Depuis 15 ans que j’assiste les entreprises petites et grandes à identifier et formuler leurs valeurs, je crois que j’en ai marre des valeurs (importantes mais) interchangeables. Intégrité, excellence, esprit d’équipe, innovation et respect… changez le logo, et personne ne verra la différence. Ni les candidats, ni les salariés qui sont pourtant sensé les vivre.

Cette uniformité a un coût mesuré. Selon les travaux de Donald Sull et de ses coauteurs au MIT Sloan Management Review, il n’existe aucune corrélation entre les valeurs affichées et les valeurs vécues par les collaborateurs.
La preuve : quatre des neuf valeurs étudiées (collaboration, orientation client, exécution et diversité) sont en réalité corrélées négativement, et la seule à peine positive, l’agilité, plafonne à un coefficient de 0,22 jugé très faible. Plus de huit grandes entreprises sur dix publient pourtant une liste de valeurs. Le mot est partout, la contrainte nulle part.
J’ai rassemblé cinquante valeurs venues du monde entier qui échappent à cette malédiction du slogan. Chacune porte un terme d’origine, souvent intraduisible, une philosophie de fondateur et une manière précise de décider. Vous y trouverez le terme original, sa traduction et le type de culture d’entreprise auquel il s’adresse.
Ce guide est conçu comme une ressource de référence sur les valeurs d’entreprise originales, pensée pour durer et pour servir de base à votre propre réflexion. Lisez-le comme un atlas, pas comme une charte à recopier. Pas sur que copier soit la meilleure des idées.
| Le slogan recopie | La valeur d’origine | Le marqueur d’authenticite |
|---|---|---|
| Le vocabulaire de catalogueLa majorite des chartes empilent les memes mots interchangeables. Les valeurs d’entreprise originales se reconnaissent a leur refus de ce langage standard et a leur ancrage dans une histoire precise. | Un terme et une philosophieLes valeurs les plus fortes naissent dans une langue d’origine, portent souvent un mot intraduisible et descendent d’une intuition de fondateur. Elles encodent une vision du monde, pas une promesse marketing. | Une contrainte de decisionUne valeur compte quand elle oriente une decision difficile et interdit un comportement rentable. Le critere de tri retenu ici est la capacite a guider l’action, jamais le degre d’exotisme. |
Ce qui rend une valeur d’entreprise vraiment originale
Avant de dérouler les cinquante exemples, posons le critère de tri. Une valeur originale ne se mesure pas à son exotisme, mais à sa capacité à dire quelque chose de vrai sur une entreprise et à orienter ses arbitrages. Deux marqueurs séparent la valeur vivante du mot d’affiche.
Ce qui distingue les valeurs d’entreprise originales des slogans génériques
Les valeurs d’entreprise originales se distinguent des slogans par trois traits : un ancrage dans une histoire de fondation, une formulation propre qui n’appartient qu’à l’entreprise et un effet concret sur les décisions. Un slogan décrit une aspiration partagée par tous. Une valeur originale interdit quelque chose et engage un coût.
Le test que j’applique en atelier est simple. Je demande si le contraire de la valeur aurait pu être affiché par un concurrent sérieux. Personne ne revendique le mépris du client ou la médiocrité, donc « orientation client » et « excellence » ne disent rien. En revanche, un fabricant qui inscrit « toujours mieux » sur ses machines depuis un siècle s’interdit publiquement de baisser la garde.
Pourquoi un terme intraduisible vaut souvent mieux qu’un mot d’affiche
Un terme intraduisible résiste à la copie parce qu’il transporte une vision du monde entière, pas une simple promesse. Sampo yoshi, kyosei ou omotenashi ne se résument pas en un mot français, et c’est précisément cette densité qui les rend impossibles à recycler par un concurrent. La langue d’origine agit comme un fossé de différenciation.
Cette densité a un revers que je signale toujours à mes clients. Une valeur intraduisible exige un travail de pédagogie interne permanent, faute de quoi elle reste décorative. La force du terme d’origine ne dispense jamais de l’expliquer, de l’incarner et de le relier à des comportements observables.
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Vous cherchez d’abord a constituer votre propre liste avant d’aller vers l’original ? Parcourez ma selection commentée dans les 100 exemples de valeurs d’entreprise inspirantes pour bâtir une première sélection, puis revenez ici choisir votre signature.
Les valeurs de la réciprocité, penser à toutes les parties prenantes
La première famille rassemble des valeurs qui refusent de séparer l’intérêt de l’entreprise de celui de la société. Elles viennent souvent du Japon et de la tradition familiale indienne ou coréenne, où le profit ne se justifie que s’il bénéficie à plusieurs camps à la fois. Oui, presque des « valeurs régénératives« , dingue
Voici sept manières de poser cette réciprocité en principe fondateur.
Sampo yoshi (ITOCHU, Japon)
Le sampo yoshi signifie « bon pour les trois côtés » : le vendeur, l’acheteur et la société. Issue de la philosophie du fondateur Chubei Itoh et de la tradition des marchands d’Omi, cette valeur conditionne toute transaction à son utilité pour l’ensemble de la collectivité, pas seulement pour les deux parties au contrat.
Ce qui me frappe dans le sampo yoshi, c’est qu’il anticipe de trois siècles le discours actuel sur la raison d’être. La société n’est pas une externalité à compenser, elle est partie au contrat dès le départ.
Culture d’entreprise visée : les organisations qui veulent inscrire l’impact sociétal au cœur du modèle économique et non en supplément philanthropique.
Les trois joies (Honda, Japon)
Honda fonde sa culture sur les trois joies : la joie d’acheter, la joie de vendre et la joie de créer. Chaque acteur de la chaîne, du client au distributeur en passant par le concepteur, doit retirer une satisfaction réelle de la relation. La joie de créer occupe une place singulière, car elle valorise l’ingénieur et l’ouvrier autant que le commerçant.
J’aime cette valeur parce qu’elle met le plaisir de fabriquer au même rang que le plaisir d’acheter. Peu de chartes osent reconnaître que le travail bien fait est une fin en soi.
Culture d’entreprise visée : les entreprises industrielles et créatives qui veulent réconcilier fierté du métier et satisfaction client dans une même promesse.
Cycle of goodness (YKK, Japon)
Le cycle of goodness, le cycle de la bonté, repose sur une conviction du fondateur Tadao Yoshida : nul ne prospère sans rendre service aux autres. La valeur créée par l’entreprise doit circuler entre les clients, les partenaires et les collaborateurs, plutôt que de s’accumuler à un seul endroit de la chaîne.
Le numéro un mondial de la fermeture éclair défend l’idée que la richesse partagée revient toujours à sa source. C’est une théorie de la prospérité par la circulation, pas par la rétention.
Culture d’entreprise visée : les entreprises de fournisseurs et de sous-traitants qui veulent fonder leur réputation sur la générosité contractuelle envers tout l’écosystème.
Kyosei (Canon, Japon)
Le kyosei se traduit par « vivre et travailler ensemble pour le bien commun ». La formulation de Canon précise que cette coexistence vaut pour tous, quels que soient la culture, les coutumes, la langue ou la race. Le terme dépasse la simple coopération interne pour viser une harmonie planétaire entre les peuples, les générations et l’environnement.
Le kyosei a une portée géopolitique rare dans une charte d’entreprise. Il engage la firme à corriger les déséquilibres entre pays, ce qui en fait une valeur de multinationale assumée.
Culture d’entreprise visée : les multinationales et les groupes internationaux qui cherchent un principe unificateur au-dessus des différences culturelles.
Co-prosperity (Samsung, Corée)
La co-prosperity, la coprospérité, désigne des relations gagnant-gagnant avec les partenaires fondées sur la confiance mutuelle. Samsung en fait le cadre de sa relation avec ses fournisseurs et son écosystème, l’idée étant que la solidité du groupe dépend directement de la santé de ses partenaires.
La coprospérité transforme la relation fournisseur en alliance de long terme plutôt qu’en rapport de force sur les prix. C’est une réponse directe à la fragilité des chaînes d’approvisionnement.
Culture d’entreprise visée : les donneurs d’ordre qui veulent sécuriser leur chaîne de valeur en faisant prospérer leurs partenaires plutôt qu’en les pressurant.
Sankoryo, les trois principes (Mitsubishi, Japon)
Le sankoryo réunit trois principes : la responsabilité envers la société, l’intégrité et l’équité, et la compréhension du monde par le commerce. Ce dernier principe est le plus original, car il fait du négoce international un outil de connaissance mutuelle entre les nations, et non un simple flux de marchandises.
L’idée que commercer revient à comprendre le monde donne au métier de négociant une dignité intellectuelle. Elle transforme chaque transaction en occasion d’apprendre.
Culture d’entreprise visée : les sociétés de commerce, de négoce et d’import-export qui veulent élever leur métier au rang de mission d’ouverture au monde.
Nation first, sab saath badhein (ITC, Inde)
Chez ITC, le principe nation first, sab saath badhein signifie « la nation d’abord, avançons tous ensemble ». Il pose une hiérarchie claire : le pays passe avant l’entreprise, et l’institution avant l’individu. Cette valeur lie explicitement la performance du conglomérat au développement national indien.
Subordonner l’entreprise à la nation est un parti pris fort, presque civique. Il donne un sens patriotique aux décisions d’investissement et de création d’emplois.
Culture d’entreprise visée : les groupes nationaux et les entreprises à fort ancrage territorial qui veulent relier leur réussite au progrès de leur pays.
Les valeurs de l’exigence absolue, refuser le compromis sur la qualité
La deuxième famille rassemble des valeurs qui érigent la qualité en obsession non négociable. Elles ne disent pas « nous visons l’excellence », formule creuse que tout le monde affiche. Elles posent un seuil et s’interdisent de descendre en dessous, ce qui en fait des contraintes opérationnelles autant que des promesses.
Only the best is good enough (LEGO, Danemark)
La devise only the best is good enough signifie « seul le meilleur est suffisant ». Formulée en danois par le fondateur Ole Kirk Kristiansen, elle pose que rien en dessous de l’excellence ne mérite d’être livré à un enfant. La valeur encadre la précision des briques, dont l’emboîtement reste compatible d’une décennie à l’autre.
Cette valeur a une conséquence industrielle vérifiable : la tolérance de fabrication des briques se mesure en microns. L’exigence morale se traduit en contrainte technique mesurable.
Culture d’entreprise visée : les fabricants de produits durables et de précision qui veulent faire de la qualité un standard intransigeant plutôt qu’un argument.
Immer besser (Miele, Allemagne)
L’immer besser, « toujours mieux », est le principe directeur que les fondateurs ont imprimé sur leurs premières machines. Il engage l’entreprise à une amélioration perpétuelle et à une longévité produit volontairement supérieure à la norme du marché. Miele teste ses appareils sur une durée de vie de plusieurs décennies, ce qui matérialise la promesse.
« Toujours mieux » est un comparatif sans point d’arrivée, donc une insatisfaction productive érigée en système. C’est une valeur qui interdit de se reposer sur un succès.
Culture d’entreprise visée : les marques premium et familiales qui misent sur la durabilité et l’amélioration continue contre l’obsolescence programmée.
Constant care (Maersk, Danemark)
Le constant care, le soin constant, demande d’anticiper, de réduire les risques et de ne jamais négliger un détail dans une activité logistique mondiale. Il se prolonge par d’autres principes hérités du fondateur, dont le respect du nom de l’entreprise et l’humilité. La vigilance permanente y est posée comme une vertu de premier rang.
Dans le transport maritime, la moindre négligence coûte des millions et des vies. Le constant care transforme l’attention au détail en valeur cardinale plutôt qu’en simple consigne de sécurité.
Culture d’entreprise visée : les secteurs à forte intensité de risque, logistique, industrie et énergie, qui veulent ancrer la prévention dans la culture et non dans la procédure seule.
Yoki-monozukuri (Kao, Japon)
Le yoki-monozukuri désigne « la fabrication du bien », un processus d’excellence bon pour toutes les parties prenantes qui enrichit la vie des clients. Le terme japonais monozukuri renvoie à l’art de fabriquer, auquel Kao ajoute le yoki, le bien, pour signifier que produire avec excellence et produire pour le bien sont indissociables.
Le yoki-monozukuri fusionne deux exigences souvent séparées, la qualité technique et l’utilité sociale du produit. La firme ne se contente pas de fabriquer bien, elle fabrique du bien.
Culture d’entreprise visée : les fabricants de biens de consommation qui veulent lier qualité de production et bénéfice réel pour la vie des utilisateurs.
Serving society with superior quality (Bridgestone, Japon)
La mission serving society with superior quality signifie « servir la société par une qualité supérieure ». Héritée du fondateur Shojiro Ishibashi et établie en 1968, elle fait de la qualité non pas une fin commerciale, mais le moyen par lequel l’entreprise contribue à la collectivité.
Le glissement est subtil et puissant. La qualité supérieure n’est pas revendiquée pour vendre plus, elle est présentée comme un devoir envers la société.
Culture d’entreprise visée : les industriels qui veulent justifier leur exigence qualité par une finalité sociétale plutôt que par un positionnement haut de gamme.
Absolute credibility (Daikin, Japon)
Daikin articule sa philosophie autour de trois principes : absolute credibility, enterprising management, harmonious personal relations, soit la crédibilité absolue, la gestion entreprenante et les relations humaines harmonieuses. La crédibilité absolue place la fiabilité de la parole donnée au sommet, avant même la performance commerciale.
Associer crédibilité, esprit d’entreprise et harmonie relationnelle dessine un équilibre rare. La rigueur n’y exclut ni l’audace ni la qualité du lien humain.
Culture d’entreprise visée : les entreprises techniques et industrielles qui veulent conjuguer fiabilité sans faille, prise de risque et qualité des relations internes.
Brighter living (Godrej, Inde)
Le brighter living, « une vie plus lumineuse », exprime la détermination de Godrej à éblouir les utilisateurs par des produits originaux et un service incomparable. La valeur lie l’innovation produit à une promesse d’amélioration concrète du quotidien des familles indiennes.
Le verbe « éblouir » place la barre plus haut que « satisfaire ». La valeur engage à dépasser l’attente, pas seulement à la remplir.
Culture d’entreprise visée : les marques grand public des marchés émergents qui veulent associer innovation accessible et élévation du niveau de vie.
Les valeurs de l’audace et de l’esprit pionnier, oser tenter
La troisième famille réunit des valeurs qui célèbrent le courage de l’essai, le droit à l’erreur et le refus de l’immobilité. Elles s’adressent aux cultures qui craignent davantage la stagnation que l’échec. Huit formulations, du japonais au coréen, transforment l’audace en réflexe collectif plutôt qu’en exploit individuel.
Yatte minahare (Suntory, Japon)
Le yatte minahare se traduit par « vas-y, tente le coup ». C’est l’esprit d’ambition qui consiste à rêver grand, à relever les défis et à ne jamais abandonner. Cette exhortation du fondateur Shinjiro Torii fait de l’audace une injonction quotidienne, transmise dans la langue parlée plutôt que dans un registre formel.
La force du yatte minahare tient à son registre familier, presque un cri d’encouragement. La valeur ne se contemple pas, elle se lance comme un défi.
Culture d’entreprise visée : les entreprises de conquête et les équipes de développement qui veulent encourager la prise d’initiative et désamorcer la peur de l’échec.
Rise (Mahindra, Inde)
Le rise, « s’élever », repose sur trois piliers : n’accepter aucune limite, penser autrement et conduire le changement positif. Mahindra en fait un cri de ralliement transversal à toutes ses activités, du tracteur à l’aérospatial, pour pousser collaborateurs et clients à dépasser leurs propres plafonds.
Rise adresse autant les clients que les salariés, ce qui en fait une valeur de marque autant qu’une valeur de culture. L’élévation devient un projet partagé.
Culture d’entreprise visée : les conglomérats et les marques engagées qui veulent un fil rouge motivant entre des métiers très différents.
Dreams and curiosity (Sony, Japon)
Sony place au centre de sa raison d’être le couple dreams and curiosity, le rêve et la curiosité, défini comme l’exploration de l’inconnu pour créer le futur. La curiosité y est traitée comme un moteur d’innovation aussi sérieux qu’une feuille de route technologique.
Inscrire la curiosité dans la raison d’être légitime l’exploration sans garantie de résultat immédiat. Cela protège la recherche et l’expérimentation des arbitrages de court terme.
Culture d’entreprise visée : les entreprises technologiques et créatives qui veulent défendre la recherche exploratoire et le droit de chercher sans certitude.
Follow your heart (Recruit, Japon)
Recruit Holdings résume sa vision par follow your heart, « suivez votre cœur », et soutient celui qui saisit une opportunité avec passion, même sans en avoir d’abord les compétences. L’entreprise mise sur l’énergie et l’envie avant le diplôme ou l’expérience.
Parier sur la passion avant la compétence inverse la logique de recrutement classique. C’est un choix assumé de former plutôt que de filtrer.
Culture d’entreprise visée : les organisations apprenantes et les entreprises à forte mobilité interne qui veulent recruter sur le potentiel et l’envie.
Passion, enthusiasm, tenacity (Nidec, Japon)
Nidec avance sur le triptyque passion, enthusiasm, tenacity, passion, enthousiasme et ténacité, complété par la maxime do it now, do it without hesitation, do it until completed, soit « faites-le maintenant, sans hésitation et jusqu’à son achèvement ». La valeur combine l’élan initial et la persévérance jusqu’au bout.
L’apport décisif est la ténacité, qui empêche l’enthousiasme de retomber. Beaucoup de cultures savent lancer, peu savent achever.
Culture d’entreprise visée : les entreprises de croissance rapide qui veulent transformer l’énergie de démarrage en capacité d’exécution durable.
Rakuten shugi (Rakuten, Japon)
Le rakuten shugi, les principes Rakuten, incluent le shikumika, qui consiste à transformer un effort en système reproductible, et l’esprit speed, speed, speed. La valeur érige la vitesse d’exécution et la systématisation des bonnes pratiques en avantages compétitifs.
Le shikumika est l’idée la plus utile pour un dirigeant. Réussir une fois relève de la chance, transformer cette réussite en mécanisme relève du management.
Culture d’entreprise visée : les entreprises numériques et les structures en hypercroissance qui veulent industrialiser leurs réussites et accélérer leur cadence.
Changing clothes, changing conventional wisdom (Uniqlo, Japon)
Fast Retailing, maison mère d’Uniqlo, se donne pour mission changing clothes, changing conventional wisdom, change the world, « changer les vêtements, changer les idées reçues et changer le monde ». La valeur relie un produit du quotidien à une ambition de transformation des mentalités et de la société.
Faire du vêtement basique un levier de changement des idées reçues est un pari audacieux. La valeur donne une portée intellectuelle à un produit banalisé.
Culture d’entreprise visée : les marques grand public qui veulent dépasser la transaction commerciale et porter une vision de société.
Wa, makoto, kaitakusha-seishin (Hitachi, Japon)
Hitachi fonde sa culture sur trois mots : wa, makoto, kaitakusha-seishin, soit harmonie, sincérité et esprit pionnier. Le troisième terme, l’esprit pionnier, équilibre les deux premiers en y ajoutant le goût du défrichage et de la première fois.
L’association de l’harmonie et de l’esprit pionnier désamorce une fausse opposition. On peut chercher la concorde interne tout en explorant des terrains nouveaux.
Culture d’entreprise visée : les grands groupes établis qui veulent préserver la cohésion tout en cultivant le goût du risque et de l’exploration.
Les valeurs de « l’intégrité qui coûte » et qui interdisent le gain facile
La quatrième famille rassemble les valeurs les plus exigeantes, celles qui se paient. Une valeur d’intégrité ne vaut que si elle peut être trahie au profit d’un gain immédiat et que l’entreprise s’interdit malgré tout de la trahir. Six formulations posent ce renoncement volontaire comme un principe supérieur au résultat.
Mieux vaut perdre de l’argent que la confiance (Bosch, Allemagne)
Robert Bosch formule en 1921 un principe resté central : il vaut mieux perdre de l’argent que la confiance. L’intégrité de la parole donnée prime sur le profit éphémère, et la réputation de fiabilité est considérée comme un actif plus précieux qu’un gain ponctuel.
Cette phrase est le test parfait de la valeur authentique, car elle nomme explicitement le sacrifice. Une valeur qui ne renonce à rien ne décide de rien.
Culture d’entreprise visée : les entreprises familiales et les marques de confiance qui veulent protéger leur réputation contre les tentations de court terme.
Ne pas poursuivre le gain facile (Sumitomo, Japon)
Sumitomo transmet depuis des siècles l’idée de ne pas poursuivre le gain facile : l’intérêt de la maison doit s’accorder avec l’intérêt public, et le profit immoral est proscrit. La valeur encadre la conduite des affaires par une borne éthique antérieure à toute opportunité commerciale.
Proscrire le gain facile revient à filtrer les opportunités par leur moralité avant leur rentabilité. C’est un garde-fou contre la dérive opportuniste.
Culture d’entreprise visée : les groupes de long terme et les maisons centenaires qui veulent inscrire une discipline éthique dans leurs choix d’investissement.
Jeong-do management (LG, Corée)
Le jeong-do management, « la voie juste », désigne une intégrité sans compromis dans la conduite des principes de l’entreprise. La valeur coréenne pose que la compétitivité durable se construit sur la droiture, et non malgré elle, en bannissant les raccourcis déloyaux.
Le jeong-do affirme que l’éthique est une source d’avantage compétitif, pas un frein. C’est une position rare, qui assume la rentabilité de la rigueur.
Culture d’entreprise visée : les grandes organisations soumises à de fortes tentations de raccourci qui veulent faire de la conformité un avantage et non une contrainte subie.
Leadership with trust (Tata, Inde)
Le groupe Tata résume sa philosophie par leadership with trust, « diriger par la confiance », doublé d’un esprit pionnier. La valeur fait de la confiance accordée par la société le fondement de la légitimité du groupe à entreprendre, à travers ses structures de propriété au service de fondations.
Diriger par la confiance suppose de mériter cette confiance avant de l’exiger. La valeur lie le droit de croître à la responsabilité sociale assumée.
Culture d’entreprise visée : les groupes à mission et les entreprises à gouvernance responsable qui veulent fonder leur autorité sur la confiance plutôt que sur la puissance.
The spirit of Wipro (Wipro, Inde)
Le spirit of Wipro, l’esprit de Wipro, réunit la passion de la réussite des clients, le respect de chacun, la responsabilité globale et l’intégrité sans faille. La valeur articule performance client et exigence éthique dans un même engagement.
L’intégrité sans faille y est posée comme une condition non négociable, pas comme un idéal lointain. Elle borne la passion de la réussite client.
Culture d’entreprise visée : les sociétés de services et de conseil qui veulent conjuguer obsession du résultat client et garde-fous éthiques solides.
Sei, shin, wa (Marubeni, Japon)
Marubeni porte depuis sa fondation le credo sei, shin, wa, soit équité, innovation et harmonie. La valeur combine une borne morale, l’équité, un moteur de progrès, l’innovation, et un principe de cohésion, l’harmonie, pour guider la conduite de la maison de commerce.
Placer l’équité en tête du triptyque donne le ton. L’innovation et l’harmonie s’exercent dans un cadre de justice posé en premier.
Culture d’entreprise visée : les sociétés de négoce et les structures multi-métiers qui veulent un socle moral stable au service de l’initiative.
Les valeurs du client érigé en dogme, faire de la relation un absolu
La cinquième famille pousse l’orientation client jusqu’à la radicalité. Là où la plupart des chartes se contentent d’un fade « le client au centre », ces entreprises hiérarchisent, ordonnent et parfois choquent. Cinq formulations transforment la relation client en hiérarchie explicite ou en émotion mesurable.
Clients d’abord, collaborateurs ensuite, actionnaires en dernier (Alibaba, Chine)
Alibaba assume une hiérarchie nette : les clients d’abord, les collaborateurs ensuite et les actionnaires en dernier. L’ordre n’est pas symbolique, il sert d’arbitre quand les intérêts divergent, et place délibérément l’actionnaire après le client et le salarié.
La puissance de cette valeur tient à son classement explicite. En cas de conflit, l’ordre tranche, ce que peu d’entreprises osent inscrire noir sur blanc.
Culture d’entreprise visée : les entreprises de plateforme et de service qui veulent un principe d’arbitrage clair entre clients, équipes et capital.
Love us fanatically (Nubank, Brésil)
Nubank veut que ses clients l’aiment fanatiquement, partant du principe que ravir le client fonde une relation durable de loyauté et de confiance. La banque numérique vise un attachement émotionnel fort, bien au-delà de la simple satisfaction transactionnelle.
Viser l’amour fanatique plutôt que la satisfaction fixe une barre volontairement extrême. La valeur engage à provoquer une émotion, pas seulement à éviter le mécontentement.
Culture d’entreprise visée : les acteurs de la disruption qui veulent bâtir leur croissance sur la recommandation passionnée plutôt que sur le marketing payant.
Omotenashi (Shiseido, Japon)
L’omotenashi désigne l’hospitalité attentionnée, présentée dans la philosophie de Shiseido comme la clé pour toucher le cœur des consommateurs. Le terme japonais renvoie à un service anticipé et désintéressé, qui devance le besoin sans rien attendre en retour.
L’omotenashi se distingue du service occidental par son caractère anticipatif et gratuit. Le service ne répond pas à une demande, il la précède.
Culture d’entreprise visée : les maisons de luxe, l’hôtellerie et les services premium qui veulent transformer l’attention au client en signature culturelle.
Kando (Yamaha Motor, Japon)
Le kando désigne l’émotion profonde, ces sentiments simultanés de satisfaction et d’excitation intense ressentis face à quelque chose d’exceptionnel. Yamaha fait de la production de cette émotion l’objectif même de ses produits, au-delà de leur performance technique.
Le kando déplace la finalité du produit vers l’expérience ressentie. La machine n’est qu’un moyen de provoquer une émotion mémorable.
Culture d’entreprise visée : les marques de produits d’expérience et de loisir qui veulent mesurer leur succès à l’émotion suscitée plutôt qu’aux seules caractéristiques.
Inspiring dedication (Huawei, Chine)
Huawei cherche à susciter le dévouement, en restant centrée sur le client et en récompensant les contributeurs réels. La valeur lie l’obsession du service rendu au client à un principe interne de reconnaissance des efforts concrets plutôt que des positions hiérarchiques.
Associer la centralité du client à la récompense des contributeurs réels crée un cercle vertueux. Servir mieux le client devient le chemin le plus court vers la reconnaissance interne.
Culture d’entreprise visée : les entreprises exigeantes et compétitives qui veulent aligner l’effort interne sur la valeur réellement créée pour le client.
Retour de terrain
Le séminaire où cinq valeurs sont mortes en direct
J’accompagnais le comité de direction d’une ETI industrielle (600 personnes) qui voulait revoir ses valeurs avant une opération de croissance externe. Le premier atelier accouche des cinq suspects habituels : excellence, collaboration, orientation client, expertise et ouverture. Je projette alors la même liste, à un mot prêt chez une autre entreprise, qui, le hasard (ou pas) fait bien choses (ou pas) est un concurrent direct. Silence gênant dans la salle.
Pour enchaîner, je demande simplement : pour chacun de ces cinq valeurs, qu’est-ce que cela vous interdit de faire ? Aucune réponse claire ne vient. Les valeurs ne tenaient pas, nonce seulement par leur manque de mordant, mais aussi parce qu’elles étaient « faciles » et n’orientaient aucune décision difficile.
Nous avons repris le travail à partir de leur propre histoire. Ils se rappelèrent que le fondateur refusait systématiquement les commandes qu’il ne pouvait pas livrer dans les délais promis, quitte à perdre une vente. De ce réflexe est née une valeur qui avait été oubliée : ne jamais promettre ce qu’on ne savait pas tenir.
Une valeur ne devient opérationnelle que le jour où elle vous fait renoncer à un gain. Tant qu’elle ne coûte rien à part le papier pour l’imprimer, elle reste un mot vide que n’importe quel concurrent peut recopier.
Les valeurs du bien-être et de l’humain, placer la personne avant le profit
La sixième famille rassemble des valeurs qui font du bonheur, de la dignité et du soin des personnes le moteur explicite de la performance. Elles inversent la logique habituelle : le bien-être n’est pas une conséquence du succès, il en est la cause. Sept formulations posent l’humain comme finalité première.
Happiness management (SK Group, Corée)
Le happiness management, la gestion par le bonheur, fait du bonheur des salariés le moteur principal de l’entreprise. Adossé au système de management SKMS, il pose que ce bonheur, défini comme objectif premier, conduit l’organisation à créer de la valeur sociale et économique dans un cercle vertueux.
Faire du bonheur des salariés le moteur, et non la récompense, renverse la causalité managériale habituelle. La performance devient un effet du bien-être, pas l’inverse.
Culture d’entreprise visée : les grandes organisations qui veulent assumer le bien-être au travail comme stratégie de performance et non comme avantage social.
Bem estar bem (Natura, Brésil)
Le bem estar bem articule le bien-être et le fait d’être bien. Le bem-estar désigne la relation harmonieuse de l’individu avec lui-même, l’estar bem sa relation empathique avec les autres et la nature, et le bem estar bem résulte de la dynamique entre ces deux relations.
La subtilité de cette valeur tient à sa structure relationnelle. Le bien-être individuel et le lien aux autres ne s’opposent pas, ils se nourrissent l’un l’autre.
Culture d’entreprise visée : les entreprises de cosmétique, de vente directe et de mission qui veulent relier épanouissement personnel et responsabilité envers le vivant.
Eat well, live well (Ajinomoto, Japon)
L’eat well, live well, « bien manger, bien vivre », exprime l’ambition d’améliorer la nutrition par des repas savoureux. Ajinomoto lie sa mission scientifique sur le goût et les acides aminés à une finalité de santé et de qualité de vie pour le plus grand nombre.
La valeur réconcilie deux exigences souvent opposées, le plaisir gustatif et la santé. Bien manger n’y est pas une contrainte diététique mais une source de mieux-vivre.
Culture d’entreprise visée : les acteurs de l’agroalimentaire et de la santé qui veulent réconcilier plaisir, nutrition et bénéfice durable pour les consommateurs.
Les 4H, heart, hunger, honour, humility (Grab, Singapour)
Grab structure sa culture autour des 4H : heart, hunger, honour et humility, soit le cœur, la faim, l’honneur et l’humilité. Le quatuor associe l’empathie envers les utilisateurs, l’ambition de croissance, le respect de la parole donnée et la modestie face au succès.
L’équilibre entre la faim de croissance et l’humilité est l’apport le plus intéressant. La valeur autorise l’ambition tout en interdisant l’arrogance.
Culture d’entreprise visée : les entreprises technologiques en forte croissance qui veulent canaliser l’ambition par le respect et l’humilité.
Humanistic capitalism (Brunello Cucinelli, Italie)
Le humanistic capitalism, le capitalisme humaniste, décrit une harmonie où le profit, le don en retour, la dignité humaine et l’éthique de la vérité coexistent. La maison italienne en fait le cadre de ses choix, depuis les salaires jusqu’au rythme de travail et à la restauration de son village.
Le capitalisme humaniste ne refuse pas le profit, il refuse qu’il se fasse au détriment de la dignité. La valeur cherche un point d’équilibre plutôt qu’un renoncement.
Culture d’entreprise visée : les maisons de luxe et les entreprises patrimoniales qui veulent concilier rentabilité, beauté et respect des personnes.
Keiten aijin (Kyocera, Japon)
Le keiten aijin signifie « respecter le ciel et aimer les hommes ». Devise de Kazuo Inamori, fondateur de Kyocera, elle place l’amour des personnes et le respect d’un ordre supérieur, juste et impartial, au fondement de la conduite des affaires.
La valeur unit une dimension morale élevée et une attention concrète aux personnes. Respecter le juste et aimer les hommes deviennent les deux faces d’une même exigence.
Culture d’entreprise visée : les entreprises dirigées par une forte conviction de fondateur qui veulent un socle à la fois éthique et profondément humain.
Les sept principes (Panasonic, Japon)
Panasonic transmet sept principes : la contribution à la société, l’équité et l’honnêteté, la coopération et l’esprit d’équipe, l’effort inlassable d’amélioration, la courtoisie et l’humilité, l’adaptabilité et la gratitude. Konosuke Matsushita en a fait un code de conduite complet, où la gratitude et la courtoisie figurent au même rang que la performance.
L’inclusion de la gratitude et de l’humilité dans un code d’entreprise reste rare. Ces vertus discrètes y obtiennent une dignité égale à l’effort et à la contribution.
Culture d’entreprise visée : les grandes entreprises qui veulent un référentiel de comportement complet, mêlant performance, savoir-être et reconnaissance.
Les valeurs du sens et de la sobriété, réorienter l’argent et la consommation
La septième famille rassemble des valeurs qui remettent en cause la finalité même de l’activité économique. Elles questionnent l’usage de l’argent, le sens de la production et la juste mesure du nécessaire. Six formulations transforment la sobriété et l’impact en principes directeurs assumés.
Make money work for positive change (Triodos Bank, Pays-Bas)
Triodos Bank veut faire travailler l’argent pour le changement positif, sur les plans social, environnemental et culturel. La banque néerlandaise n’investit que dans des projets à impact réel et publie l’usage de chaque financement, ce qui fait de la transparence un prolongement direct de la valeur.
La valeur redéfinit la fonction de l’argent comme un levier de transformation, pas comme une fin. Le rendement financier y devient un moyen au service d’un impact mesuré.
Culture d’entreprise visée : les acteurs de la finance responsable et de l’investissement à impact qui veulent aligner modèle économique et utilité sociale.
Living better, with less, that lasts longer (Vitsœ, Royaume-Uni)
Vitsœ résume son éthique par living better, with less, that lasts longer, « vivre mieux, avec moins, qui dure plus longtemps ». Le fabricant de mobilier conçoit des produits évolutifs, réparables et transmissibles, pensés pour accompagner une vie entière plutôt que pour être remplacés.
Vendre moins mais mieux est un pari commercial à contre-courant assumé. La valeur transforme la sobriété en argument de qualité plutôt qu’en privation.
Culture d’entreprise visée : les marques de design durable et d’objets de longue vie qui veulent défendre la sobriété matérielle comme promesse de valeur.
Kore de ii (Muji, Japon)
Le kore de ii signifie « ceci convient ». Muji distingue le « ceci convient », expression d’une juste suffisance rationnelle, du « c’est cela qu’il me faut », marqué par l’exigence et le caprice. La marque vise la satisfaction sobre plutôt que le désir d’avoir mieux que les autres.
La nuance entre « ceci convient » et « il me faut absolument cela » est tout un programme philosophique. La valeur cultive un rapport apaisé à la consommation.
Culture d’entreprise visée : les marques de distribution et de design qui veulent assumer un positionnement de simplicité et de juste nécessaire.
At work for a better life, a better world for all (Omron, Japon)
La devise d’Omron, at work for a better life, a better world for all, « au travail pour une vie meilleure et un monde meilleur pour tous », vient du fondateur Kazuma Tateisi. Elle s’adosse à la théorie SINIC, un modèle propre à Omron qui relie science, technologie et évolution de la société pour anticiper les besoins futurs.
Adosser une valeur à une théorie d’anticipation sociétale est rare et puissant. La mission ne reste pas incantatoire, elle s’appuie sur un cadre prospectif structuré.
Culture d’entreprise visée : les entreprises de technologie et d’automatisation qui veulent relier leur innovation à une vision prospective du progrès social.
Tech for good (Tencent, Chine)
Tencent place au centre de sa mission value for users, tech for good, de la valeur pour les utilisateurs et la technologie pour le bien. Adoptée en 2019, la formule engage le groupe à orienter ses produits numériques vers un bénéfice social et non vers la seule captation de l’attention.
L’ajout du tech for good répond à une critique de fond sur le rôle des géants du numérique. La valeur engage une responsabilité sur les effets sociaux de la technologie.
Culture d’entreprise visée : les entreprises numériques et les plateformes qui veulent encadrer la puissance de leur technologie par une exigence de bénéfice collectif.
Enrich not exploit (The Body Shop, Royaume-Uni)
The Body Shop résume son engagement par enrich not exploit, « enrichir, ne pas exploiter », décliné en trois piliers : les personnes, les produits et la planète. La formulation pose une borne nette en remplaçant un principe positif par l’interdiction explicite d’exploiter.
La force de cette valeur tient à sa partie négative. « Ne pas exploiter » nomme un risque concret du secteur cosmétique et engage à s’en garder.
Culture d’entreprise visée : les marques engagées et les acteurs de la beauté responsable qui veulent inscrire une ligne rouge éthique dans leur modèle.
Les valeurs de la méthode et de la joie, façonner une manière de travailler
La huitième famille rassemble des valeurs qui décrivent moins une finalité qu’une manière d’agir au quotidien. Certaines posent une discipline d’observation ou de décision, d’autres font de la joie un principe de production. Quatre formulations transforment le mode opératoire lui-même en signature culturelle.
Le respect des faits (Michelin, France)
Michelin fonde sa culture sur le respect des faits, qui consiste à bâtir la stratégie sur l’observation des réalités concrètes plutôt que sur des théories mal adaptées. La valeur impose de regarder le terrain avant de décider et de corriger une analyse dès que les faits la contredisent.
Le respect des faits est une valeur épistémologique, presque scientifique, dans un univers de chartes morales. Elle protège l’entreprise contre ses propres certitudes.
Culture d’entreprise visée : les organisations industrielles et analytiques qui veulent ancrer leurs décisions dans l’observation rigoureuse plutôt que dans l’intuition.
Le principe du clocher (Handelsbanken, Suède)
Le principe imagé dit du clocher, kyrktornsprincipen, décrit l’idée de ne prêter qu’aux entrepreneurs et particuliers visibles depuis le clocher du village, soit de décider au plus près du client par des agences autonomes. La banque suédoise assume une forte décentralisation et une responsabilité locale, même si le libellé imagé provient surtout de sources académiques et ne figure pas tel quel sur le site officiel [paternité du libellé à nuancer].
L’image du clocher rend tangible une politique abstraite de décentralisation. Elle traduit une exigence de proximité en règle de décision concrète.
Culture d’entreprise visée : les réseaux d’agences et les entreprises distribuées qui veulent confier la décision au plus près du client et du terrain.
Fun for all into the future (Bandai Namco, Japon)
Bandai Namco se donne pour raison d’être fun for all into the future, « du plaisir pour tous, vers le futur ». Le groupe veut partager rêves, plaisir et inspiration pour bâtir un avenir meilleur, faisant du divertissement une contribution sociale et non un simple produit.
Assumer le plaisir comme finalité d’entreprise demande une certaine audace. La valeur élève le divertissement au rang de mission humaine plutôt que de le réduire à un marché.
Culture d’entreprise visée : les acteurs du divertissement, du jeu et de la création qui veulent assumer le plaisir comme valeur fondatrice légitime.
Happy people making happy soap (Lush, Royaume-Uni)
Lush résume sa croyance directrice par happy people making happy soap, « des gens heureux qui font un savon heureux ». La valeur lie directement le bien-être des collaborateurs à la qualité du produit et se prolonge par des engagements fermes, dont le refus des tests sur les animaux.
L’idée que des gens heureux fabriquent de meilleurs produits relie le social et le commercial sans détour. La valeur fait du bonheur interne un ingrédient du produit.
Culture d’entreprise visée : les marques artisanales et militantes qui veulent faire du bien-être des équipes un argument visible et assumé de leur produit.
Comment transformer une valeur originale en valeur opérationnelle
Collectionner des valeurs d’entreprise originales ne sert à rien si vous les recopiez. L’enjeu est d’en tirer une méthode pour formuler la vôtre, ancrée dans votre histoire et capable d’orienter vos décisions. Voici la démarche que j’utilise en atelier et les pièges les plus fréquents.
Les cinq étapes pour choisir une valeur qui vous ressemble
Choisir une valeur d’entreprise originale suppose de remonter à votre histoire plutôt que de piocher dans une liste. La méthode tient en cinq étapes qui partent du vécu de l’entreprise et aboutissent à une formulation propre, testée par sa capacité à orienter une décision difficile.
- Remontez aux décisions difficiles de votre histoire, celles où vous avez renoncé à un gain pour rester fidèle à un principe. La valeur s’y cache déjà.
- Cherchez le réflexe récurrent de votre fondateur ou de vos équipes, ce que vous faites sans y penser et que les concurrents ne font pas.
- Formulez ce réflexe dans vos propres mots, quitte à inventer une expression, plutôt que de reprendre un terme générique du marché.
- Testez la formule par sa contrainte : demandez ce qu’elle vous interdit de faire un lundi matin. Si la réponse est vide, recommencez.
- Reliez la valeur à un comportement observable et à un rituel managérial, sans quoi elle restera un mot d’affiche décoratif.
Les erreurs à éviter quand vous importez une valeur étrangère
Importer une valeur d’entreprise originale venue d’une autre culture expose à des contresens. Les concepts intraduisibles fonctionnent dans leur contexte d’origine et perdent leur sens une fois plaqués sans adaptation. Je pense notamment à Shiseido France et sa valeur d’omotenashi. Voici les pièges à éviter avant d’adopter un terme étranger.
- Copier le terme exotique sans la philosophie de fondateur qui le porte, ce qui produit un slogan vide habillé d’un mot rare.
- Traduire littéralement un concept culturel et en perdre la nuance, comme réduire l’omotenashi à un simple bon service client.
- Adopter une valeur qui ne vous coûte rien, parce qu’elle décrit un comportement que vous aviez déjà sans effort.
- Empiler plusieurs valeurs originales d’un coup, au risque de diluer le message et de perdre la lisibilité interne.
- Oublier le travail de pédagogie permanent qu’exige un terme étranger, faute de quoi personne dans l’entreprise ne sait l’expliquer.
Pour approfondir la mise en œuvre managériale de vos principes, vous pouvez prolonger cette lecture par ma réflexion sur la transformation managériale et l’incarnation des valeurs au quotidien.
Comment je peux vous aider à maîtriser vos valeurs d’entreprise originales
Identifier une valeur juste est un exercice d’introspection collective difficile à mener seul, car les équipes ont tendance à converger vers le consensus mou. J’interviens auprès des comités de direction et des équipes RH pour transformer une charte décorative en signature qui engage et qui décide. Voici deux manières de travailler ensemble.
Un diagnostic et un atelier de formulation de vos valeurs
Je conduis des ateliers de formulation qui partent de votre histoire et de vos décisions réelles pour faire émerger des valeurs d’entreprise originales et défendables. Le diagnostic préalable confronte vos valeurs affichées à vos pratiques observées, afin de mesurer l’écart entre le discours et le vécu avant tout travail de reformulation.
Ce travail s’inscrit dans une démarche plus large de conception de l’expérience collaborateur et de la culture d’entreprise, où les valeurs deviennent un outil de décision et de recrutement, pas une affiche dans le hall.
Une conférence pour réveiller le débat sur vos valeurs
J’anime des conférences qui bousculent la vision convenue des valeurs d’entreprise, en m’appuyant sur des exemples internationaux et sur ma pratique de consultant et de chef d’entreprise. L’objectif est de provoquer une prise de conscience collective et de donner à vos équipes l’envie de défendre des valeurs qui les engagent vraiment.
Ces interventions s’adaptent au séminaire de direction comme à la convention d’entreprise, et servent souvent de point de départ à un chantier interne plus profond sur la culture et le management.
Vos valeurs d’entreprise originales sont un système d’exploitation, pas une affiche
Au terme de ce tour du monde, une évidence s’impose. Les valeurs qui tiennent ne sont jamais des mots interchangeables comme intégrité, excellence ou esprit d’équipe, qui ne disent rien et ne contraignent personne. Ce sont des concepts culturels souvent intraduisibles, qui encodent une vision du monde entière dans une formule.
Sampo yoshi, kyosei ou omotenashi tiennent parce qu’ils portent une philosophie de fondateur, pas un mot d’affiche. Chacun fonctionne comme un véritable système d’exploitation de l’entreprise : un jeu de règles invisibles qui tourne en arrière-plan et oriente mille décisions sans devoir les rappeler. La valeur générique reste un fond d’écran, jolie et sans effet sur le fonctionnement de la machine.
Voilà pourquoi je vous invite à cesser de chercher la bonne valeur dans un catalogue. Cherchez plutôt, dans votre propre histoire, le réflexe que vous seul possédez, et donnez-lui un nom qui vous engage. Les valeurs d’entreprise originales les plus puissantes ne s’importent pas, elles se révèlent.
Questions fréquentes sur les valeurs d’entreprise originales
Quelles sont les valeurs d’entreprise les plus originales du monde ?
Parmi les valeurs d’entreprise originales les plus marquantes figurent le sampo yoshi d’ITOCHU, bon pour les trois cotes, le kyosei de Canon, vivre ensemble pour le bien commun, et l’omotenashi de Shiseido, l’hospitalite attentionnee. Leur point commun est de porter une philosophie de fondateur dans un terme souvent intraduisible.
Comment choisir des valeurs d’entreprise originales pour sa propre culture ?
Choisir des valeurs d’entreprise originales suppose de remonter aux decisions difficiles de votre histoire, de reperer un reflexe propre a vos equipes, puis de le formuler dans vos mots. Le bon test consiste a verifier ce que la valeur vous interdit de faire concretement.
Quelle est la différence entre une valeur, une mission et une raison d’être ?
La valeur decrit un principe de comportement qui guide les decisions au quotidien. La mission designe ce que l’entreprise fait pour ses clients, et la raison d’etre ce qu’elle apporte a la societe et au monde. Une valeur originale alimente ces deux autres niveaux sans s’y substituer.
Peut-on copier les valeurs d’une autre entreprise ?
Recopier une valeur etrangere sans la philosophie qui la porte produit un slogan vide. Les valeurs d’entreprise originales tirent leur force de leur ancrage dans une histoire precise. Vous pouvez vous en inspirer pour formuler la votre, mais une valeur authentique se revele plutot qu’elle ne s’importe.
Pourquoi la plupart des valeurs d’entreprise se ressemblent-elles autant ?
La majorite des chartes empilent les memes mots, integrite, excellence et esprit d’equipe, parce qu’ils paraissent consensuels et sans risque. Or une valeur que personne ne contesterait n’oriente aucune decision. Les valeurs d’entreprise originales acceptent au contraire d’exclure un comportement et d’engager un cout.




