Cet article résume un entretien avec un étudiant de l’Essec qui m’interrogeait sur l’activité de conférencier : en quoi elle consiste, combien d’interventions elle représente, ce qui distingue un intervenant d’un autre, et comment ce métier est en train de se réinventer.
J’y réponds avec mes propres chiffres et mes propres méthodes, parce que l’activité de conférencier vit une disruption que je préfère provoquer plutôt que subir.
| Le cliché | La réalité | Le déplacement |
|---|---|---|
| Un orateur qui parle une heureL’activité de conférencier repose surtout sur un long travail de création, de test et de promotion. La partie visible, sur scène, ne représente qu’une fraction du temps réellement consacré à une intervention. | Un expert enfermé dans un sujetBeaucoup d’intervenants deviennent connus pour un seul sujet, une seule idée ou une seule expérience. Cette spécialisation verticale finit par les enfermer et par répéter la même conférence pendant des années. | Un artiste de l’expérienceLe conférencier qui se réinvente relie les changements de société à la réalité des entreprises présentes dans la salle. L’intervention devient une expérience dont le public repart avec l’envie d’agir autrement. |
En quoi consiste l’activité de conférencier
L’activité de conférencier se divise en trois parties distinctes : la création de l’intervention, son marketing et son animation. La création est la plus longue et la plus douloureuse, le marketing la plus ingrate, et l’animation la plus visible et la plus gratifiante. Les trois demandent un travail que le public voit rarement.
Une activité plus qu’un métier
J’ai relevé que mon interlocuteur avait choisi le terme d’activité plutôt que celui de métier, et ce choix me convient. N’étant pas universitaire, je pense que faire de cette activité un métier à part entière peut être professionnellement dangereux quand vous n’êtes pas professeur, faute de terrain pour nourrir vos interventions.

L’activité de conférencier se nourrit de ce que je vis ailleurs, en mission, en atelier ou dans mes propres entreprises. Sans ce terrain, une conférence finit par recycler les idées des autres, ce que le public repère très vite.
La création, le plus long et le plus douloureux
La création d’une intervention prend un temps que le public sous-estime toujours. Pour éviter la réflexion PowerPoint, dans laquelle la pensée s’engouffre dans un tunnel de slides, ou la conférence image, dans laquelle la réflexion s’adapte aux images, je construis mes interventions sur papier avant de toucher à un logiciel.
Une fois l’argumentation et les enchaînements élaborés, je passe à la création des slides et des transitions. Pour vous donner une idée du temps passé, je compte une semaine de travail pour trente minutes d’intervention, et je remplace chaque année 20 % des slides de mes interventions les plus demandées.
Le marketing et l’animation
Le marketing d’un conférencier ressemble à celui d’un musicien : une conférence est comme un album, avec l’enregistrement d’un côté et la scène de l’autre. Pour trouver facilement des engagements, il faut beaucoup de scène et profiter du bouche-à-oreille. En résumé, plus vous faites de conférences, plus vous faites de conférences.
Je salue au passage mes agents, qui s’occupent de mes réservations, et dont le travail est présenté sur la page de mes interventions.
L’animation est évidemment la partie la plus visible et la plus gratifiante. C’est aussi celle qui m’étonne le plus : après des semaines de travail en solitaire sur l’intervention, les photos et les exemples, vous vous retrouvez sans transition devant une audience.
Je ne travaille d’ailleurs plus seul. J’ai adopté une approche de label indépendant : entre la construction de la conférence, toujours personnalisée, et sa présentation au client, elle est testée auprès de mes associés et de mes partenaires.
Combien de conférences un conférencier donne-t-il par an
Le nombre de conférences données chaque année dépend du contexte : les années, l’actualité, la sortie d’un ouvrage, l’intérêt pour les sujets traités et le calendrier des entreprises. En moyenne, je donne entre 80 et 120 conférences par an, avec un record personnel de cinq conférences dans une seule journée.
Une activité de conférencier très saisonnière
L’activité de conférencier suit le calendrier des entreprises, avec des pics au moment des séminaires de rentrée, des conventions de début d’année et des événements de fin d’année. Certains mois sont très chargés, d’autres beaucoup plus calmes, comme le mois de mai et ses ponts, ce qui oblige à organiser son temps de création en conséquence.

Cette saisonnalité explique aussi pourquoi le modèle économique d’un conférencier se pense à l’année plutôt qu’à l’intervention. Je détaille ce point dans mon article sur le modèle économique du conférencier.
Ce que ces chiffres disent de l’activité
Entre 80 et 120 conférences par an représentent bien plus de temps de création et de déplacement que de temps de scène. Ces chiffres montrent que l’activité de conférencier repose sur une organisation rigoureuse, et que la qualité d’une intervention dépend largement du temps protégé pour la préparer.
Pour ceux qui débutent, la question se pose différemment : il s’agit d’abord de transformer des scènes gratuites en premières interventions rémunérées, un passage que je décris dans mon article sur la première conférence payante.
Qu’est-ce qui différencie un conférencier des autres intervenants
Un conférencier se différencie par sa mise en scène, par la nature de ses exemples et par sa façon d’aborder les sujets, verticale ou horizontale. Le contenu compte, mais le public retient surtout la manière dont une idée lui a été rendue concrète, crédible et applicable à sa propre situation.
La mise en scène et la rigueur des sources
Il y a quelques années, ma réponse aurait été simple : j’ai été parmi les premiers à transformer des conférences en interventions qui équilibraient le fond et la forme, avec des vidéos et des slides très travaillés. Depuis la publication de Presentation Zen par Garr Reynolds et la démocratisation des TEDx, j’ai largement perdu cet avantage.
C’est plutôt une bonne nouvelle pour tous ceux qui assistent à des conférences, puisque les présentations en listes à puces ont pratiquement disparu. Je garde une petite longueur d’avance pour retenir l’attention d’un public de plus en plus tenté de baisser la tête vers son smartphone : la mise en scène, les enchaînements, les photos, les heures de répétition et une tenue liée au sujet.
Je creuse aussi les histoires que je raconte pour dépasser la version que tout le monde connaît par le bouche-à-oreille. Le succès du Post-it doit beaucoup au travail commercial qui a suivi l’invention, et Alexander Fleming illustre mal la sérendipité. Surtout, je n’invente pas les citations que j’utilise et je cite les noms de ceux qui m’inspirent, une habitude qui semble se perdre.
Ma capacité à ne pas me prendre au sérieux fait aussi partie de ma différence, comme l’illustre cette courte vidéo :
Une approche horizontale des sujets
La plupart des conférenciers deviennent connus pour un sujet précis, comme Michaël Aguilar pour la vente, pour une idée, comme Pascal Picq avec l’homo numericus, ou pour une expérience, comme Philippe Croizon. Cette approche verticale leur permet d’approfondir un sujet année après année.
Le revers de cette spécialisation tient au risque de rester bloqué dans son domaine, comme certains acteurs dans un rôle. Certains intervenants finissent par donner la même conférence pendant des années, alors qu’elle est déjà disponible en ligne. Le Monde a consacré en mars 2019 une enquête à cet engouement des entreprises pour les conférenciers, qui distinguait les éclaireurs des simples boussoles.
De mon côté, j’essaie d’avoir une approche horizontale de mes sujets. Je m’intéresse aux changements de société en cours et j’identifie leurs effets sur l’entreprise. C’est la raison pour laquelle, alors que mon sujet est l’innovation, je traite aussi du côté humain, managérial, sociétal et économique de l’innovation.
J’identifie ainsi ce qui change et je cherche les liens avec ce qui se passe en entreprise, pour dépasser les constats faciles et proposer des solutions adaptées à la taille des entreprises présentes dans la salle. J’essaie de le prouver avec mes chaînes YouTube Benjamin Chaminade et No one is innovant, ou mes podcasts Iconoclaste et Startup Autopsy.
Des exemples vécus et une certaine humilité
Je me distingue aussi par la nature des exemples que j’utilise. Selon l’audience, son secteur, sa culture ou son statut professionnel, je choisis des exemples qui parlent au dirigeant australien, au quinquagénaire breton, à l’ouvrier malaisien ou au grand public, en commençant par les situations que j’ai vécues moi-même.
J’ai encadré plus de 1 000 collaborateurs, pas tous en même temps, et travaillé pour 800 clients dans de nombreux pays. Une autre différence tient peut-être à mon humilité : je me présente comme un témoin, parfois comme une victime qui a essuyé les plâtres avant tout le monde, et jamais comme un gourou. Bref, je suis le plus humble des conférenciers que vous pouvez trouver sur le marché, et de loin !

Quelle est l’audience habituelle d’un conférencier
L’audience d’un conférencier n’a rien d’habituel. Je suis intervenu devant des militaires, des ministres, des députés, des collégiens, des managers, des dirigeants, des chirurgiens, des infirmiers, des ingénieurs, des sportifs, des syndicalistes et même quelques prêtres, dans des salles de cinq à cinq mille personnes.
Les conférences fermées
Les conférences fermées rassemblent les collaborateurs d’une même entreprise. Leurs métiers peuvent être différents, mais ils partagent au moins la culture de leur entreprise ou une responsabilité commune, le management notamment. C’est l’audience la plus facile pour un intervenant, car elle poursuit les mêmes objectifs.

Cette audience permet aussi d’aller plus loin dans la personnalisation. Je parle au préalable à plusieurs participants pour connaître leurs questions et leur niveau de maturité sur le sujet, puis j’adapte les exemples à leur quotidien.
Les conférences ouvertes
Les conférences ouvertes rassemblent des profils hétérogènes, aux attentes et aux centres d’intérêt très variés. Cette audience est plus complexe, car elle ne partage pas de culture commune, ne vit pas forcément les mêmes problèmes et n’a pas la même maturité sur le sujet traité. Elle demande donc une construction différente.
Dans la même salle, vous pouvez retrouver des personnes qui découvrent le sujet, d’autres qui en sont à leur deuxième conférence sur le thème, certaines venues pour élargir leur réseau et d’autres pour obtenir une réponse précise à un problème qui ne concerne qu’elles. L’intervention doit parler à chacune sans perdre les autres.
Quel est le style d’intervention d’un conférencier
Mon style d’intervention dépend de la demande du client, du format et du temps alloué. J’en distingue quatre : la mise à jour, l’animation d’un moment faible, l’inspiration et la compréhension. Je les présente plus longuement dans mon article sur les raisons de faire appel à un conférencier et dans une vidéo consacrée à la préparation d’une conférence selon son contexte.
Quatre styles d’intervention
Les quatre styles répondent chacun à une situation précise, et le choix du style se fait avec le client bien avant l’intervention. Un même sujet peut ainsi donner lieu à quatre conférences très différentes, selon la place qu’elle occupe dans la journée et ce que l’organisateur attend du public :
- la mise à jour, concentrée sur des exemples très concrets et adaptés au quotidien de l’audience, après avoir interrogé plusieurs participants sur leurs questions ;
- l’animation d’un moment faible, quand l’intervention précède une soirée, un lancement de produit ou la présentation des chiffres de l’année, sous forme de spectacle autour des parcours méconnus d’innovateurs ou du mien ;
- l’inspiration, construite sur mon parcours, les obstacles rencontrés et les leçons apprises ;
- et la compréhension, pour présenter un sujet complètement nouveau en mêlant storytelling, outils concrets et exemples d’entreprises.
Le format 90 % questions-réponses
J’expérimente aussi un format que j’appelle 90 % questions-réponses. Mon intervention consiste à répondre aux questions de l’audience, après une courte introduction dont l’objectif est de déclencher les premières questions. Ce format renverse la relation habituelle selon laquelle l’expert parle et l’audience écoute en prenant des notes.
J’ai poussé cette logique jusqu’à co-construire une conférence avec quatre cents personnes, une expérience que je raconte dans cette vidéo :
Préparez votre première conférence payante
Vous voulez passer des scènes gratuites à une activité de conférencier rémunérée ? Découvrez ma méthode dans l’article consacré à la première conférence payante et franchissez le cap de la première facture.
Conférencier spécialiste ou généraliste : comment choisir pour votre événement
Le choix entre un conférencier spécialiste et un conférencier à l’approche horizontale dépend de l’objectif de votre événement. Le spécialiste approfondit un sujet connu, le généraliste relie plusieurs changements à votre réalité, et le format participatif fait travailler la salle. Chaque option répond à un besoin différent de l’organisateur.
Trois profils de conférenciers comparés
Les trois profils se distinguent par leur rapport au sujet, au public et à la préparation. Une convention commerciale qui veut motiver ses équipes ne choisit pas le même intervenant qu’un CODIR qui veut comprendre un changement de marché. Le tableau ci-dessous compare ces profils selon des critères simples à arbitrer.
| Critère | Spécialiste d’un sujet | Approche horizontale | Format participatif |
|---|---|---|---|
| Point fort | Profondeur sur un thème précis | Liens entre société et entreprise | Implication directe du public |
| Préparation | Conférence souvent déjà rodée | Personnalisation forte | Échanges préalables avec les participants |
| Public idéal | Un public qui connaît déjà le sujet | Une audience mixte ou une direction | Une équipe qui doit s’approprier un sujet |
| Risque | Une conférence identique d’une salle à l’autre | Un propos trop large s’il est mal cadré | Une séance qui dépend de la qualité des questions |
| Usage idéal | Former ou motiver sur un thème | Ouvrir un séminaire de direction | Lancer une transformation |
Ces profils se combinent parfois au sein d’un même événement. Je recommande de choisir le profil en fonction de ce que le public doit faire le lendemain, plutôt qu’en fonction de la notoriété de l’intervenant.
Les signaux qui doivent guider votre choix
Certains signaux montrent qu’un événement a besoin d’un intervenant qui sorte du format habituel. Ils apparaissent dans les retours des précédentes éditions et dans les attentes exprimées par la direction. Deux de ces signaux observés en même temps justifient, à mon sens, de changer de format :
- Les participants des éditions précédentes se souviennent de l’intervenant mais pas de son message.
- La même conférence de l’intervenant pressenti circule déjà en vidéo.
- Votre public mélange des métiers et des niveaux de maturité très différents.
- La direction attend des décisions concrètes après l’événement.
- Les questions de la salle sont habituellement rares ou convenues.
Comment je peux vous aider à réussir votre prochaine conférence
J’interviens comme conférencier sur l’innovation, la disruption et la transformation managériale, en construisant chaque intervention avec l’organisateur. Mon objectif est que votre public reparte avec plus que des idées : l’envie d’appliquer rapidement celle qu’il a retenue et de faire les choses différemment.
Une conférence construite sur mesure
Chaque conférence part de vos enjeux, de votre public et de la place de l’intervention dans votre événement. Je choisis avec vous le style d’intervention, les exemples et le format, puis je teste la conférence auprès de mes associés et partenaires avant de la présenter à votre public.
Cette démarche est détaillée sur ma page consacrée à la conférence sur mesure, et vous trouverez sept conseils pratiques dans mon guide pour travailler avec un conférencier.
Un accompagnement pour ceux qui veulent devenir conférenciers
J’accompagne aussi les experts, consultants et dirigeants qui veulent développer leur propre activité de conférencier. Le travail porte sur la construction d’une intervention, la mise en scène, le positionnement et le modèle économique, à partir des méthodes que j’utilise moi-même depuis des années.
Le point de départ de cette démarche se trouve dans mon guide complet pour devenir conférencier, qui rassemble l’état du marché, les compétences requises et les erreurs à éviter.
En conclusion, l’activité de conférencier se réinvente sur scène
Le monde des conférences vit sa propre disruption. Les conférenciers qui sauront l’embrasser et réinventer leur art deviendront des voix qui comptent, parce qu’ils créeront une expérience dont le public repart avec plus que des idées : une envie d’appliquer rapidement celle qu’il a retenue et de faire les choses différemment.
Le conférencier de demain sera un artiste de l’expérience, un maître de l’engagement et un catalyseur de changement. La scène vous attend, et c’est à vous de réinventer votre activité de conférencier.
Questions fréquentes sur l’activité de conférencier
En quoi consiste l’activité de conférencier ?
L’activité de conférencier se divise en trois parties : la création de l’intervention, son marketing et son animation devant le public. La création est la plus longue, avec environ une semaine de travail pour trente minutes d’intervention, alors que la scène ne représente qu’une petite partie du temps consacré à une conférence.
Combien de conférences un conférencier donne-t-il par an ?
Le nombre de conférences varie selon les années, l’actualité et la sortie d’un ouvrage. Benjamin Chaminade donne en moyenne entre 80 et 120 conférences par an, avec un record de cinq conférences en une journée. L’activité suit le calendrier des entreprises, avec des pics au moment des séminaires et des conventions.
Quelle différence entre une conférence fermée et une conférence ouverte ?
Une conférence fermée rassemble les collaborateurs d’une même entreprise, qui partagent une culture et des objectifs communs. Une conférence ouverte réunit des profils hétérogènes, aux attentes et aux niveaux de maturité différents. La seconde demande une construction plus soignée pour parler à chacun sans perdre les autres.
Comment choisir le style d’intervention d’un conférencier ?
Le style d’intervention se choisit selon la place de la conférence dans l’événement et ce que le public doit faire ensuite. Une mise à jour apporte des exemples concrets, l’animation d’un moment faible divertit, l’inspiration s’appuie sur un parcours et la compréhension présente un sujet nouveau avec des outils.




