le plaisir d’être occupé.
Suivre une méthode pour choisir entre créatif ou productif
La première possibilité consiste à suivre la méthode des autres. Elle a l’avantage d’exister, d’être documentée et d’avoir fait ses preuves chez ceux qui l’ont inventée. Elle a l’inconvénient de reposer sur leur rythme, leur métier et leurs contraintes, rarement identiques aux vôtres.
Copier les routines des meilleurs
Suivre une méthode, j’entends par là, dans le désordre, les quatre réflexes que je vois chez la plupart des dirigeants et des indépendants qui cherchent à mieux travailler. Chacun contient une part de vérité, et chacun devient un piège quand il remplace la réflexion sur son propre fonctionnement :
- écouter les heures de podcast de Tim Ferriss, qui déconstruit les pratiques des « meilleurs » pour comprendre les sources de leur productivité, de leur créativité et tout ce qui va avec ;
- acheter les produits et ustensiles que les uns et les autres utilisent pour améliorer leur production ;
- adopter le style de vie d’un autre, à base de méditation le matin après une séance de sport, de bains glacés et de protéines comme s’il en pleuvait ;
- s’inspirer de témoignages connus, de Thomas Edison et ses 99 % de transpiration à Einstein, ou, pour faire moins tarte à la crème, de celui de Bruce Allen.

Le conseil de Stephen Hawking à Bruce Allen
Bruce Allen, directeur à l’institut Max Planck de physique gravitationnelle, aime se remémorer ce que lui a un jour dit Stephen Hawking pour expliquer pourquoi il ne s’acharnait pas sur son travail en soirée. Le conseil vaut pour tous les métiers où les idées comptent plus que le temps passé :
Bruce, voici un conseil : le problème avec la physique est que, la plupart du temps, nous ne faisons aucune avancée dans nos projets. C’est pourquoi il faut faire d’autres choses : écouter de la musique, rencontrer des amis. Il y a une exception à cette règle : si vous trouvez une solution à un problème donné, vous travaillez vingt-quatre heures sur vingt-quatre et oubliez tout le reste jusqu’à avoir résolu le problème entièrement.
Stephen Hawking, cité par Bruce Allen
La question reste entière : est-ce que ça marche si vous ne vous appelez pas Bruce ?
Inventer sa méthode pour être créatif ou productif
La seconde possibilité consiste à inventer sa propre méthode, en s’appuyant sur ce que les autres ont trouvé sans copier leur mode de vie. Je tâtonne, mais je pressens qu’il y a un sens pour prendre le truc par le bon bout de la raison, oui, comme disait encore un autre.
Monter sur les épaules des géants
Monter sur les épaules des géants, comme disait l’autre, nanos gigantum humeris insidentes, et adapter son propre modèle : voilà le principe. Les méthodes existantes servent de matière première, et votre fonctionnement réel sert de filtre. Ce qui ne passe pas le filtre n’entre pas dans votre méthode, quelle que soit sa réputation.
Ce tri demande de l’honnêteté sur soi-même. Une routine matinale parfaite chez un auteur à succès devient une source de culpabilité chez quelqu’un dont la meilleure concentration arrive le soir.
Choisir entre créatif ou productif en quatre étapes
Ma méthode tient en quatre étapes, dont la dernière consiste à emboîter les trois premières. Elle se construit en quelques semaines d’observation, sans outil particulier, et elle s’ajuste dès que votre rythme de travail change, après un nouveau poste, un déménagement ou un projet très différent :
- identifier ses besoins physiologiques, comme le sommeil, et ses périodes habituelles de concentration, le matin et le soir dans mon cas, ce qui va être pratique ;
- planifier ce qui doit être fait en créant une liste de tâches, une pratique aussi ancienne que l’Antiquité, sauf que, dans l’Antiquité, ils ne notaient pas : ils utilisaient leur mémoire, eux ;
- retrouver les méthodes qui existent, ou les réinventer, pour apprendre, se concentrer, produire et écrire ;
- faire entrer la troisième étape dans la deuxième, et la deuxième dans la première.
En tout cas, ne jamais être occupé pour le plaisir d’être occupé ! Être occupé sans produire relève de la procrastination déguisée bien plus que de la productivité.
Retraite créative, retraite productive ou méthode quotidienne : comment choisir
Le bon format dépend de ce qui vous manque. Une retraite créative répond à un épuisement d’idées, une retraite productive répond à un projet qui n’avance pas, et une méthode quotidienne répond à un agenda qui déborde. Les trois se combinent, à condition de savoir laquelle vous faites au moment où vous la faites.
Comparer les trois formats selon vos critères
Quatre critères aident à choisir : le déclencheur, la durée, le livrable attendu et le lieu. Le tableau suivant les résume pour les trois formats que je pratique. Il sert surtout à éviter la confusion la plus fréquente, celle qui transforme une retraite productive en séjour de réflexion sans livrable :
| Critère | Retraite créative | Retraite productive | Méthode quotidienne |
|---|---|---|---|
| Déclencheur | Épuisement d’idées, fin de cycle | Projet bloqué ou à lancer | Agenda saturé |
| Durée | Une semaine au maximum | Quelques jours | Permanente |
| Livrable | Questions et pistes nouvelles | Production terminée ou lancée | Tâches prioritaires réalisées |
| Lieu | Loin, sans ordinateur | Isolé, avec l’outil de travail | Bureau ou domicile |
| Risque | Revenir sans décision | Ranger au lieu de produire | Être occupé sans avancer |
Les signaux d’un épuisement créatif
Certains signaux indiquent qu’il est temps de disparaître, au moins quelques jours. Ils se repèrent facilement quand vous acceptez de les regarder, et ils précèdent souvent de plusieurs semaines la baisse visible de la production. Voici ceux que je surveille chez moi et chez les dirigeants que j’accompagne :
- une fatigue qui ne disparaît pas après un week-end ;
- l’impossibilité de rester concentré devant un écran plus de quelques minutes ;
- une remise en cause permanente des projets en cours ;
- des journées pleines qui ne produisent rien de terminé ;
- des idées qui ressemblent toutes à celles du trimestre précédent.
Et si vos idées naissaient en marchant ?
Vous cherchez un moyen simple de relancer votre créativité sans partir une semaine ? Essayez la marche et découvrez comment organiser une marche créative avec votre équipe, une étude de Stanford à l’appui.
Comment je peux vous aider à concilier créativité et productivité
Concilier créativité et productivité se joue autant dans l’organisation d’une équipe que dans celle d’un individu. J’accompagne les dirigeants et les managers qui veulent protéger le temps des idées sans sacrifier la production, sous deux formes complémentaires, selon le niveau où se situe le blocage.
Une conférence pour poser le diagnostic
Mes conférences sur la créativité et l’innovation aident vos équipes à distinguer l’activité de la production, et à repérer les signaux d’épuisement créatif avant qu’ils ne coûtent un projet. Elles posent un vocabulaire commun, utile pour décider ensuite des rituels à installer.
Un atelier pour construire vos rituels
Mes ateliers et masterclass font construire à chaque participant sa propre méthode, à partir de ses rythmes réels, et à chaque équipe ses rituels de disparition : journées sans réunion, retraites courtes ou marches créatives. Chacun repart avec un calendrier d’essai tenable dès la semaine suivante.
En conclusion, être créatif ou productif se décide dans l’agenda
La créativité et la productivité se complètent à condition de se pratiquer à des moments distincts. Les disparitions volontaires protègent le temps des idées et celui de la production, et une méthode personnelle protège le reste de l’année. Le plus difficile consiste à savoir lequel des deux vous faites, quand vous le faites.
Et là, je réalise que j’ai une vidéo sur la procrastination dont je procrastine le tournage. À suivre, entre deux réponses à la question créatif ou productif.
Questions fréquentes sur le choix entre créatif ou productif
Peut-on être à la fois créatif et productif ?
Oui, à condition de séparer les moments. La créativité demande du temps libre de contraintes, la productivité demande un cadre et un livrable. Alterner des périodes dédiées, retraites ou plages réservées, permet d’être créatif et productif sans que l’un ne dévore l’autre.
Qu’est-ce qu’une retraite productive ?
Une retraite productive consiste à s’isoler quelques jours, loin du bureau, pour lancer ou terminer un projet précis : un livre, une série d’articles ou des vidéos. Elle se distingue de la retraite créative par son livrable, fixé à l’avance et daté.
Qu’est-ce qu’une Think Week ?
Une Think Week est une semaine d’isolement consacrée à la lecture et à la réflexion stratégique, pratique popularisée par Bill Gates. Elle combine retraite créative et retraite productive, car elle débouche sur des choix concrets pour l’entreprise.
Comment savoir si je suis en épuisement créatif ?
Une fatigue persistante, l’impossibilité de rester devant un écran, une remise en cause permanente et des journées pleines sans production terminée sont les signaux les plus fréquents. Quand plusieurs apparaissent ensemble, une disparition de quelques jours devient plus rentable qu’une semaine de plus au bureau.



