brique végétale et eau de l'entreprise acteur regeneratif de son territoire

L’entreprise comme acteur régénératif de son territoire

L’ancrage territorial est traité dans la plupart des entreprises comme un sujet de communication, logé entre le mécénat et le rapport extra financier. Je le vois autrement : le territoire fournit vos candidats, loge vos collaborateurs, nourrit vos fournisseurs et décide d’une part de votre attractivité, sans jamais apparaître dans vos indicateurs RH.

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L’agriculture régénérative a fait ce déplacement avant nous. L’agriculteur conventionnel raisonne sa parcelle, l’agriculteur régénératif raisonne son bassin versant, parce que l’eau, les vents, les pollinisateurs et les chaînes microbiennes ignorent les clôtures. La parcelle organisationnelle obéit exactement à la même mécanique.

LA FRONTIÈRE SUPPOSÉE CE QUE COÛTE L’INDIFFÉRENCE LE CHANGEMENT D’ÉCHELLE
L’entreprise s’arrête à ses mursL’ancrage territorial est confié à la communication ou au mécénat, pendant que la fonction RH pilote le recrutement, la formation et la mobilité à l’intérieur de ses seules frontières juridiques. Le vivier qui se taritPrélever dans un bassin d’emploi sans l’alimenter épuise la source : filières de formation qui se réduisent, sous traitants qui s’épuisent, collaborateurs ancrés qui partent et acteurs locaux qui deviennent hostiles aux projets. Le bassin versant comme unitéL’agriculteur régénératif raisonne le bassin, pas la parcelle, parce que l’eau et les pollinisateurs traversent les clôtures. L’organisation qui adopte cette échelle mesure sa contribution au territoire comme elle mesure sa performance interne.

Principe 7 sur 10 de la série « Du sol au management »

Cet article succède au principe 6, « Réinternaliser les fonctions vivantes que l’organisation a externalisées » (à paraître), et précède le principe 8, « Optimiser les flux d’énergie qui irriguent l’entreprise » (à paraître). Le pilier De l’agriculture régénérative au management régénératif relie les dix principes, que le schéma ci-dessous réunit autour de la contribution nette positive.

Diagramme circulaire des dix principes du management régénératif organisés autour de la contribution nette positive

Ce que le bassin versant apprend à l’entreprise

La régénération d’une exploitation reste limitée si l’écosystème environnant continue de se dégrader. Ce constat a fait basculer les pratiques les plus avancées vers une échelle plus large que la parcelle, et il vaut mot pour mot pour une organisation.

De la parcelle au bassin versant

Un agriculteur conventionnel raisonne sa parcelle et optimise ce qui se passe à l’intérieur de ses clôtures. L’eau qui ruisselle hors de ses champs n’est plus son problème, les produits qui dérivent vers ses voisins ne le concernent pas et la biodiversité de la vallée appartient aux écologues.

Un agriculteur régénératif sait que sa parcelle est connectée à celles de ses voisins par les flux d’eau, les vents, les pollinisateurs, la faune sauvage et les chaînes microbiennes. Ce qu’il fait chez lui affecte ses voisins, et ce qu’ils font affecte sa ferme.

Cette pensée systémique a transformé les pratiques : haies bocagères qui dépassent la parcelle, agroforesterie qui structure le paysage, pâturage tournant coordonné entre voisins, gestion partagée de l’eau et corridors écologiques reconstitués. L’agriculteur devient un acteur territorial conscient.

La spécificité européenne de la responsabilité territoriale

Les approches européennes de l’agriculture régénérative ont érigé cette dimension en principe à part entière, ce qui les distingue du modèle américain d’origine, resté largement centré sur l’exploitation elle même.

En Europe, la régénération s’inscrit explicitement dans une logique d’inscription territoriale, de coopération entre exploitations, de contribution à la vitalité rurale et de cohérence avec des attentes sociétales croissantes. Cette différence culturelle compte pour une entreprise française.

La fonction RH conventionnelle raisonne pourtant sa seule parcelle organisationnelle : recrutement interne, climat social interne, formation interne et mobilité interne. Le reste appartient aux pouvoirs publics, aux écoles, aux associations et aux communes.

L’illusion de la parcelle organisationnelle autonome

L’entreprise se vit comme une entité juridique autonome, séparée de son environnement par des frontières contractuelles et comptables. Cette autonomie est une fiction utile, et cinq réalités très concrètes la démentent au quotidien.

Cinq réalités qui traversent vos clôtures

Ces cinq réalités ont un point commun : elles échappent entièrement au périmètre de décision de l’entreprise, tout en déterminant la qualité de ses ressources humaines à cinq ans.

  1. L’origine territoriale des collaborateurs. Les nouveaux arrivants viennent d’écoles, de bassins d’emploi, de filières de formation et de réseaux construits sur des décennies. Une organisation qui prélève dans son bassin sans rien lui apporter épuise progressivement sa propre source.
  2. Les conditions de vie quotidienne. Les collaborateurs vivent sur un territoire, pas dans l’entreprise. Trajets, logement, écoles des enfants, services médicaux et entourage social conditionnent leur disponibilité au travail, quelles que soient les conditions internes offertes.
  3. La dépendance aux fournisseurs locaux. Sous traitants, services généraux, restauration, transport, maintenance et formation continue viennent largement du territoire. Leur santé économique et leur capacité à retenir leurs propres talents conditionnent la qualité du service rendu.
  4. L’attractivité territoriale. Quand l’organisation cherche des talents à l’extérieur, le territoire est aussi vendeur qu’elle même : cadre de vie, accessibilité, écoles, culture et dynamisme économique. Un territoire perçu comme déclinant ferme des candidatures avant même qu’elles existent.
  5. La légitimité sociale. Clients, financeurs, régulateurs et opinion publique intègrent désormais la dimension territoriale. Une organisation perçue comme prélevant sans contribuer perd progressivement sa licence sociale à opérer, et cette perte est lente puis implacable.

Ce que ces cinq réalités imposent

Ces cinq réalités convergent vers une conclusion simple : la parcelle organisationnelle est ouverte sur tous ses côtés. La question n’est donc pas de savoir si votre entreprise est connectée à son territoire, mais comment elle gère une connexion qui existe déjà.

Ce déplacement change le propriétaire du sujet. L’ancrage territorial cesse d’appartenir à la communication et à la responsabilité sociétale pour devenir une composante de la stratégie des ressources humaines, au même titre que la politique de rémunération.

Cette lecture rejoint celle de l’indice de vitalité écosystémique, qui mesure la santé de l’environnement dont une organisation dépend plutôt que la seule santé de ses effectifs.

Le coût de l’indifférence territoriale

Cinq effets pervers se cumulent dans les organisations qui ignorent leur inscription territoriale. Aucun n’apparaît comme une dépense identifiée, et tous se payent sur des postes que personne ne rattache jamais au territoire.

Cinq effets qui se paient ailleurs

Ces cinq effets se manifestent à des horizons différents, du recrutement bloqué dès l’année suivante jusqu’à l’hostilité locale qui se révèle au premier projet d’extension.

  1. L’épuisement des viviers locaux. Quand toutes les entreprises d’un bassin recrutent dans le même vivier sans contribuer à son renouvellement, les filières de formation se réduisent et les pénuries deviennent structurelles. L’organisation paie ensuite des recrutements éloignés et des relocalisations coûteuses.
  2. La fragilité des sous traitants. Pressions tarifaires permanentes, exigences accrues, délais raccourcis et conditions de paiement allongées finissent par mettre des fournisseurs en difficulté. L’organisation cherche alors des remplaçants plus loin, à des coûts et des délais dégradés.
  3. La désaffection des collaborateurs ancrés. Ils vivent personnellement la fermeture d’écoles, la disparition de commerces et l’érosion des services. Constater que leur employeur prospère sans contribuer à enrayer ce déclin érode leur loyauté, d’abord mentalement puis dans les faits.
  4. L’hostilité montante de l’environnement. Collectivités, associations, médias régionaux et autres entreprises finissent par identifier les organisations purement extractives. Refus de partenariats, opposition aux projets d’extension et blocages réglementaires suivent, avec un coût opérationnel rarement mesuré.
  5. La perte des talents potentiels. Reconversions depuis des filières locales en mutation, personnes éloignées de l’emploi, diplômés qui choisissent selon des critères territoriaux et profils expérimentés attachés à leur région restent invisibles pour une organisation fermée sur elle même.

Pourquoi ce coût reste invisible

Le coût total se distribue sur des postes sans rapport apparent : recrutements ratés ou éloignés, fragilité des chaînes d’approvisionnement, départs de collaborateurs ancrés, frictions réglementaires et marque employeur dégradée.

Aucun de ces postes ne porte le mot territoire dans le budget, donc personne ne les additionne. Quand l’addition est faite, l’investissement territorial apparaît largement amorti par ce qu’il évite, et le débat change de nature en comité de direction.

C’est la même mécanique que celle du management durable : ce qui n’est pas compté finit par être consommé, et l’organisation découvre la facture au moment où elle a le moins de marge pour la payer.

Décliner l’ancrage territorial sur le cycle des talents

L’inscription territoriale ne se résume ni à un budget de mécénat ni à une politique de sponsoring. Elle irrigue chaque étape du cycle des talents comme une dimension supplémentaire qui enrichit toutes les pratiques de ressources humaines.

Attractivité et offre employeur : promettre un territoire autant qu’une entreprise

L’approche régénérative intègre le territoire dans la promesse employeur, parce qu’un candidat qui hésite pèse le cadre de vie, le coût du logement, les écoles et l’accessibilité autant que le poste proposé.

La marque employeur conventionnelle se concentre sur l’entreprise seule : bureaux, valeurs, équipes, projets et opportunités. Cette focale prive l’organisation d’un argument d’attractivité majeur, souvent décisif au moment de l’acceptation d’une offre.

Concrètement, cela donne des contenus qui présentent la région, des témoignages de collaborateurs sur leur vie hors travail, des partenariats avec les agences d’attractivité régionale et des visites du territoire pour les candidats venus de loin.

Pour un territoire perçu comme moins attractif, la démarche consiste à révéler les atouts cachés et à contribuer activement à l’amélioration du bassin. Une organisation qui dynamise concrètement son territoire devient plus attractive en quelques années.

Sourcing et cooptation : explorer les viviers territoriaux invisibles

Le sourcing régénératif explore systématiquement les viviers locaux : reconversions issues de filières en déclin, personnes durablement éloignées de l’emploi, alternants des écoles régionales, conjoints de collaborateurs déjà arrivés et profils en seconde partie de carrière attachés à la région.

Le sourcing conventionnel sollicite les écoles nationales, les plateformes globales et les cabinets standardisés. Cette focale produit des recrutements éloignés du territoire, avec leurs coûts cachés : relocalisation, intégration difficile et départ prématuré pour retour au pays.

Chaque vivier suppose un partenariat durable avec les structures qui l’irriguent, des centres de formation d’apprentis aux missions locales, de France Travail aux associations de reconversion. Ces partenariats sont opérationnels et réguliers, pas symboliques.

La cooptation gagne aussi une dimension territoriale. Les collaborateurs ancrés connaissent des voisins, des parents d’élèves et d’anciens collègues d’entreprises locales que les ressources humaines n’identifieront jamais. Ces recrutements affichent une rotation très faible, puisque la personne est déjà installée.

Intégration et inclusion : ancrer dès l’arrivée dans le territoire

L’intégration régénérative consacre une part de l’accueil au territoire : dynamiques locales, partenaires régionaux, collectivités, écosystèmes d’innovation, conseils pratiques pour le logement et les écoles, et mise en relation avec des collaborateurs déjà ancrés.

L’accueil conventionnel se concentre sur l’entreprise : équipes, outils et processus internes. Cette focale prive le nouvel arrivant de ce qui l’ancrerait durablement, puisqu’il rejoint un lieu de vie autant qu’une organisation.

Cette inscription précoce accélère l’enracinement personnel et ouvre dès le départ la dimension territoriale du travail. Le collaborateur comprend que l’entreprise appartient à un écosystème dont il devient partie prenante, ce qui change sa manière de décider ensuite.

L’inclusion territoriale traite des besoins spécifiques : collaborateurs venus de loin, profils issus de filières d’insertion et personnes en reconversion depuis d’autres secteurs locaux. Elle organise l’accueil de chaque profil dans son contexte réel plutôt que de respecter des quotas.

Engagement et expérience managériale : ouvrir le management vers le territoire

Le management régénératif intègre le territoire aux responsabilités courantes : connaître les acteurs locaux pertinents pour son métier, participer aux instances professionnelles régionales, représenter l’organisation lors d’événements et intégrer cette dimension aux décisions opérationnelles.

L’expérience managériale conventionnelle reste centrée sur l’intérieur : équipe, dossiers et objectifs. Le territoire y est un environnement abstrait, géré par la communication, la responsabilité sociétale ou les affaires publiques.

Cette ouverture enrichit le métier de manager et répond à une attente forte : sortir du pilotage d’indicateurs pour devenir un acteur reconnu dans un écosystème. Elle donne au rôle une profondeur que les seuls objectifs opérationnels ne produisent pas.

L’engagement des collaborateurs suit la même pente : mécénat de compétences soutenu par l’employeur, missions auprès d’associations locales, mentorat de jeunes du territoire et formation de personnes éloignées de l’emploi. Ces engagements produisent une motivation qui se traduit en performance.

Formation et expérience de travail : contribuer aux écosystèmes de compétences

L’approche régénérative considère que l’organisation contribue à l’écosystème de compétences de son bassin : accueil d’alternants au delà des seuls besoins internes, mise à disposition de formateurs maison et soutien opérationnel aux filières régionales.

La formation conventionnelle se limite aux compétences internes, avec son plan, son budget et ses prestataires sélectionnés. Cette approche ignore la responsabilité de l’entreprise dans la formation du bassin dont elle tire ses recrutements.

Cette contribution renforce les viviers accessibles dans la durée, améliore l’image employeur locale et crée des relations privilégiées avec les structures de formation, qui orientent prioritairement leurs meilleurs candidats vers l’entreprise contributrice.

L’expérience de travail s’ouvre également : missions auprès de partenaires locaux, projets transverses avec d’autres acteurs régionaux et contributions à des écosystèmes d’innovation. Les collaborateurs y développent une vision systémique de leur métier.

Décrutement et communauté : penser au delà de l’organisation

L’approche régénérative étend la responsabilité de l’organisation à l’employabilité territoriale de celui qui part : aide à la recherche d’un emploi local, mise en relation avec d’autres employeurs du bassin et accompagnement vers la création d’activité.

L’offboarding conventionnel se limite à la sortie administrative. Une fois parti, le collaborateur n’est plus la responsabilité de personne, ce qui prive le territoire d’une compétence et l’entreprise d’un ambassadeur.

Dans les restructurations, cette approche impose des standards supérieurs aux obligations légales : construction avec les acteurs territoriaux, investissement dans la revitalisation économique locale et engagement durable au delà des plans prévus par la loi.

La communauté des anciens restés dans la région devient alors un relais précieux : témoins crédibles de la marque employeur locale, cooptateurs dans leurs nouveaux réseaux et facilitateurs de partenariats avec leurs nouveaux employeurs.

Situer le territoire dans les dix principes

Envie de relier l’ancrage territorial aux neuf autres gestes ? Parcourez les dix principes de l’agriculture régénérative transposés au management pour voir pourquoi il vient après la réintégration des fonctions vivantes.

Devenir un acteur territorial conscient

Au delà des déclinaisons par étape, l’ancrage territorial suppose une posture d’ensemble qui tient en cinq dimensions. Elles distinguent une organisation réellement inscrite dans son territoire d’une organisation qui communique sur son inscription.

Les cinq dimensions de la posture territoriale

Ces cinq dimensions se vérifient facilement de l’extérieur, ce qui explique qu’un discours territorial non suivi d’effets se détecte très vite chez les acteurs locaux concernés.

  1. La cartographie territoriale active. L’organisation connaît finement ses collectivités, ses autres employeurs, ses structures de formation, ses associations et les mutations de son bassin. Cette cartographie vit par des relations régulières, elle ne se fige pas dans un rapport annuel.
  2. La présence active dans les instances. Clubs d’entreprises, instances de gouvernance régionale, groupes de travail sectoriels et comités de bassin d’emploi. Cette présence se traduit par des contributions concrètes et des engagements tenus dans la durée.
  3. Les partenariats opérationnels structurants. Écoles partenaires sur plusieurs années, associations engagées sur des programmes d’insertion et collectivités associées à des projets de territoire, gérés avec le soin réservé aux partenariats commerciaux stratégiques.
  4. L’investissement territorial cohérent. Les budgets de mécénat et de responsabilité sociétale sont concentrés sur quelques axes structurants alignés avec la stratégie, plutôt que saupoudrés sur des demandes reçues au fil de l’eau.
  5. La cohérence entre le discours et les pratiques. Une organisation qui promeut la diversité territoriale et clone son recrutement perd toute crédibilité locale. Cette cohérence distingue l’ancrage réel de sa mise en scène.

Comment mesurer votre contribution territoriale

Cinq indicateurs suffisent à objectiver l’ancrage territorial, et quatre se calculent à partir de données déjà disponibles dans les systèmes de l’entreprise, sans enquête ni dispositif supplémentaire.

  1. Le taux de recrutement local, c’est à dire la part des recrutements provenant du bassin d’emploi élargi
  2. Le taux de fournisseurs régionaux sur les achats opérationnels, hors matières premières spécifiques
  3. Le nombre d’alternants rapporté à l’effectif, comparé aux obligations légales
  4. Le taux d’engagement territorial des collaborateurs soutenu par l’organisation
  5. L’indice de réputation territoriale, mesuré par enquête auprès des acteurs locaux

Le dernier indicateur est le plus prédictif. Il annonce la facilité ou la difficulté avec laquelle vos projets futurs passeront localement, et il se dégrade bien avant que le premier blocage n’apparaisse.

Mécénat, alternance ou achats locaux : comment arbitrer

Trois leviers d’ancrage territorial s’offrent à une direction, et ils ne produisent ni les mêmes effets ni dans les mêmes délais. Le mécénat, l’investissement dans l’alternance et la relocalisation des achats se choisissent selon le problème que vous cherchez à résoudre.

Les trois leviers comparés

Le tableau compare les trois leviers sur le problème qu’ils traitent, le délai avant effet mesurable et le risque principal. Le mécénat est le plus rapide à mettre en œuvre et le moins efficace sur le vivier de compétences.

LevierProblème traitéDélai avant effetRisque principal
Mécénat et sponsoring localRéputation territoriale dégradéeSix à douze moisPerçu comme un achat de légitimité si rien ne suit
Investissement dans l’alternance et les filièresVivier de compétences qui se taritTrois à cinq ansFormer pour les concurrents si les conditions internes ne retiennent pas
Relocalisation des achats opérationnelsFragilité des chaînes d’approvisionnementUn à deux ansSurcoût immédiat à assumer devant la direction financière

Quels signaux doivent guider votre choix

Regardez d’abord d’où viennent vos difficultés de recrutement. Si vos postes restent ouverts faute de candidats formés localement, aucun mécénat ne résoudra le problème et seul l’investissement dans les filières produira un effet à cinq ans.

Regardez ensuite vos derniers projets d’implantation ou d’extension. Des délais anormaux, des oppositions locales ou des partenariats refusés signalent un déficit de réputation territoriale, qui se traite par la présence et les engagements tenus.

Mon parti pris tient en une phrase : commencez par le levier qui alimente votre propre vivier, parce que c’est le seul dont le retour revient mécaniquement à l’organisation qui l’a financé.

La discipline du DRH territorial

Cultiver l’ancrage territorial suppose une discipline qui dépasse les frontières conventionnelles de la fonction RH. Elle commence par sortir physiquement des murs et se poursuit par des partenariats tenus dans la durée.

Sortir des murs et tenir les partenariats

Le DRH régénératif passe une part significative de son temps sur le terrain territorial, en relation avec les acteurs locaux. Cette présence physique n’est pas symbolique, elle conditionne toute compréhension fine du bassin.

Viennent ensuite des partenariats structurants avec quelques acteurs clés plutôt qu’un mécénat dispersé. Ils demandent du temps, de l’attention et de la régularité, et ils produisent des viviers, des passerelles d’insertion et une légitimité durable.

Cette discipline suppose enfin une articulation fine avec les autres fonctions présentes sur le territoire, de la communication aux achats. La fonction RH ne porte pas seule l’ancrage territorial, elle contribue à une stratégie d’ensemble.

Ce que cette discipline coûte

L’ancrage territorial coûte du temps de direction, des surcoûts d’achats à court terme et l’acceptation de former des personnes qui iront parfois chez un voisin. Ce dernier point est le plus difficile à défendre en comité de direction.

Il se défend pourtant simplement : un bassin d’emploi qui forme davantage profite d’abord à ceux qui y contribuent, par la relation privilégiée avec les structures de formation et par la réputation qui en découle.

Un agriculteur qui pense bassin versant transforme non seulement sa parcelle mais l’écosystème qui l’entoure : les haies replantées profitent aux voisins, les zones humides restaurées améliorent l’eau de toute la vallée et la fertilité cesse d’être enfermée dans une seule exploitation.

Comment je peux vous aider à inscrire votre entreprise dans son territoire

J’interviens sur ce sujet par la cartographie du bassin d’emploi et par la construction de partenariats de formation. Le premier travail montre ce que votre territoire vous apporte et ce que vous lui rendez, le second reconstruit votre vivier.

Une cartographie de votre bassin d’emploi

La cartographie recense les filières de formation, les employeurs concurrents sur les mêmes compétences, les structures d’insertion et les dynamiques économiques du bassin. Elle met en face les flux que votre organisation prélève et ceux qu’elle alimente.

Ce format convient aux organisations qui constatent des postes durablement ouverts sans comprendre pourquoi. La réponse se trouve presque toujours dans une filière locale qui a fermé ou dans un concurrent qui a préempté le vivier.

Une conférence pour installer le sujet auprès des dirigeants

La conférence déplace l’ancrage territorial du registre de la communication vers celui de la stratégie de ressources humaines, avec ses indicateurs, ses arbitrages budgétaires et ses effets à cinq ans.

Elle s’adresse aux comités de direction qui financent du mécénat sans effet mesurable sur leur attractivité. Le déplacement proposé consiste à investir là où le retour revient à celui qui paie.

Conclusion : l’ancrage territorial est une stratégie de ressources humaines

Une organisation régénérative diffuse sa fertilité au delà de ses murs : les viviers qu’elle irrigue profitent à d’autres employeurs, les filières qu’elle soutient renforcent tout le bassin et les fournisseurs qu’elle accompagne servent d’autres clients.

Cette contribution finit par lui revenir sous forme de conditions d’opération améliorées, de candidatures spontanées et de projets qui passent sans blocage. Le retour est lent, et il est cumulatif.

L’organisation doit aussi soigner les flux invisibles qui circulent en son sein, ce qui fait l’objet du principe suivant sur le cycle de l’attention. Votre ancrage territorial se juge donc à une question simple : votre bassin d’emploi serait il plus pauvre si vous partiez demain ?

Questions fréquentes sur l’ancrage territorial des entreprises

Qu’est ce que l’ancrage territorial d’une entreprise ?

C’est la manière dont une organisation prélève et restitue des ressources dans son bassin : talents, compétences, achats et réputation. Il se mesure par le taux de recrutement local, la part de fournisseurs régionaux, le volume d’alternance et la réputation auprès des acteurs du territoire.

Pourquoi nos postes restent ils ouverts alors que la région compte des demandeurs d’emploi ?

Parce que le vivier existe rarement sous la forme exacte attendue. Les compétences sont souvent présentes dans des filières voisines en mutation, accessibles par des passerelles de reconversion. Sans partenariat avec les structures locales, ces profils restent invisibles pour votre recrutement.

Former des alternants ne revient il pas à former pour la concurrence ?

En partie, et c’est le prix du bassin partagé. L’entreprise qui forme garde une relation privilégiée avec les écoles, capte les meilleurs profils en priorité et bénéficie d’une réputation locale qui pèse au moment des candidatures. Ne pas former revient à assécher sa propre source.

Par quoi commencer une démarche d’ancrage territorial ?

Par une cartographie de votre bassin d’emploi, filières de formation et structures d’insertion comprises, puis par deux partenariats opérationnels tenus dans la durée plutôt que par dix actions de mécénat dispersées. Le levier à activer dépend du problème réel : vivier, chaîne d’approvisionnement ou réputation.

Du sol au management, la série en dix principes

Onze articles : le pilier qui relie l’agriculture régénérative au management, et les dix gestes du DRH régénératif

  1. De l’agriculture régénérative au management régénératif, le pilier de la série
  2. Comprendre son contexte RH, le principe fondateur
  3. Minimiser le travail du sol managérial, l’agitation permanente
  4. Garder le sol couvert, la sécurité psychologique
  5. Maximiser la diversité des cultures, la monoculture humaine
  6. Maintenir des racines vivantes, l’enracinement contre la rotation
  7. Intégrer les animaux, les fonctions externalisées
  8. Au delà de la clôture, la responsabilité territoriale Vous êtes ici
  9. Le cycle de l’attention, les flux d’énergie à paraître
  10. Le carbone organisationnel, les savoirs et les liens
  11. Contribution nette positive, la fertilité collective à paraître