crash du consulting

Le crash du consulting est-il en train d’arriver ?

Oui, je sais, le crash du consulting est annoncé depuis aussi longtemps que la fin des gisements de pétrole. Pourtant il faut reconnaître qu’au-delà des disruptions habituelles, ça commence à faire beaucoup : trop chers, trop gros, trop lents face à l’IA… Les cabinets de conseil traditionnels font face à un avenir qu’ils ne peuvent plus sous-traiter.

crash du consulting

Si le consulting était une action en bourse, certains investisseurs parieraient déjà sur sa chute. C’est ce que disait récemment Peter Thiel, cofondateur de Palantir et membre de la mafia Paypal, en commentant la situation des cabinets comme McKinsey, Bain, Deloitte ou PwC.

Pourquoi ce pessimisme ? Parce qu’un modèle qui a dominé l’économie depuis 40 ans montre des signes d’épuisement. C’est ce qu’annonce Joe Nocera sans son article « The consulting crash is coming ».

But, is it?

Le problème La raison La solution
Le consulting traditionnel est perçu comme trop cher, trop lourd et trop lent, avec une valeur parfois floue derrière des livrables standardisés. L’IA automatise une partie du travail qui justifiait la “pyramide” de juniors, donc elle coupe directement la machine à facturer du temps. Les consultants gagnants deviennent des “architectes” qui prouvent, outillent et transfèrent, en utilisant l’IA comme levier de vitesse, pas comme excuse.

Le consulting : d’outil stratégique à rente déguisée

Revenons aux années 80. À cette époque, les consultants jouaient un rôle clé dans les grandes entreprises. Fusion, acquisition, restructuration… Les McKinsey, Cap Gemini Sogeti et consorts venaient faire le sale boulot : licencier les doublons, rationaliser les opérations, trouver des synergies. C’était brutal mais utile : Ils ajoutaient de la valeur aux actionnaires.

Mais avec les années 90, alors que les entreprises sont devenues plus agiles et plus efficaces… les consultants ne sont pas partis. Bien au contraire, ils ont grossi.

Leur rôle ? Convaincre les entreprises de lancer de nouveaux projets, facturer des missions à répétition et s’assurer de rester 20 ans chez le même client. Le rêve d’un senior partner, (et le mien) c’est un client qui rapporte 20 millions par an sur deux décennies. Pas de résultats ? Pas grave. Le contrat court toujours..

Des exemples

Impossible de ne pas évoquer l’échec retentissant de la fusion AOL-Time Warner. Des consultants de McKinsey et Bain ont conseillé les dirigeants à prix d’or, pour un résultat catastrophique : plus de 200 milliards de dollars de pertes pour les actionnaires.

Autre exemple plus anecdotique mais tout aussi révélateur : Bain aurait été mandaté par Kraft pour comprendre pourquoi des biscuits Oreo arrivaient cassés en rayon. Des millions dépensés pour finalement découvrir… un problème de manutention à l’usine. Bain a aussi été sollicité pour booster les ventes de Philadelphia cream cheese. Les ventes ont augmenté, mais lentement. Pour info, le chiffre d’affaires de Bain a doublé depuis 2018, atteignant 7 milliards de dollars en 2024.

Et puis il y a l’affaire Purdue Pharma. McKinsey a touché 93 millions de dollars sur 15 ans pour aider le laboratoire à vendre plus d’opioïdes. Résultat ? Une crise sanitaire majeure et un accord à 650 millions de dollars pour solder l’affaire.

En France, tout va bien, En 2021 l’État était pointé du doigt pour avoir dépensé plus d’un milliard d’euros en prestations de conseil depuis 2017 dans ce qui sera appelé « l’affaire McKinsey » Là dessus le Carnard enchaîné révèlera que des consultants de McKinsey ont signé de leur nom des papiers à en-tête du ministère de la Santé et ont court-circuité les chefs de service du ministère.

Malgré tout ça, McKinsey a réalisé 16 milliards de chiffre d’affaires en 2023 et n’a pour l’heure pas été inquiété.

Vous voyez le problème ?

consultant métier de ouf
Consultant métier de ouf, un livre à ne pas prendre sérieusement.

Pourquoi les entreprises continuent de payer ?

Parce que « personne ne se fait virer pour avoir embauché McKinsey ». C’est une couverture politique : si ça foire, on pourra toujours accuser le consultant.

Mais aujourd’hui, le vent tourne avec deux révolutions en cours.

1. L’IA : le vrai tsunami du consulting

Avant, une SWOT analysis (forces, faiblesses, opportunités, menaces) prenait deux semaines à une équipe de juniors. Aujourd’hui, avec l’IA, c’est bouclé en 10 minutes. L’IA n’est pas un gadget pour les consultants, c’est un outil qui les remplace sur une large partie de la chaîne de valeur.

Il ne s’agit plus ici de sortir la phrase toute faite : l’IA ne vous menace pas, ce sont ceux qui la maitrise qui menacent ceux qui ne la connaissent pas. Pas si évident.

Pas besoin d’être un spécialiste de l’innovation, pour comprendre que l’IA va changer l’économie du conseil « de manière gigantesque ». Moins de temps, moins de juniors, moins de facturation.

Et ça, les cabinets ne sont pas prêts.

La pyramide classique du conseil : beaucoup de juniors qui bossent et peu de partners qui encaissent, ne tient plus. Les jeunes consultants, ceux qui faisaient les présentations PowerPoint et les Excel, sont devenus obsolètes. L’IA fait le job, plus vite, pour moins cher.

2. Les contrats « au résultat » deviennent la norme

Fini le temps où l’on facturait à l’heure sans s’engager sur les résultats. Les clients, publics comme privés, veulent désormais du contrat à l’impact. C’est simple : pas de résultat, pas de paiement. Un cauchemar pour les cabinets habitués à vendre du temps homme plutôt que de la valeur concrète.

Aux États-Unis, le gouvernement fédéral annule des milliers de contrats de conseil. L’administration demande aux cabinets de justifier chaque mission, de prouver qu’ils génèrent des économies réelles. Deloitte, Accenture et Booz Allen ont dû licencier. Leur modèle est remis en cause.

Et en France ?

Sans être dans la même situation politique que les États-Unis, les entreprises françaises commencent elles aussi à questionner leur dépendance aux cabinets de conseil. La polémique McKinsey liée à la campagne présidentielle a laissé des traces. De plus en plus d’organisations se demandent : « Ne pourrait-on pas faire ça en interne, avec nos propres équipes, plutôt que de payer des millions pour des PowerPoint ? »

Quel avenir pour le consulting ?

Le métier ne va pas disparaître, mais il va radicalement changer.

  • Les grandes firmes verront leur prestige décliner.
  • Les jeunes diplômés MBA iront ailleurs (et d’ailleurs les demandes au niveau mondial sont en baisse depuis 2023).
  • L’expertise se déplacera vers des cabinets plus petits, plus agiles, sur des missions courtes et ciblées.
  • Le conseil « de masse », standardisé, sera absorbé par l’IA.
  • Le conseil premium, sur-mesure, persistera mais avec des exigences de preuve d’impact.

Autrement dit, si vous êtes consultant ou dirigeant, posez-vous la question : dans 10 ans, serez-vous un dispensable ou un incontournable ?

Et si vous avez suivi mes dernière vidéos sur ma chaine youtube, vous savez que c’est un sujet qui me travaille.

Et vous, que pensez-vous de l’avenir du conseil en France ? Discutez-en avec nous dans les commentaires.

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