La fin de l’heure facturée ? Cela fait 20 ans que vous en entendez parler. Et vous continuez à facturer à l’heure. Alors, menace encore lointaine comme le « Peak Oil » ou ça y est, nous y sommes ?
Oui, nous y sommes, et elle a déjà commencé dans plusieurs métiers du savoir. Avocats, comptables, consultants et agences vendent encore du temps, alors que leurs clients veulent payer un résultat. Le décalage entre ces deux logiques fragilise le modèle horaire bien plus vite qu’on ne le croit.

En réalité, l’alerte est plus ancienne que vous ne le pensez. Dès 1996, le juriste Richard Susskind annonçait dans The Future of Law la mécanisation des services juridiques par l’informatique. En 2003, le pionnier du value pricing Ronald J. Baker publiait The Firm of the Future, un guide destiné aux comptables et aux avocats pour sortir de la facturation au temps. Et en août 2007, dans l’ABA Journal, l’avocat et romancier Scott Turow signait un texte au titre sans détour, the billable hour must die.
Vingt ans plus tard, le modèle horaire résiste encore. Une variable a changé pourtant, l’intelligence artificielle, et elle ne joue plus en votre faveur.
Je tiens un constat simple. Tant que vous facturez des heures, vous vendez un coût que le client cherche à réduire. Le jour où vous facturez la valeur apportée et mesurée, vous vendez un résultat que le client accepte de payer cher. Cette bascule change la conversation, le modèle économique et la marge.
Cet article prolonge mon analyse de la rupture des métiers du savoir, où la valeur migre vers qui détient la relation client. Je me concentre ici sur un seul levier, le mode de facturation, parce qu’il commande tout le reste. Vous y trouverez des étapes concrètes, des exemples par métier et un avertissement que peu de dirigeants veulent entendre.
| Le modèle hérité | Le problème caché | La sortie |
|---|---|---|
| Vendre des heuresLa fin de l’heure facturée frappe les métiers qui mesurent encore leur valeur en temps passé. Ce modèle place le client face à un coût qu’il cherche à réduire, et le professionnel face à une rentabilité plafonnée. | L’efficacité punieFacturer au temps pénalise mécaniquement la productivité. Plus un professionnel devient rapide et compétent, moins il gagne par dossier, ce qui transforme chaque progrès et chaque outil d’IA en perte de revenu. | Vendre un résultatLe forfait, l’abonnement et l’honoraire de résultat alignent le prix sur la valeur perçue. Le client achète une solution plutôt qu’une durée, et le professionnel se fait juger sur son impact plutôt que sur ses heures. |
La fin de l’heure facturée, ce qui se joue vraiment
La fin de l’heure facturée désigne l’abandon progressif du temps comme unité de prix dans les métiers du savoir. Le client refuse de payer une durée et veut payer un résultat. Ce glissement touche d’abord les tâches standardisées, puis remonte vers les missions complexes à mesure que l’IA accélère la production.
Un modèle hérité qui montre ses limites
Le taux horaire a longtemps servi de référence parce qu’il était simple à calculer et à justifier. Il reliait le prix au temps réel passé sur un dossier, ce qui rassurait les deux parties. Cette simplicité cache pourtant un défaut structurel qui devient visible quand la production se numérise.
Le modèle reste majoritaire dans plusieurs professions, mais il recule. Selon une étude citée par l’éditeur Septeo, environ deux tiers des avocats français (66 %) facturent encore au temps pour au moins une partie de leur activité. La même source note que peu d’entre eux facturent réellement toutes les heures passées, et que la plupart redoutent le moment d’envoyer la facture.
Soyez lucide sur le rythme. La mort de l’heure facturée est annoncée à chaque décennie depuis les années 1970, et le modèle a survécu à l’automatisation documentaire comme à la recherche juridique en ligne. S’il tient toujours, c’est qu’il sert d’abord à transférer au client le risque d’un dossier dont personne ne connaît la durée réelle. L’intelligence artificielle attaque précisément ce point, parce qu’elle rend ce temps prévisible.
Ce malaise n’est pas anecdotique, il trahit une tension de fond. Le temps passé mesure un effort, pas une valeur, et le client le sait. Un dossier traité vite grâce à l’expérience vaut souvent plus qu’un dossier traité lentement, alors que le modèle horaire récompense exactement l’inverse.
Pourquoi l’IA accélère la fin de l’heure facturée
L’intelligence artificielle précipite la fin de l’heure facturée en réduisant le temps de production. Une recherche juridique, une analyse comptable ou une première version de présentation se produisent désormais en minutes. Facturer ce travail au temps revient à facturer presque rien, alors que sa valeur pour le client reste élevée.
La profession juridique pose déjà la question ouvertement. Faut-il facturer moins parce que l’IA permet d’aller plus vite, ou mieux valoriser la stratégie et la sécurisation apportées par le professionnel ? Cette question résume tout l’enjeu, car le modèle horaire répond mécaniquement par la première option et appauvrit celui qui l’applique.
L’IA agit ici comme un révélateur plus que comme une cause. Elle rend visible un défaut qui existait avant elle, le décalage entre le temps passé et la valeur créée. Les métiers qui facturaient déjà à la valeur encaissent l’arrivée de l’IA comme un gain de marge, ceux qui facturent au temps la subissent comme une perte.

Le piège du modèle horaire, vous punir d’être bon
Le modèle horaire cache un piège rarement nommé. Il pénalise mécaniquement la compétence, car plus un professionnel devient rapide et expert, moins il gagne par dossier. La facturation au temps transforme chaque gain d’efficacité en perte de revenu, ce qui décourage exactement ce qui crée de la valeur.
La malédiction de celui qui va vite
Prenez deux professionnels face au même dossier. Le débutant met dix heures, l’expert met trois heures grâce à son expérience. Au taux horaire, le débutant facture plus cher que l’expert pour un résultat identique ou inférieur, ce qui revient à payer la lenteur et à punir la maîtrise.
Le paradoxe se résume par une image juste, celle d’un sprinteur de haut niveau payé au kilomètre, qui s’appauvrirait à mesure qu’il devient plus rapide. La compétence, qui devrait se valoriser, se trouve sanctionnée par le modèle de prix. C’est un contresens économique que peu de cabinets osent regarder en face.
Ce piège explique une frustration partagée dans les métiers du savoir. Les meilleurs praticiens sentent qu’ils sous-facturent leur expertise sans comprendre pourquoi. La raison tient au modèle, pas à leur tarif, car aucune hausse du taux horaire ne corrige un système qui récompense le temps plutôt que le résultat.
Le plafond de revenu intégré au modèle
Facturer au temps installe un plafond de croissance invisible. Une journée compte un nombre fini d’heures facturables, donc le revenu d’un professionnel seul bute sur une limite physique. La seule façon de croître devient l’ajout de collaborateurs, ce qui démultiplie les coûts autant que les revenus.
La facturation à la valeur lève ce plafond, parce qu’elle déconnecte le prix du temps passé. Un forfait fondé sur le résultat peut valoir dix fois le coût horaire de production, sans choquer le client, dès lors qu’il mesure le bénéfice obtenu. La marge cesse d’être bornée par le nombre d’heures disponibles.
Le raisonnement vaut à l’échelle du cabinet, pas seulement du dossier. Certains dossiers facturés à la valeur dégageront une marge faible, d’autres une marge forte, et l’équilibre se joue sur l’ensemble. Penser cabinet plutôt que dossier change radicalement la façon de fixer ses prix.
Avant de détailler ces modèles, un rapide constat.
Attention
L’heure facturée n’a jamais été un mode de tarification
L’heure facturée n’était pas un mode de prix, elle était une assurance contre votre propre lenteur. Facturer au temps faisait porter au client le risque de votre inefficacité, et vous protégeait d’être jugé sur le résultat.
Tant que personne ne savait combien de temps une mission devait prendre, l’heure servait d’alibi commode pour ne pas s’engager sur un livrable.
Le client, lui, n’a jamais voulu acheter vos heures. Il achetait un résultat, une décision sécurisée ou un risque évité, et l’heure n’était que l’emballage de cette valeur. L’intelligence artificielle ne tue donc pas l’heure facturée, elle retire seulement l’alibi. En rendant le temps de production visible et quasi nul, elle force la vraie question, que vaut le résultat, indépendamment du temps qu’il a coûté.
Si vous défendez encore le taux horaire, vous ne défendez pas un modèle de prix, vous défendez le droit de ne pas être jugé sur votre impact.
Les modèles qui remplacent l’heure facturée
Plusieurs modèles remplacent déjà l’heure facturée dans le conseil. Le forfait au livrable, la facturation à la valeur, la rémunération au résultat, l’abonnement et le conseil productisé proposent chacun une autre manière de lier le prix à la valeur. Chacun corrige un défaut de l’heure, et chacun porte son propre piège.
Le forfait au livrable
Le forfait au livrable fixe un prix pour un résultat défini à l’avance, quel que soit le temps passé. Le client connaît son budget, et le consultant gagne en efficacité plutôt qu’en heures. Ce modèle transfère le risque de lenteur du client vers le consultant, qui doit alors maîtriser son périmètre avec rigueur.
Le piège
Le forfait punit toute erreur de cadrage
Un périmètre flou expose le consultant à absorber chaque dérive sans contrepartie, et l’incite à rogner sur la qualité pour préserver sa marge. La négociation du cadrage devient alors un combat permanent, où chaque demande supplémentaire du client rouvre la discussion sur le prix et tend la relation.
La facturation à la valeur
La facturation à la valeur lie le prix au bénéfice créé pour le client plutôt qu’au temps consommé. Une décision sécurisée, un risque évité ou un gain obtenu fixent le montant. Ce modèle aligne enfin l’intérêt du consultant sur celui du client, à condition de savoir mesurer la valeur réellement produite.
Le piège
La valeur se mesure mal et se conteste vite
Attribuer un résultat précis à la seule intervention du consultant relève souvent du procès d’intention, surtout quand plusieurs facteurs jouent en même temps. Ce modèle suppose un climat de confiance rare et un accord écrit sur la mesure du succès. Sans ce cadre, la facturation à la valeur se transforme en litige sur la part de chacun.
La rémunération au résultat
La rémunération au résultat, ou success fee, fait dépendre une partie du prix de l’atteinte d’un objectif chiffré. Le consultant ne touche le gros de ses honoraires que si la performance promise se réalise. Ce modèle séduit les clients prudents, car il fait porter le risque d’échec au consultant lui-même plutôt qu’à eux. Dans les professions réglementées comme l’avocat ou l’expert-comptable, il obéit en plus à des limites déontologiques précises, détaillées plus bas.
Le piège
Le résultat dépend rarement du seul consultant
Lier sa rémunération à une performance soumise au marché, aux décisions internes du client et au hasard revient à parier sur des variables hors de son contrôle. Ce modèle allonge les délais de paiement, multiplie les litiges sur l’atteinte de l’objectif, et pousse à promettre l’impossible pour décrocher la mission.
L’abonnement et le retainer
L’abonnement, ou retainer, donne au client un accès continu au consultant contre un montant régulier. Il sécurise un revenu récurrent et installe une relation durable. Ce modèle convient au conseil de fond et à l’accompagnement long, là où la présence régulière crée plus de valeur qu’une succession de missions ponctuelles.
Le piège
La lassitude de l’abonnement guette
Le client finit par réinterroger chaque mois une dépense devenue invisible, et la moindre baisse de valeur perçue déclenche la résiliation. Le passage d’Adobe à l’abonnement illustre ce retournement. Les pratiques qui l’ont accompagné, des frais de résiliation dissimulés et une annulation rendue difficile, ont nourri une défiance durable et valu à l’éditeur des poursuites de la FTC en juin 2024. Adobe a accepté en 2026 de verser 150 millions de dollars pour solder ces réclamations.
Pour un consultant, l’abonnement comporte un risque supplémentaire. Il peut recréer la dépendance que le modèle régénératif cherche justement à supprimer, en transformant la valeur installée en simple présence facturée.
Le conseil productisé et l’Outcome-as-a-Service
Le conseil productisé transforme une méthode éprouvée en outil ou en service standardisé, vendu à l’usage ou par abonnement. L’Outcome-as-a-Service pousse la logique jusqu’à vendre directement le résultat, indépendamment du temps humain. Ce modèle démultiplie la portée d’une expertise et décroche enfin le revenu du temps passé.
Le piège
La productisation mène à la commoditisation
En standardisant sa méthode, le consultant devient un éditeur de logiciel parmi d’autres, jugé sur le prix et les fonctionnalités plutôt que sur son jugement. La prime à l’expertise humaine s’efface, et la prestation rejoint la masse des produits interchangeables que la concurrence copie vite et revend moins cher.
Une variante plus radicale circule déjà, celle de la prise de participation, où le consultant se rémunère en parts du client plutôt qu’en honoraires. Elle aligne totalement les intérêts, mais elle enferme le consultant dans l’illiquidité, le conflit d’intérêts et la perte d’indépendance. Aucun de ces modèles n’est neutre, et le choix engage autant la culture que la trésorerie.
Le fil rouge reste le même d’un modèle à l’autre. Chacun déplace le risque et la mesure de la valeur, et chacun ne protège durablement le consultant que s’il s’accompagne d’un transfert réel de capacité au client. Un prix décroché du temps ne suffit pas, encore faut-il qu’il récompense ce que la machine et le client ne savent pas faire seuls.
La fin de l’heure facturée métier par métier
La sortie du temps facturé ne se joue pas pareil selon les professions. Chaque métier du savoir part d’un héritage différent et dispose de leviers propres. Voici comment la bascule se présente pour l’avocat, l’expert-comptable, le consultant et l’agence.
Avocats et experts-comptables
Le secteur juridique vit la transition la plus avancée et la plus débattue. Les modes alternatifs se multiplient, le forfait, l’abonnement et l’honoraire de résultat, sous le terme d’alternative fee arrangement. Le taux horaire résiste surtout sur les questions très complexes, là où l’incertitude rend le forfait risqué pour le cabinet.
L’expertise comptable suit la même pente, poussée par l’automatisation de la tenue. La facture électronique et les logiciels réduisent le temps de saisie, donc la part facturable au temps fond. Les cabinets qui s’en sortent vendent du conseil, un accompagnement annuel et une lecture stratégique des chiffres, pas une production d’écritures.
Dans ces deux métiers, le réflexe du décompte d’heures reste profondément ancré. Le passer derrière soi suppose un changement de posture, accepter d’être jugé sur l’impact d’un conseil plutôt que sur le volume d’actes produits. C’est un acte de confiance en sa propre expertise.
Attention déontologie
Le résultat pur reste interdit pour ces deux métiers
Avant de promettre un honoraire au résultat, vérifiez votre cadre. Pour l’avocat, l’article 10 de la loi du 31 décembre 1971 interdit le pacte de quota litis, une rémunération fixée uniquement sur le résultat judiciaire. Seul reste licite un honoraire de résultat complémentaire, ajouté à une rémunération de base. La Cour de cassation va loin, puisqu’un honoraire de base dérisoire par rapport à l’honoraire de résultat suffit à faire tomber toute la convention.
Pour l’expert-comptable, la rémunération au résultat était historiquement proscrite par l’article 24 de l’ordonnance de 1945. La loi PACTE de 2019 a ouvert les honoraires de succès, mais elle les exclut des missions de tenue, de révision et de tout ce qui touche à l’assiette fiscale ou sociale du client. Le résultat pur reste interdit au nom de l’indépendance et de la prévention des conflits d’intérêts.
Le forfait et l’abonnement échappent à cette contrainte. Ils sont parfaitement licites pour ces deux professions, ce qui en fait souvent la voie de sortie la plus sûre vers la valeur.
Consultants et agences
Le conseil affronte une pression directe sur le tarif jour-homme. Quand une partie de l’analyse se produit avec l’IA, vendre des journées de consultant devient intenable face à un client qui voit le temps fondre. Le modèle au résultat ou au forfait de transformation prend le relais, parce qu’il vend un changement obtenu, pas une présence facturée.
Les agences de communication et de création connaissent la même tension sur le taux journalier. Un visuel, une première version de campagne ou un texte se produisent plus vite qu’avant, ce qui écrase la facturation au temps. La sortie passe par la vente d’un concept, d’un dispositif ou d’une performance mesurable, plutôt que d’un nombre d’heures de studio.
Le point commun de ces deux métiers tient à leur livrable. Ils vendent une idée et son effet, deux choses qui n’ont jamais eu de rapport stable avec le temps de production. Le modèle horaire y était déjà une approximation, l’IA ne fait que rendre l’écart trop visible pour être ignoré.
Retour de terrain
Le cabinet qui facturait sa montre
Un prospect de Glukoze nous appelle surpris de ne voir dans notre devis qu’une seule ligne par formation proposée. Nous avons du lui expliquer que nous ne rajoutons pas de préparation facturées pour des modules animés plus de cent fois.
Nous considérons que c’est purement et simplement malhonnête de faire payer la préparation de ces journées. Alors que dans le cadre de nos parcours managériaux l’approche a déjà été personnalisée en début de parcours. Nous refusons de faire payer le client un travail de conception amorti des dizaines de fois qui reste encore trop souvent présenté comme une charge neuve à chaque commande. Nos concurrents ne mentent pas bien sur. C’est juste que la ligne préparation était devenue un réflexe de facturation que plus personne ne questionnait, ni le vendeur ni l’acheteur.
L’enseignement tient en une image : le cabinet avec lequel travaillait notre client avant facturait sa montre au lieu de sa valeur. Le jour où un acheteur compare deux devis et comprend que la préparation n’a plus lieu, la confiance s’effondre d’un coup. La seule sortie consiste à facturer la transformation obtenue chez les participants et la capacité qu’ils en retirent, jamais des heures de conception qui appartiennent déjà au passé.
La fin de l’heure facturée, le match en cours
Avant de basculer, regardez le rapport de force tel qu’il est, pas tel qu’on le rêve. La recherche disponible donne des arguments solides dans les deux camps. Voici le match, ligne par ligne, suivi d’un verdict chiffré.
| Pour, la bascule est réelle | Contre, le modèle horaire tient |
|---|---|
| Le marché et les clients | |
| Les grands donneurs d’ordre imposent déjà l’alternatif. Microsoft demande à ses cabinets de traiter l’essentiel de son juridique hors facturation au temps, et les directions achats exigent un budget connu d’avance. | La masse des clients reste à l’aise avec l’heure. Beaucoup de directions juridiques, et la plupart des TPE et PME, préfèrent un modèle qu’elles comprennent, et la conversation sur la valeur bute sur la peur de payer trop cher. |
| La technologie et l’IA | |
| L’IA rend le travail prévisible. En réduisant le temps de production à quelques minutes, elle rend la facturation à la durée absurde et fait sauter le dernier alibi du taux horaire. | Chaque vague technologique devait déjà la tuer. L’automatisation documentaire, l’e-discovery et la recherche juridique en ligne ont été annoncées comme fatales, et le modèle a survécu à toutes. |
| L’économie du cabinet | |
| L’heure plafonne la marge et punit la vitesse. Les cabinets les plus rentables sortent du modèle pour décrocher leur revenu du nombre d’heures disponibles. | L’heure transfère le risque et pilote tout le cabinet. Elle protège d’un dossier imprévisible et sert encore à mesurer la performance interne, ce qui la rend difficile à débrancher. |
| Le droit et la déontologie | |
| Le forfait et l’abonnement sont déjà licites et répandus. La loi PACTE de 2019 a même ouvert les honoraires de succès aux experts-comptables sur les missions de conseil. | Le résultat pur reste verrouillé. Le pacte de quota litis demeure interdit chez l’avocat, et les honoraires de succès restent encadrés chez l’expert-comptable, ce qui bride les modèles les plus agressifs. |
| L’adoption mesurée | |
| Les tâches standardisées passent au forfait. La part facturable au temps fond avec l’automatisation, et les pionniers prennent une avance durable. | Le taux horaire reste majoritaire. Environ deux tiers des avocats français facturent encore au temps pour au moins une partie de leur activité. |
Notre verdict
La bascule est engagée à un tiers, pas davantage
Le rapport de force penche encore vers le modèle horaire, qui garde environ deux tiers du terrain dans les métiers du savoir, à l’image des avocats dont 66 % facturent toujours au temps. La bascule réelle plafonne donc autour d’un tiers. La nouveauté tient à l’IA, qui attaque le seul pilier justifiant l’heure facturée, l’imprévisibilité du dossier. Selon nous, la barre des 50 % tombera dans la décennie, métier par métier, en commençant par les tâches les plus standardisées.
Comment sortir du temps facturé ?
Sortir de l’heure facturée touche au modèle économique, pas seulement à la grille tarifaire. J’accompagne les dirigeants et les professions du savoir qui veulent repenser ce qu’ils vendent avant de repenser comment ils le facturent. Mon rôle consiste à rendre visible la valeur que votre modèle horaire dissimule.
Une conférence pour déclencher le changement de modèle
J’interviens en conférence sur la réinvention des business models et la migration de valeur dans les métiers du savoir. Le format pose le diagnostic devant vos équipes ou vos pairs, et installe un langage commun pour penser la valeur plutôt que le temps. Vous repartez avec une grille de lecture applicable à votre propre activité.
La conférence sur la réinvention des business models traite directement de la question du prix et de l’unité de valeur. Elle montre comment des secteurs entiers ont remplacé la vente d’un produit ou d’une heure par la vente d’un résultat. Le passage de l’heure au forfait y trouve un cadre clair et des exemples concrets.
Un accompagnement pour bâtir vos nouvelles offres
Au-delà de la conférence, j’aide à construire les offres qui remplacent la facturation au temps. Nous identifions les missions à fort potentiel de forfait, celles qui se prêtent à l’abonnement et celles qui justifient un honoraire de résultat. Le travail porte sur la formulation de la valeur autant que sur le prix.
Cette démarche s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’entreprise capable de résister à la commoditisation. La conférence sur l’entreprise invincible aborde la façon de protéger sa valeur quand la production se banalise. Vendre un résultat plutôt qu’un temps fait partie des leviers de cette résilience.
Et si vous arrêtiez de vendre votre temps
Je conçois des conférences et des accompagnements pour aider les métiers du savoir à vendre leur valeur plutôt que leurs heures. Parlons de votre modèle et des offres qui peuvent le remplacer.
Discuter de votre projetConclusion
La fin de l’heure facturée n’est pas une mauvaise nouvelle pour les métiers du savoir, c’est une libération du plafond qui bridait leur valeur. Le modèle horaire punissait la compétence et la vitesse, l’IA rend ce défaut intenable. Vendre un résultat plutôt qu’un temps redonne au professionnel la rémunération que son expertise mérite.
Le changement demande du courage, celui d’accepter d’être jugé sur l’impact plutôt que sur les heures. Le forfait, l’abonnement et l’honoraire de résultat offrent des chemins concrets, et les premiers à les emprunter prennent une avance durable. La bascule fait partie de la rupture des métiers du savoir, où la valeur change de camp au profit de qui la nomme et l’assume.
Questions fréquentes
Faut-il abandonner totalement le taux horaire ?
Non, le taux horaire garde sa pertinence sur les missions très complexes et incertaines, là où le périmètre se cerne mal à l’avance. L’erreur consiste à l’appliquer partout par habitude, y compris sur des prestations standardisées qui gagneraient à passer au forfait. La bonne approche combine plusieurs modèles selon la nature de chaque mission.
Un avocat ou un expert-comptable peut-il facturer uniquement au résultat ?
Non. Chez l’avocat, le pacte de quota litis, c’est-à-dire une rémunération fixée uniquement sur le résultat, est interdit par l’article 10 de la loi du 31 décembre 1971. Seul un honoraire de résultat complémentaire, ajouté à une rémunération de base, est licite. Chez l’expert-comptable, la loi PACTE de 2019 a ouvert les honoraires de succès sur les missions de conseil, mais elle les exclut de la tenue, de la révision et de tout ce qui touche à l’assiette fiscale ou sociale. Le forfait et l’abonnement, eux, sont pleinement autorisés.
Comment annoncer un forfait sans perdre le client ?
Le forfait se présente comme une garantie de prévisibilité, pas comme une hausse de prix. Le client connaît le coût avant de s’engager et ne redoute plus la facture finale. La conversation porte sur le résultat attendu et sa valeur, ce qui déplace le débat du coût vers le bénéfice.
L’honoraire de résultat est-il risqué pour le cabinet ?
Le risque se gère en couplant un forfait plancher qui couvre les frais avec un honoraire de résultat qui capte la marge. À l’échelle d’un dossier isolé, certains rapportent peu et d’autres beaucoup. À l’échelle du cabinet, l’ensemble s’équilibre et dégage une rentabilité supérieure au pur taux horaire.
L’IA va-t-elle vraiment tuer la facturation au temps ?
L’IA accélère un mouvement déjà engagé plutôt qu’elle ne le crée. En réduisant le temps de production, elle rend absurde la facturation d’un travail à la durée, puisque cette durée tend vers zéro alors que la valeur reste. Les professionnels qui facturent à la valeur encaissent ce gain, ceux qui facturent au temps le subissent.




