L’ADN de l’innovation est en train de se transformer. De la propriété (le CD) à l’utilisation (le streaming), de la participation (j’apporte une idée) à la collaboration (je partage une décision), des 4P au modèle SAVE et de la vente au freemium.
L’innovation peut être commerciale, économique, managériale, procédurale ou culturelle, et en plus, tout le monde peut y participer.
Quand il est question de culture de l’innovation, une difficulté revient pourtant : la traduire en éléments tangibles et utilisables pour l’implanter dans votre entreprise sans tomber dans les simplifications et les clichés habituels. Ma réponse passe par le génome de l’innovation, un modèle que j’ai affiné au fil de mes missions autour de quatre bases.
| LE CLICHÉ | LA RÉALITÉ | LE DÉPLACEMENT |
|---|---|---|
| Une culture insaisissableL’ADN de l’innovation est souvent réduit à une formule abstraite, faite de créativité, d’agilité ou d’audace. Ces mots décrivent une intention sans dire comment l’implanter dans une entreprise réelle. | Quatre bases héritéesLa capacité d’innover d’une entreprise dépend de quatre bases : sa géographie et sa généalogie, son rapport à la technologie et aux tendances, son argent et son actionnariat, ainsi que sa culture et ses codes. | Lire sa séquenceLe génome de l’innovation transforme ces quatre bases en grille de lecture : l’ordre dans lequel elles pèsent forme une séquence propre à chaque entreprise, qui aide à comprendre sa manière d’innover. |
D’où vient le génome de l’innovation
Le génome de l’innovation est le modèle que j’utilise pour traduire la culture de l’innovation en éléments tangibles. Je l’ai d’abord présenté dans une chronique du Journal du Net puis sur le blog de Trendemic, avant de l’affiner au fil de mes missions autour de quatre bases, pour rester dans la métaphore de l’ADN.
Une première version en six domaines
La première version du modèle, publiée en 2014 dans ma chronique du Journal du Net, décrivait la culture de l’innovation comme un ensemble de domaines reliés entre eux : produits et services, impact client et salarié, talent et leadership, ingrédient secret, design et processus, ainsi qu’écosystème et tendances.

Le temps a passé depuis la parution de ma chronique « Comment se préparer à une culture de l’innovation » dans le Journal du Net et de mon article sur le génome de l’innovation publié sur le blog de Trendemic.
Quatre bases pour lire l’ADN de l’innovation
J’ai depuis affiné le modèle et les outils que j’utilise pour aider mes clients à progresser sur ce sujet. J’ai gardé quatre bases, pour rester dans le thème de l’ADN : chacune décrit une influence que l’entreprise hérite ou construit, et qui conditionne sa manière d’innover autant que sa culture.

Ces quatre bases fonctionnent pour comprendre l’ADN de votre entreprise autant que sa capacité d’innovation. Elles se lisent l’une après l’autre, puis ensemble.
Les quatre bases de l’ADN de l’innovation
Les quatre bases fonctionnent comme les lettres d’une séquence génétique : G pour géographie et généalogie, T pour technologie et tendances, A pour argent et actionnariat, C pour culture et codes. Elles décrivent ce qui oriente les décisions d’une entreprise, et donc ce qu’elle est capable d’inventer ou de refuser.
G pour géographie et généalogie
Le lieu où une entreprise prend racine et son histoire influencent fortement sa culture et ses innovations. La généalogie, c’est-à-dire l’histoire et l’évolution de l’entreprise, ajoute une couche de complexité : chaque étape de son développement et chaque décision passée forment le socle sur lequel elle construit son avenir.
Prenons l’exemple de Felor, fabricant de peintures techniques installé près de Rennes, et de sa peinture Algo à base d’algues bretonnes. La géographie, ici la Bretagne, joue un rôle clé : l’accès aux algues locales et la culture maritime ont inspiré cette innovation.
Imaginez Felor installée loin de la mer. L’histoire de l’entreprise et ses produits auraient été complètement différents.
T pour technologie et tendances
Cette base décrit la capacité de votre entreprise à s’adapter et à intégrer facilement l’innovation. C’est la trendabilité, ou tendancabilité, qui mesure sa réactivité aux tendances : sa capacité à les devancer ou à s’y aligner en intégrant de nouvelles technologies pour rester à la pointe.
Prenez l’exemple de Spinali Design et de son maillot de bain connecté, qui alerte son utilisatrice sur son exposition au soleil. Ne riez pas : cette marque illustre une entreprise qui embrasse la technologie tout en anticipant les tendances de la mode et du numérique.
A pour argent et actionnariat
L’équilibre financier et la structure de l’actionnariat jouent un rôle déterminant dans la stratégie et l’orientation d’une entreprise. Selon qui possède le capital et ce qu’il en attend, la même idée sera financée, ajournée ou abandonnée, ce qui fait de cette base l’une des plus lisibles de l’ADN de l’innovation.
D’un côté, certaines entreprises appartiennent à leurs salariés, comme les sociétés coopératives et participatives, où l’accent est mis sur le bien-être des collaborateurs et la pérennité de l’entreprise. De l’autre, des entreprises comme Decathlon appartiennent à la famille fondatrice et à ses descendants, et la vision à long terme et la continuité familiale influencent les décisions.
Entre ces deux extrêmes se trouvent des entreprises orientées vers la rémunération des actionnaires à court terme, où les décisions sont souvent motivées par des gains financiers immédiats plutôt que par une vision durable.
C pour culture et codes
La culture d’une entreprise est parfois si puissante qu’elle frôle le culte. Ses rites, ses traditions et ses codes non écrits façonnent l’environnement de travail et l’identité de l’entreprise : ils créent un sentiment d’appartenance, renforcent ses valeurs et favorisent l’engagement des collaborateurs.
Pensez à la « Gandhi walk » de Jack Dorsey. Chez Square, la société de paiement qu’il a cofondée après Twitter, il marchait avec les nouvelles recrues depuis une statue de Gandhi jusqu’aux bureaux en leur présentant les principes de l’entreprise, comme le rapporte l’article de Business Insider sur la Gandhi walk.
Ce rituel reflète une culture d’entreprise unique, où l’expression personnelle et la créativité sont valorisées. Les entreprises à culture forte utilisent ce type de codes pour maintenir une identité distincte.
Lire la séquence de votre entreprise
Une fois les quatre bases identifiées chez vous, la question devient leur ordre : laquelle pèse le plus, laquelle vient ensuite, et ainsi de suite. Cet ordre forme une séquence propre à votre entreprise. Pour l’illustration, Reboot inc., l’une de mes sociétés, a pour séquence TACG. Et la vôtre ?
Classer les quatre bases par ordre d’influence
Pour classer les bases, partez des décisions plutôt que des valeurs affichées. Pour chaque grande décision d’innovation récente, demandez-vous ce qui l’a réellement orientée : le territoire et l’histoire, la technologie et les tendances, l’argent et l’actionnariat, ou la culture et les codes.
La démarche tient en quatre étapes :
- Listez les cinq dernières décisions d’innovation importantes, réussies ou abandonnées.
- Pour chacune, identifiez la base qui a pesé le plus lourd dans la décision.
- Comptez les occurrences pour obtenir l’ordre des quatre lettres.
- Confrontez cette séquence à celle que la direction croit avoir.

Ce que la séquence révèle de votre capacité d’innovation
La séquence montre ce qui décide réellement chez vous, sans classer les entreprises entre bonnes et mauvaises élèves. Une entreprise dont la base A domine innove au rythme de ses actionnaires, une entreprise dont la base C domine au rythme de ses rites, et chacune doit choisir des leviers compatibles avec sa séquence.
L’écart entre la séquence vécue et la séquence déclarée est souvent l’information la plus utile. Une direction qui se croit pilotée par la culture et découvre que l’argent décide de tout sait enfin par où commencer.
Diagnostic, atelier ou conférence : comment choisir votre approche de l’ADN de l’innovation
Le bon format dépend de ce que vous savez déjà de votre ADN de l’innovation. Une conférence ouvre le sujet, un atelier fait émerger la séquence avec vos équipes, et un diagnostic la confronte aux décisions réelles. Le choix se fait selon votre objectif, le temps disponible et l’engagement attendu de la direction.
Comparer les trois formats
Trois critères départagent les formats : l’objectif recherché, le public concerné et ce que l’entreprise obtient à la fin. Le tableau ci-dessous les croise pour vous aider à choisir selon votre situation, sans supposer qu’un format convient à toutes les organisations ni qu’il faille les enchaîner dans un ordre fixe.
| Format | Objectif | Public | Résultat |
|---|---|---|---|
| Conférence | Ouvrir le sujet et partager un vocabulaire commun | Un large public, de l’équipe de direction aux collaborateurs | Une grille de lecture partagée des quatre bases |
| Atelier | Faire émerger la séquence de l’entreprise | Un groupe de travail représentatif | Une séquence discutée et les premiers leviers d’action |
| Diagnostic | Confronter la séquence aux décisions réelles | Le CODIR et les porteurs de projets | Un écart mesuré entre culture déclarée et culture agie |
Les signaux qui doivent guider votre choix
Certains signaux montrent que votre entreprise gagnerait à lire son ADN de l’innovation avant de lancer un nouveau programme. Quand plusieurs apparaissent ensemble, un atelier ou un diagnostic apporte davantage qu’une campagne de sensibilisation, car le problème tient à la séquence plutôt qu’au manque d’idées.
Voici ceux que je repère le plus souvent :
- vos programmes d’innovation copient ceux d’entreprises très différentes de la vôtre
- vos projets s’arrêtent au moment du financement
- vos valeurs affichées parlent d’audace alors que les décisions privilégient la prudence
- vos nouveaux arrivants peinent à comprendre les codes non écrits
- et votre implantation ou votre histoire n’apparaît jamais dans votre stratégie d’innovation
De l’ADN à la culture de l’innovation
Envie d’aller plus loin ? Découvrez ma méthode complète pour installer une culture d’innovation durable dans mon guide de la culture de l’innovation et faites de votre séquence un levier d’action.
Comment je peux vous aider à lire l’ADN de l’innovation de votre entreprise
J’accompagne les dirigeants qui veulent comprendre ce qui rend leur organisation capable d’innover, et ce qui l’en empêche. Deux formats répondent à deux moments différents : une conférence sur la culture de l’innovation pour ouvrir le sujet, puis un atelier pour faire émerger la séquence de votre entreprise avec vos équipes.
Une conférence sur la culture de l’innovation
Ma conférence sur la culture de l’innovation présente le génome de l’innovation et ses quatre bases à partir d’exemples d’entreprises de toutes tailles. Elle donne à vos équipes un vocabulaire commun pour parler d’innovation sans clichés. Les formats et les thèmes sont présentés sur ma page de conférencier en innovation.
Un atelier pour écrire votre séquence
L’atelier réunit un groupe représentatif de votre entreprise pour classer les quatre bases à partir de décisions réelles. Il fait apparaître l’écart entre la culture déclarée et la culture agie, puis aboutit à une séquence partagée et aux premiers leviers d’action compatibles avec votre ADN de l’innovation.
Retrouvez l’ensemble de mes ateliers et interventions pour choisir le format adapté à votre calendrier.
En conclusion, l’ADN de l’innovation se lit avant de se transformer
L’ADN de l’innovation change : de la propriété à l’usage, de la participation à la collaboration et de la vente au freemium. Chaque entreprise affronte pourtant ces changements avec une séquence héritée de sa géographie, de son histoire, de son argent et de sa culture.
Lire cette séquence évite de copier des recettes faites pour d’autres. Commencez par classer vos quatre bases, et vous saurez enfin quoi faire évoluer en premier dans votre ADN de l’innovation.
Questions fréquentes sur l’ADN de l’innovation
Qu’est-ce que l’ADN de l’innovation d’une entreprise ?
L’ADN de l’innovation désigne l’ensemble des influences qui orientent la manière dont une entreprise innove. Dans le génome de l’innovation de Benjamin Chaminade, il se lit en quatre bases : géographie et généalogie, technologie et tendances, argent et actionnariat, ainsi que culture et codes.
Quelle différence entre ADN de l’entreprise et culture d’entreprise ?
La culture d’entreprise décrit les valeurs, les rites et les codes partagés par les collaborateurs. L’ADN de l’entreprise est plus large : il ajoute le territoire, l’histoire, le rapport à la technologie et la structure du capital, qui pèsent autant que la culture sur les décisions d’innovation.
Comment identifier l’ADN de son entreprise ?
Partez des décisions plutôt que des valeurs affichées. Listez les dernières décisions d’innovation importantes, identifiez pour chacune la base qui a pesé le plus lourd, puis classez les quatre bases par ordre d’influence. La séquence obtenue décrit l’ADN de votre entreprise mieux qu’une charte de valeurs.
L’actionnariat influence-t-il la capacité d’innovation ?
Oui. Une entreprise détenue par ses salariés, une entreprise familiale et une entreprise pilotée par la rémunération des actionnaires à court terme arbitrent différemment leurs projets d’innovation. La structure du capital fixe l’horizon des décisions, et donc le type d’innovation que l’entreprise peut financer.




